Le débat secoue une partie de la communauté trail depuis qu’Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, a raconté comment il a évité l’abandon sur la TDS grâce à deux bouffées de Ventoline administrées par le service médical au Cormet de Roselend.
Une remontada express suivie d’un finish canon… Certains applaudissent. D’autres crient à la triche.
Mais qu’en est-il réellement ? Est-ce dopant ? Est-ce moralement acceptable ?
On fait le point.
La Ventoline : autorisée en ultra-trail, mais encadrée
Le salbutamol, molécule active de la Ventoline, est bien connu des asthmatiques. Il s’agit d’un bronchodilatateur d’urgence, efficace en quelques secondes pour débloquer une respiration obstruée. Dans un contexte d’effort prolongé, de poussière ou de sécheresse, il n’est pas rare que des traileurs fassent une crise ou ressentent une oppression respiratoire. C’est exactement ce qu’a décrit Casquette Verte : « J’avais juste pas d’oxygène en fait », avant d’évoquer l’intervention du staff médical.
Mais cette molécule figure aussi sur la liste des produits surveillés par l’Agence Mondiale Antidopage. Elle est autorisée… à condition de rester dans des seuils très précis :
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1600 microgrammes sur 24 heures
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600 microgrammes sur 8 heures
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seuil urinaire de 1000 ng/mL
Autrement dit, oui, un coureur peut en prendre, même en pleine course, tant qu’il reste dans les clous. Et deux bouffées représentent environ 200 microgrammes, soit largement en dessous. Médicalement, il n’y a donc rien à redire.
Le trail : un sport de guerriers ou de survivants ?
Le vrai débat est ailleurs. Il est dans la philosophie. Il y a ceux qui rêvent d’un trail « pur », sans rien, même pas un Doliprane. Ceux qui ne veulent ni bâtons, ni compléments, ni coupe-vent. Ceux pour qui courir, c’est se battre avec ses tripes et son corps, jusqu’à la rupture. Et puis il y a les autres. Ceux qui estiment que si on peut soulager une douleur, éviter un abandon ou éviter de finir aux urgences avec une aide médicale autorisée, alors pourquoi s’en priver ?
La Ventoline se situe à la frontière. Ce n’est pas une aide à la performance à proprement parler, mais elle permet de continuer à courir. Elle peut faire la différence entre abandonner et terminer. Est-ce que cela fausse le classement ? Pas plus qu’un gel énergétique, un strap au genou ou une séance d’ostéo deux jours avant la course.
Mais il est vrai que dans le cas de Casquette Verte, ce geste a pris une dimension symbolique. Car il a longtemps été le premier à se moquer de ceux qui prenaient des bâtons, qui faisaient de l’hypoxie, ou qui s’équipaient comme des astronautes. Le retour de bâton est violent sur les réseaux.
Pas de triche, mais une question d’éthique personnelle
Non, prendre de la Ventoline en pleine TDS n’est pas interdit. Non, Casquette Verte n’a pas triché. Il a eu une crise, a suivi les conseils du service médical, et est reparti avec des doses minimes parfaitement autorisées. Mais il a aussi soulevé une vraie question : jusqu’où peut-on aller pour finir ? Qu’est-ce qu’un trail authentique ? Où commence l’assistance ? Où finit la pureté ?
Chacun aura sa réponse. Et c’est peut-être ça, la force de ce sport.
La violence des commentaires : le trail a-t-il perdu son âme ?
Il faut lire pour le croire. Casquette Verte raconte un moment de galère, un blocage respiratoire, un instant où il songe à l’abandon. Il est honnête, humain. Et les commentaires pleuvent… dans tous les sens. Certains le soutiennent. D’autres le traitent de fragile, de simulateur, voire d’acteur préparant déjà un film.
Derrière cette avalanche de sarcasmes, c’est peut-être le reflet d’un sport qui change. Le trail, ce n’est plus juste une bande de copains dans les alpages. C’est du business, des réseaux, de l’image, du storytelling. Et chaque geste, chaque faiblesse, chaque bouffée… est disséquée.
Résumé
Casquette Verte a-t-il triché en prenant de la Ventoline sur la TDS ? Non. Le salbutamol est autorisé en compétition dans certaines limites, et l’ultra-traileur est resté bien en dessous. Mais cette scène relance le débat sur l’éthique en trail : peut-on se soigner sans fausser la course ? Entre culture du « tout naturel » et gestion raisonnée de l’effort, le débat est ouvert.
FAQ – Dopage et trail running
Niveau 1 : Pour les débutants
Qu’est-ce que le dopage ?
