Dans une interview de plus de quinze minutes accordée à France Inter, Mathieu Blanchard revient sur plusieurs épisodes marquants de sa carrière dans l’ultra-endurance.
Le traileur français y raconte ses expériences dans le Grand Nord, ses hallucinations lors des courses polaires ou encore ses moments de doute dans les environnements extrêmes.
Mais au détour d’une réponse, il évoque aussi un paradoxe qui peut surprendre. Lui qui a réussi à courir pendant des jours dans des températures proches de –40 °C au Yukon explique avoir souffert d’une véritable hypothermie lors de la Barkley Marathons, dans le Tennessee, alors qu’il ne faisait que 0 à –5 °C.
Une contradiction apparente qui s’explique en réalité par un facteur souvent sous-estimé en trail : l’humidité.
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Sur la Barkley, Mathieu Blanchard a souffert d’hypothermie malgré des températures relativement modérées
Lors de cette édition de la Barkley Marathons, la météo n’avait rien à voir avec les conditions polaires auxquelles Mathieu Blanchard est habitué dans certaines de ses aventures. Les températures restaient proches de zéro, oscillant entre 0 °C et –5 °C.
Sur le papier, ces valeurs peuvent sembler presque clémentes pour un athlète capable de courir par –30 ou –40 °C dans l’Arctique. Pourtant, la course s’est rapidement transformée en épreuve très difficile à gérer.
La raison tient aux conditions météorologiques qui accompagnaient ce froid : une pluie quasi permanente, associée à du vent sur les crêtes et à un terrain déjà très exigeant.
« Certaines personnes se sont dit : tu survis à –40 °C, comment tu as fait pour avoir froid à –5 °C ? »
La réponse tient en un mot : la pluie.
Au fil des heures, les vêtements se sont imbibés d’eau, les couches isolantes ont perdu leur efficacité et la chaleur corporelle s’est dissipée beaucoup plus vite.
L’humidité, un ennemi souvent sous-estimé
Mathieu Blanchard rappelle dans l’entretien un principe physique simple mais redoutable pour les coureurs d’ultra.
L’eau conduit la chaleur beaucoup plus rapidement que l’air.
Cela signifie qu’un corps mouillé perd sa chaleur beaucoup plus vite qu’un corps sec, même si la température extérieure est relativement modérée.
Dans un environnement froid mais sec, comme dans certaines régions polaires, l’équipement permet souvent de conserver une bonne isolation thermique. En revanche, lorsque la pluie s’infiltre dans les vêtements et que l’humidité s’installe durablement, la protection thermique disparaît progressivement.
« Quand on est mouillé, ça augmente la conduction thermique et on peut avoir beaucoup plus froid. »
Dans ces conditions, le corps doit produire beaucoup plus d’énergie pour maintenir sa température interne. Si cet équilibre se rompt, l’hypothermie peut s’installer.
Une Barkley particulièrement éprouvante
La Barkley Marathons est déjà réputée pour être l’une des courses les plus difficiles au monde. Le parcours, situé dans le parc de Frozen Head dans le Tennessee, est volontairement complexe : navigation à la carte, absence de balisage, dénivelés abrupts et progression souvent hors sentier.
Mais lors de cette édition, la météo a encore accentué la difficulté.
Pluie, vent et froid humide ont créé des conditions particulièrement éprouvantes pour les participants. Mathieu Blanchard évoque notamment ses doigts complètement bloqués par le froid, signe que le corps commence à lutter pour conserver sa chaleur.
Selon ce qu’il explique dans l’interview, la course s’est révélée « cauchemardesque ». Les conditions étaient si dures que personne n’aurait réussi à terminer l’épreuve cette année-là.
En résumé, c’est le paradoxe du froid sec a contrario du froid humide
L’expérience racontée par Mathieu Blanchard illustre un phénomène bien connu des spécialistes des environnements extrêmes : un froid très intense n’est pas forcément le plus dangereux.
Dans les régions arctiques, le froid est souvent très sec. Les températures peuvent descendre très bas, mais l’absence d’humidité permet parfois de mieux contrôler la perte de chaleur, à condition d’être correctement équipé.
À l’inverse, un environnement plus tempéré mais humide peut s’avérer beaucoup plus difficile à gérer. Lorsque la pluie s’ajoute au vent et à la fatigue, les vêtements se saturent d’eau et l’organisme se refroidit beaucoup plus rapidement.
Dans ces situations, l’effort physique ne suffit plus toujours à compenser la perte de chaleur.
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