Dormir dehors à –40 °C sans même une tente ? C’est le choix radical qu’a fait Guillaume Grima pour affronter les 600 km de la Yukon Arctic Ultra.
Un pari insensé ? Pas tant que ça. Car derrière cette décision se cache une stratégie millimétrée, forgée dans l’expérience et la connaissance du terrain.
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Guillaume Grima va dormir sans tente dans l’enfer blanc…
Dans le Grand Nord canadien, la Yukon Arctic Ultra est sans doute l’une des courses les plus extrêmes au monde. Les coureurs y affrontent le froid, l’isolement, les gelures, la fatigue et une autonomie quasi totale. Chaque concurrent doit transporter tout ce qui lui permet de survivre pendant plusieurs jours : nourriture, réchaud, duvet, vêtements, etc. Guillaume Grima, lui, a choisi de ne pas emporter de tente. Un choix qui peut surprendre, voire inquiéter, quand on sait que les températures peuvent descendre sous les –45 °C.
Et pourtant, ce n’est ni une négligence, ni un excès de confiance. C’est un choix pragmatique. « Il fera aussi froid dedans que dehors », explique-t-il. Autrement dit : la tente n’apporte aucun gain thermique, juste du poids en plus.
… sans tente pas sans rien, avec un bivouac minimaliste, mais totalement maîtrisé
Ne pas prendre de tente ne signifie pas dormir sans protection. Guillaume Grima part avec un système complet pensé pour le très grand froid. Dans sa pulka, on trouve un sac de couchage grand froid homologué –40 °C, une doudoune d’expédition, un matelas isolant haute performance et tout le matériel obligatoire imposé par l’organisation : réchaud, combustible, thermos, vêtements de rechange, matériel de sécurité.
Ce qui disparaît, ce n’est pas la protection. C’est uniquement la tente.
Pourquoi ? Parce qu’en conditions polaires, une tente n’apporte quasiment aucun gain thermique. L’air à l’intérieur reste à la température extérieure. Elle protège du vent, certes, mais elle ajoute du poids, de la manipulation et donc du risque lors des phases d’installation. Or, à –40 °C, chaque minute les mains à l’air libre compte.
Guillaume a donc choisi une autre approche : dormir à la belle étoile, en s’abritant naturellement derrière une congère ou un relief. Son objectif est simple : réduire le temps d’exposition et simplifier les gestes.
Il a chronométré son protocole. 12 à 13 minutes pour s’installer. 16 à 18 minutes pour repartir. Ce temps maîtrisé est stratégique. Ce sont précisément ces transitions — quand on enlève ses gants, quand on manipule le matériel — qui exposent le plus aux gelures. Plus l’installation est rapide, plus le risque diminue.
Le choix de Guillaume Grima de dormir sans tente s’inscrit dans une stratégie globale
Refuser la tente, ce n’est que la partie visible d’une logique d’optimisation extrême.
Tout dans la préparation de Guillaume Grima vise à gagner en légèreté, en autonomie, en lucidité.
Sa pulka, il l’a conçue et fabriquée lui-même. Elle est pensée pour résister, glisser facilement, et se réparer rapidement. Grâce à son expérience de l’an passé (2ᵉ place derrière Mathieu Blanchard), il sait désormais ce qu’il faut vraiment emporter – et ce qu’on peut laisser.
Par exemple, en 2025, il avait embarqué trop de nourriture. Cette année, il part avec une stratégie mieux calibrée : 6 000 kcal par jour, réparties entre repas lyophilisés, barres, chocolat, fruits secs… Il ajoute même une plaquette de beurre, source de calories faciles à fondre dans les repas chauds. Tout est pesé, pensé, rationalisé.
Un autre pilier de sa stratégie, c’est la gestion de la transpiration.
En Arctique, transpirer, c’est se condamner. Une fois mouillé, impossible de sécher les vêtements. Alors Guillaume régule son effort en permanence. Il préfère avoir un peu froid en bougeant, plutôt que risquer de tremper ses couches. Il ajuste sa tenue à chaque montée, enlève des couches dès qu’il sent la chaleur monter, et garde toujours un œil sur sa température corporelle. Son vêtement le plus efficace ? Celui qu’il garde sec.
Une gestion lucide du sommeil et de la solitude
Guillaume sait que dans une course aussi longue, le sommeil est vital. Il ne cherche pas à dormir longtemps, mais à dormir intelligemment. Il s’accorde entre 2 et 6 heures par nuit, selon les besoins, sans jamais sacrifier sa sécurité. Il ne dort pas dans les checkpoints – souvent de simples tentes ou cabanes sans chauffage – mais dehors, dans son système de bivouac, où il a ses repères. Même si le sommeil est léger, il permet au corps de se régénérer un minimum.
Et la solitude ? Il l’apprivoise. Grâce à son passé militaire (ancien chasseur alpin) et à ses hivers passés dans les chenils du Yukon, il sait vivre seul, loin des humains, avec ses pensées et ses objectifs. Il croise parfois d’autres concurrents, ou des bénévoles aux checkpoints, mais la majeure partie du temps, il avance seul dans le silence blanc. Et cela ne le dérange pas. Au contraire : c’est là qu’il se sent à sa place.
En résumé, en 2026 Guillaume Grima veut aller plus loin, plus vite, plus juste.
L’an passé, il a terminé 2ᵉ, en un peu plus de 8 jours d’effort, sans jamais craquer, ni physiquement ni mentalement. Cette année, il revient plus affûté, plus lucide, plus léger. Il connaît le terrain, il connaît son corps, et il connaît les pièges. Il n’a pas besoin d’en faire plus : il doit simplement répéter la même partition, avec plus de précision encore.
Sa stratégie minimaliste, sa rigueur, son endurance mentale, son expertise du froid et son expérience militaire en font un des grands favoris de l’édition 2026. Ne pas prendre de tente n’est pas une provocation : c’est un symbole de confiance dans sa méthode. Et peut-être bien la clé de la victoire.
Source
https://courseepique.fr/episodes/guillaume-grima-yukon/
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