Quel futur pour le trail ?
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Pourquoi cet article est important ?
Une fracture s’installe dans le monde du trail : les grands événements se professionnalisent, tandis que les petites courses disparaissent, faute de moyens et de bénévoles.
Ce texte décrypte le basculement discret du modèle associatif vers des structures privées, et alerte sur la disparition du « milieu » du trail — ces courses locales, humaines, encore accessibles, mais de plus en plus fragiles.
Des dossards qui s’arrachent en quelques minutes
Les 5700 dossards du Rennes Urban Trail 2026 sont partis en moins de quatre minutes. Une illustration frappante d’un phénomène de plus en plus courant : certaines courses suscitent une telle demande qu’elles affichent complet dès l’ouverture des inscriptions.
Ce succès fulgurant traduit l’énorme appétit du public pour les grands événements bien organisés, surtout en milieu urbain. Mais il met aussi en lumière une autre réalité : les structures associatives, qui organisent encore l’écrasante majorité des trails en France, ne sont plus toujours en mesure de répondre à cette demande massive.
Organiser un événement d’une telle ampleur nécessite des moyens humains, techniques et logistiques que les bénévoles seuls ne peuvent plus assumer. D’où une question de fond : faut-il confier l’organisation des courses à des entreprises privées ?
Le trail est univers historiquement associatif
Un sport encore très encadré par la FFA
Le trail, discipline classée parmi les courses hors stade, relève de la Fédération Française d’Athlétisme (FFA). Selon les données fédérales, environ 90 % des quelque 5000 trails organisés chaque année en France le sont par des associations.
Le reste du marché se partage entre la FFA elle-même, quelques acteurs institutionnels, et des opérateurs privés. C’est notamment le cas de l’UTMB (géré par une entreprise) ou de l’EcoTrail de Paris. Sur route, le Marathon de Paris est l’exemple emblématique : organisé par ASO, le groupe à l’origine du Tour de France, du Dakar ou encore du Paris-Roubaix.
Des structures bénévoles de plus en plus sous tension
Les associations locales n’ont plus toujours la capacité de suivre l’engouement. L’exemple de Rennes et de ses 5700 dossards écoulés en moins de trois minutes est révélateur. Derrière cette course, une logistique massive repose sur une poignée de bénévoles : sécurité, balisage, ravitaillement, partenariats, communication…
Pour alléger cette charge, certaines associations, comme celle du Rennes Urban Trail, délèguent aujourd’hui l’organisation concrète à des entreprises spécialisées, comme J4 Events.
Oui, une entreprise peut organiser un trail
Rien n’interdit légalement à une entreprise privée d’organiser un trail. Il suffit d’être constituée en personne morale, de respecter le cadre fixé par la FFA, et de déclarer la course auprès des autorités locales (mairie ou préfecture). La répartition des gains ou des bénéfices reste elle aussi encadrée.
La porte est donc grande ouverte pour une professionnalisation du secteur.
Les entreprises privées prennent position
Des acteurs bien connus du sport événementiel
La plupart des grandes épreuves, sur route comme en trail, appartiennent désormais à des structures privées. L’UTMB n’est plus seulement une course, c’est un groupe. ASO ne se limite pas au vélo : l’entreprise organise aussi des triathlons, des marathons et de plus en plus d’épreuves outdoor.
Le Rennes Urban Trail suit une trajectoire comparable, avec une organisation de plus en plus professionnalisée.
Un modèle économique rentable… et soutenu
Pourquoi ce virage ? Parce qu’il y a de l’argent à gagner. Les dossards se vendent à prix fort. Les sponsors affluent, en quête de visibilité dans un secteur en pleine croissance. Et les collectivités, toujours en quête de retombées économiques, soutiennent volontiers les événements majeurs plutôt que les petites manifestations locales.
Les petites courses en danger
Dans les villages ou les zones rurales, la situation s’inverse. Les subventions publiques se raréfient. Certaines communes demandent même aux associations de participer aux frais pour compenser les « nuisances » causées par l’organisation d’une course. Le bénévolat s’épuise. La visibilité médiatique, elle, est quasi inexistante.
Courir un grand marathon en ville attire plus, même à 120 euros le dossard, qu’un petit trail rustique avec saucisse grillée à l’arrivée.
Vers une fracture du paysage trail
Des courses locales en voie d’extinction
Les petites épreuves peinent à survivre. Sans ressources, sans bras, sans subvention, elles disparaissent peu à peu. Augmenter le prix du dossard ? Impossible sans faire fuir les coureurs. Résultat : extinction lente mais certaine.
Un terrain fertile pour les entreprises
En revanche, les épreuves bien placées — notamment en ville — attirent toutes les convoitises. Une course capable de vendre 5700 dossards en quelques minutes devient une opportunité commerciale. Et avec elle, la possibilité d’étendre son offre, de dupliquer son modèle, de capter des partenaires… de bâtir une entreprise.
C’est exactement ce qui se passe à Rennes, et ce mouvement ne fait que commencer.
Un futur en deux vitesses
Les événements premium prennent le pouvoir
Le paysage du trail ne va pas passer intégralement sous contrôle privé. Mais il va se diviser. D’un côté, les courses « premium » : dossards chers, organisation ultra-professionnelle, partenaires bien installés. À l’image de l’EcoTrail de Paris ou de l’UTMB.
Les micro-trails condamnés à disparaître
De l’autre côté, les micro-trails : 150 participants, ravito artisanal, balisage local. De moins en moins de bénévoles pour les organiser, et peu d’intérêt commercial. Leur disparition est presque inévitable.
En résumé, le plus grand risque concerne le « milieu »
Ces courses de 200 à 500 participants, encore accessibles, mais ni suffisamment visibles pour attirer les sponsors, ni assez confidentielles pour survivre sur le modèle du tout bénévole.
Ce sont ces épreuves où l’on connaît l’organisateur, où les ravitos sont faits maison, où la voiture se gare dans le champ du voisin. Des courses à taille humaine, souvent rurales, profondément ancrées dans leur territoire. Celles-là aussi risquent de disparaître. Et leur absence laisserait un vide que ni les grandes machines, ni les souvenirs, ne pourront combler.
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