Le dopage consiste à utiliser des substances ou des méthodes interdites pour améliorer artificiellement ses performances sportives. Cela va à l’encontre de l’éthique du sport et peut être dangereux pour la santé.
Est-ce qu’on peut se doper en trail ?
Oui. Le trail n’échappe pas au dopage. Bien que ce soit un sport d’endurance et de nature, certains athlètes peuvent être tentés d’utiliser des produits pour mieux récupérer, réduire la douleur ou repousser leurs limites.
La Ventoline, c’est du dopage ?
Non, pas automatiquement. La Ventoline (salbutamol) est autorisée en compétition jusqu’à certaines doses. Utilisée dans un cadre médical (asthme ou crise respiratoire), elle ne constitue pas un dopage… sauf si les seuils autorisés sont dépassés.
C’est quoi une AUT ?
Une AUT, c’est une Autorisation d’Usage à des fins Thérapeutiques. Elle permet à un athlète de prendre un médicament interdit (comme certains corticoïdes) s’il a une vraie raison médicale, et sous contrôle médical strict.
Les amateurs sont-ils concernés ?
Techniquement oui, mais en pratique très peu de contrôles antidopage sont réalisés chez les amateurs. Cela reste néanmoins un enjeu éthique : tricher pour une place ou une médaille quand on n’est pas professionnel reste problématique.
Niveau 2 : Approfondissement pour les initiés
Quels sont les cas de dopage connus dans le trail ?
Le trail n’échappe pas totalement au dopage, même s’il est moins touché que d’autres disciplines. Parmi les cas les plus marquants, on trouve Stian Angermund, champion norvégien testé positif à un diurétique en 2023 après sa victoire à l’OCC. Il a été suspendu 16 mois, même si la contamination accidentelle a été reconnue par l’AFLD. Autre affaire retentissante : l’édition 2022 de Sierre-Zinal, où les deux vainqueurs, Mark Kangogo et Esther Chesang, ont été disqualifiés pour usage de substances interdites. On peut aussi citer Petro Mamu, coureur érythréen suspendu neuf mois en 2017 pour usage de fénotérol. Ces cas rappellent que le trail, bien que tourné vers la nature, n’est pas à l’abri des dérives.
Quelles sont les substances dopantes les plus utilisées en trail ?
Les produits les plus fréquemment utilisés dans les sports d’endurance (dont le trail) sont :
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EPO (érythropoïétine) : augmente artificiellement le nombre de globules rouges, donc la capacité à transporter l’oxygène. Très efficace, mais très dangereux.
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Corticoïdes : utilisés pour réduire l’inflammation et la douleur. Ils permettent de continuer à courir malgré des lésions. Interdits par voie injectable ou orale sans AUT.
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Salbutamol (Ventoline) : autorisé à faible dose, mais considéré dopant au-delà des seuils (effets anabolisants à haute dose).
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Stimulants (amphétamines, pseudoéphédrine) : augmentent la vigilance, repoussent la fatigue. Très surveillés.
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AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) : pas interdits, mais largement utilisés. Permettent de masquer la douleur, au risque de graves complications.
Pourquoi le dopage est-il dangereux, au-delà de son interdiction ?
D’un point de vue médical, les risques sont nombreux :
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Risque cardiaque accru : surtout avec l’EPO ou les stimulants. Plusieurs morts subites dans les sports d’endurance ont été liées à des pratiques dopantes.
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Atteintes rénales : avec les AINS notamment, surtout en cas de déshydratation, fréquente en trail long.
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Troubles hormonaux, osseux, nerveux : dus aux corticoïdes ou stéroïdes.
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Addiction psychologique : une fois qu’un coureur associe performance et produit, le retour à un sport « pur » devient difficile.
Mais il y a aussi un risque moral et sportif :
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Inégalité : tricher même pour une 120e place, c’est priver un autre coureur de son classement.
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Perte de sens : le trail est un sport de lenteur, d’introspection, d’humilité. Si la performance devient artificielle, l’essence même du trail disparaît.
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Danger collectif : banaliser certains produits, c’est inciter les jeunes ou les amateurs à franchir la ligne, sans en mesurer les conséquences.
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- Cet article s’inscrit dans une démarche d’information et d’analyse sur une situation réelle relayée publiquement. Il ne vise en aucun cas à nuire à l’image d’un athlète ou à remettre en cause sa bonne foi. Les faits rapportés sont basés sur des déclarations publiques, des éléments médicaux encadrés et des règles officielles. Le débat soulevé ici concerne l’éthique sportive de manière générale et non une personne en particulier.