Une matière imperméable… mais hautement toxique
Depuis des décennies, Gore-Tex est devenu un standard dans le monde du trail. Qu’il s’agisse de vos vestes, de vos chaussures de trail ou de vos gants imperméables, ce textile high-tech est partout. Sa promesse ? Vous garder au sec tout en laissant votre transpiration s’échapper. Mais derrière ce confort se cache une réalité bien moins reluisante : la technologie repose sur des substances chimiques appelées PFAS, dont certaines sont aujourd’hui formellement liées à des maladies graves.
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PFAS : les “polluants éternels” présents dans le Gore-Tex
Les PFAS, pour substances per- et polyfluoroalkylées, sont une large famille de composés chimiques qui ont la particularité d’être extrêmement stables. C’est justement cette propriété qui les rend intéressants pour les textiles techniques comme le Gore-Tex. Résultat : ces molécules ne se dégradent quasiment jamais dans l’environnement… ni dans le corps humain. Plusieurs études scientifiques ont établi un lien entre exposition prolongée aux PFAS et l’apparition de cancers, de troubles hormonaux, de maladies rénales, ou encore de dérèglements thyroïdiens.
C’est la même matière que les fameuses casseroles antiadhésives
Le Gore-Tex utilisé dans vos vestes et chaussures de trail est un dérivé du polytétrafluoroéthylène (PTFE), le même composé que le Téflon des poêles. Dans les deux cas, la fabrication a longtemps impliqué des PFAS très toxiques comme le PFOA. Ces substances sont aujourd’hui accusées de polluer durablement les sols, l’eau, et de provoquer des cancers ou des maladies chroniques.
Mais alors, pourquoi s’en prend-on spécifiquement à Gore-Tex, alors que des milliers d’objets du quotidien — comme les casseroles en Téflon — reposent eux aussi sur des composés PFAS ?
Parce que Gore-Tex a bâti sa réputation sur une promesse écologique. Contrairement aux marques d’ustensiles de cuisine, l’entreprise a déployé une communication massive autour de ses engagements environnementaux : suppression des PFAS dès 2014, lancement en 2021 d’une nouvelle membrane ePE dite « sans PFAS », discours marketing autour d’une protection de la nature jusque dans les moindres coutures. Or, plusieurs recours en justice révèlent que cette image était trompeuse : Gore-Tex continuerait d’utiliser du ePTFE (une forme de Téflon) et des traitements déperlants dérivés de PFAS, sans l’indiquer clairement aux consommateurs. Ce qu’on reproche à Gore-Tex, ce n’est donc pas seulement d’utiliser des substances toxiques — comme tant d’autres industriels —, mais d’avoir volontairement masqué cette réalité derrière une façade verte soigneusement construite.
Pendant plus de quarante ans, les usines de l’industriel américain W.L. Gore & Associates, à l’origine du Gore-Tex, ont utilisé ces substances sans les filtrer correctement, contaminant les sols, les nappes phréatiques… et les riverains.
Contamination massive aux États-Unis : des puits empoisonnés à proximité de l’usine Gore
À Elkton, dans le Maryland, l’usine historique du fabricant Gore est aujourd’hui au cœur d’un scandale environnemental. Plusieurs centaines d’habitants vivant à proximité immédiate de l’usine ont vu leur eau potable contaminée par du PFOA, un PFAS classé cancérogène probable pour l’humain. Ces habitants, qui consommaient l’eau de leur puits privé depuis des décennies, ont été exposés à des taux jusqu’à deux cents fois supérieurs à la norme fédérale autorisée.
L’enquête révèle que des employés de l’usine, alertés dès les années 1990, avaient conseillé à leurs proches de ne pas s’installer trop près du site. Pire encore : l’entreprise a acheté massivement des terrains autour de l’usine pour éviter toute nouvelle construction résidentielle… sans alerter les riverains sur les risques sanitaires déjà en cours.
Chiens malades, cancers, maladies chroniques : une population sacrifiée
Dans les quartiers bordant l’usine, les témoignages sont glaçants. Chiens morts de pathologies rénales, cancers de la thyroïde chez des jeunes adultes, maladies auto-immunes : les cas se multiplient. Le point commun entre les victimes ? Une consommation prolongée d’eau de puits contaminée. Un ancien salarié devenu lanceur d’alerte, Stephen Sutton, a découvert le lien entre ses problèmes de santé et les PFAS après avoir visionné un documentaire sur le sujet. Depuis, une action collective regroupe plus de quatre mille riverains, bien décidés à faire reconnaître la responsabilité de l’industriel.
Gore-Tex a menti
Des vêtements techniques en Gore-Tex porteurs de PFAS
Le plus préoccupant, c’est que cette contamination ne concerne pas seulement les riverains américains. Les PFAS sont présents dans la quasi-totalité des produits estampillés Gore-Tex encore en circulation aujourd’hui. Bien que l’entreprise affirme avoir cessé d’utiliser le PFOA dès 2014, la substitution n’est pas totale, et des alternatives aux PFAS véritablement sûres n’ont pas encore été généralisées.
