Un an après avoir tiré une pulka pendant des centaines de kilomètres dans le froid extrême du Yukon, Mathieu Blanchard remet le cap au nord. Mais cette fois, il ne s’agit plus de courir, ni même de survivre en solitaire face à la nuit polaire.
Le terrain de jeu change, le rythme aussi. Direction l’Arctique, le Svalbard, à bord d’un voilier d’expédition hors norme. Un retour au Grand Nord qui dit beaucoup de la trajectoire actuelle de Blanchard, entre quête de sens, transmission et besoin de se réinventer après un échec très médiatisé.
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Chez Mathieu Blanchard, le Grand Nord n’est pas une parenthèse exotique. C’est un fil conducteur.
La Yukon Arctic Ultra avait marqué un basculement, loin du trail balisé et des chronos lisibles. Une aventure brute, lente, solitaire, où l’effort n’est plus mesuré en kilomètres par heure mais en capacité à avancer malgré le froid, la fatigue et le doute. Un an plus tard, le retour en Arctique ne prend pas la forme d’un défi sportif individuel, mais d’un projet collectif, assumé, presque pédagogique.
Le choix du bateau n’est pas anodin. Il raconte un déplacement symbolique. On ne subit plus l’environnement, on compose avec lui. On ne lutte plus seul, on partage l’expérience. Blanchard ne renie rien de l’ultra-endurance. Il en déplace simplement le centre de gravité.
Impossible de lire ce projet sans le mettre en perspective avec l’échec récent sur la Transat Café L’Or.
Une aventure maritime ambitieuse, très exposée médiatiquement, qui ne s’est pas déroulée comme prévu. Pour un athlète habitué à la maîtrise de son corps et de ses paramètres, la mer a rappelé une évidence brutale : tout ne se contrôle pas. La Transat n’a pas été une victoire sportive, ni même une réussite narrative. Elle a laissé des traces, des interrogations, et sans doute une forme de frustration.
Ce retour vers le Grand Nord en bateau n’a rien d’une revanche. Il ressemble davantage à un recentrage. Là où la Transat mettait Blanchard dans une posture d’apprenti, presque en déséquilibre, le projet arctique le replace dans un territoire qu’il connaît intimement. Le froid, l’isolement, la lenteur, l’engagement mental. Mais avec une posture différente : non plus prouver, mais transmettre.
De l’exploit individuel de Mathieu Blanchard à l’aventure partagée avec Loury Lag
Les mots employés par Blanchard dans ses prises de parole récentes sont révélateurs. Il ne parle plus seulement de performance, mais d’identité, de mission, de sens. Embarquer un groupe, transformer l’exploit en transmission, faire de l’aventure un espace d’apprentissage collectif. Cette évolution n’est pas anodine dans un univers trail souvent obsédé par le dépassement individuel.
Le projet mené au Svalbard s’inscrit dans cette logique. Une expédition pensée comme une expérience immersive, où l’aventure ne se résume pas à des images spectaculaires, mais à une logistique lourde, une organisation millimétrée et une réflexion sur l’impact environnemental. Le bateau devient un outil, presque un manifeste. Avancer loin, longtemps, sans laisser de trace.
Ce retour dans le Grand Nord ne se fait pas en solitaire.Mathieu Blanchard s’inscrit cette fois dans un projet porté avecLoury Lag, figure reconnue de l’expédition arctique et de la survie en milieu extrême.
Le trail n’est jamais très loin
Même sans dossard, même sans course, le trail reste en filigrane. La gestion de l’effort, la capacité à durer, la lucidité dans l’inconfort, le rapport au temps long. Ce sont les mêmes compétences que celles mobilisées sur un ultra de cent kilomètres, poussées à l’extrême et sorties du cadre compétitif.
Pour beaucoup de traileurs, cette trajectoire fait écho à une question intime. Que faire après les grandes courses, après les podiums, après les projets qui n’aboutissent pas comme prévu ? Blanchard apporte une réponse qui ne passe ni par la fuite en avant, ni par le repli. Il change de rythme, change de cadre, mais reste fidèle à une même obsession : aller loin, comprendre, et partager.
En résumé, ce retour en Arctique n’est pas une opération de communication de plus. Il s’inscrit dans une continuité.
Le Grand Nord n’est pas ici un décor instagrammable, mais un espace de cohérence. Après la rudesse solitaire du Yukon et l’apprentissage douloureux de la mer, Mathieu Blanchard semble avoir trouvé une troisième voie. Moins spectaculaire, peut-être. Plus lente, sûrement. Mais sans doute plus alignée avec ce qu’il cherche aujourd’hui.
Pour le monde du trail, ce choix interroge. Il rappelle que l’aventure ne commence pas toujours là où s’arrêtent les courses. Et que parfois, savoir changer de support est une forme de maturité.
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