Concrètement, cela signifie que vos chaussures, vestes ou pantalons imperméables peuvent encore contenir des substances toxiques. Leur danger ne réside pas seulement dans l’inhalation ou le contact prolongé, mais aussi dans la production, la dégradation ou l’incinération de ces textiles en fin de vie. À long terme, cela contribue à une pollution environnementale massive, persistante et invisible.
Quelles conséquences pour les traileurs et la filière outdoor ?
Le monde du trail, pourtant souvent associé à une forme de retour à la nature, ne peut plus ignorer l’envers du décor. En continuant d’acheter et de porter des équipements en Gore-Tex classiques, les pratiquants alimentent un modèle de production polluant et potentiellement dangereux pour la santé humaine.
Des marques comme Salomon, The North Face, Arc’teryx ou encore Hoka sont concernées. Certaines ont déjà entamé une transition vers des membranes “sans PFAS” dans leurs nouvelles gammes, mais la transparence reste très inégale. Il n’existe aujourd’hui aucun label fiable permettant d’identifier les produits vraiment exempts de PFAS pour le grand public.
Des alternatives encore marginales, mais en progression
Quelques marques de niche tentent d’innover avec des membranes imperméables bio-sourcées ou à base de polyuréthane sans PFAS, mais ces produits restent rares, souvent plus chers, et moins performants.
🧥 Patagonia — pionnier de la transition vers le PFAS‑free
Patagonia est souvent citée comme une des marques les plus avancées dans l’élimination volontaire des substances per‑ et polyfluoroalkylées de ses produits. Connue pour son engagement environnemental historique, elle a commencé dès 2013 à remplacer les traitements déperlants classiques par des composants sans PFAS dans ses vêtements imperméables, notamment via sa collection dédiée sans PFAS. Cette stratégie vise à réduire l’usage de composés nocifs tout en maintenant un haut niveau de performance technique et de durabilité dans ses vestes, pantalons et accessoires pour trail et randonnée.
🌿 Columbia — Omni‑Tech Eco, imperméabilité plus propre
Columbia Sportswear a développé sa propre technologie imperméable, Omni‑Tech, et l’a revisitée sous une forme Éco intégrant des matériaux recyclés et un traitement déperlant sans PFAS. Ce tissu, utilisé dans plusieurs vestes outdoor récentes, combine imperméabilité, respirabilité et une approche plus durable, avec notamment l’ajout de matériaux d’origine végétale. La suppression volontaire des PFAS dans ses produits est un pas important vers la réduction des polluants de longue durée dans les textiles techniques.
♻️ Sympatex — membrane PFAS‑free et recyclable
La membrane Sympatex n’est pas une marque à elle seule, mais une technologie alternative importante dans les vêtements techniques sans fluorocarbones. Entièrement sans PTFE, sans PFC/PFAS et 100 % recyclable, elle est adoptée par plusieurs équipementiers soucieux de limiter leur impact. Cette membrane offre une imperméabilité et une respirabilité solides, tout en étant produite selon des standards environnementaux plus stricts que beaucoup de membranes classiques.
🏔️ Autres acteurs déjà passés au sans PFAS
Plusieurs autres marques outdoor ont récemment supprimé les PFAS dans leurs gammes imperméables ou se sont engagées dans une transition rapide :
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Vaude : engagement complet sans PFAS sur les vêtements et équipements outdoor depuis plusieurs années.
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Rab, Norrøna, Endura : ont déjà retiré les substances perfluorées de leurs vestes et couches techniques.
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Ortovox : propose des vêtements de montagne avec des matériaux sans PFC, en mettant l’accent sur la qualité et l’éco‑responsabilité.
Ce que cela change pour le trail
Ces marques montrent que des alternatives performantes existent déjà au Gore‑Tex traditionnel contenant des PFAS. Elles utilisent soit des membranes sans fluorocarbones, soit des traitements déperlants certifiés PFAS‑free, tout en maintenant des standards élevés d’imperméabilité et de respirabilité. Cela permet aux coureurs et traileurs de s’équiper de manière plus responsable sans sacrifier la protection contre les intempéries.
Cela dit, la réglementation évolue. L’Union européenne a entamé en 2023 une procédure pour restreindre l’usage de tous les PFAS non essentiels d’ici la fin de la décennie. Les États-Unis, eux, voient déjà certains procureurs généraux poursuivre les industriels fautifs.
Les traileurs ne peuvent pas rester indifférents.
S’équiper ne devrait jamais nuire à la santé d’autres populations, ni empoisonner durablement les écosystèmes. Il devient urgent de s’informer sur la composition des produits, d’interroger les marques, et de soutenir celles qui investissent réellement dans des alternatives durables.
La pratique du trail n’a de sens que si elle respecte l’environnement dans lequel elle s’inscrit. Porter une veste qui pollue l’eau potable de centaines de familles est un paradoxe insupportable.
En résumé, ce que révèle le scandale du Gore-Tex, c’est que même les produits que l’on pense “techniques” et “haut de gamme” peuvent cacher un lourd tribut écologique et humain.
Le confort imperméable a un prix — et parfois, ce prix est payé par d’autres. Le trail doit redevenir un sport conscient, engagé et exigeant, y compris sur les choix de matériel. Cela commence par poser les bonnes questions, même lorsqu’elles dérangent.
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