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🎥 Tous les ans, la même scène revient à La Redoute : bien après l’arrivée des vainqueurs, les derniers coureurs de la Diagonale des Fous atteignent enfin Saint-Denis après près de 66 heures d’effort. En 2026, le Belge Sander Boom termine en 65 h 57 min 33 s, seulement trois minutes avant la barrière horaire finale, avec le dos bloqué et une branche utilisée comme bâton de fortune dans la descente du Colorado.
Son arrivée est spectaculaire, émouvante et parfaitement régulière. Mais elle relance une question qui dépasse son seul cas : jusqu’où peut-on laisser un coureur continuer lorsqu’il avance dans un état physique très dégradé ? Car d’une année sur l’autre, les derniers finishers de la Diagonale des Fous atteignent régulièrement La Redoute à bout de forces, parfois dans les toutes dernières minutes.
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En 2026, Sander Boom est le symbole de cette fin de cette diagonale des fous extrême.
Après 180 km et environ 10 200 m de dénivelé positif, il arrive à La Redoute après presque 66 heures d’effort. Réunion La 1ère décrit un homme au dos bloqué, courbé sur une branche ramassée sur le parcours et utilisée comme bâton de fortune pour terminer la descente du Colorado.
À l’arrivée, les images montrent un coureur très marqué physiquement, entouré notamment par Hugo Deck, vainqueur de la course, et Pierre Maunier, président du Grand Raid. Il termine 2 126e et dernier finisher, avec trois minutes seulement d’avance sur la fermeture officielle de la course.
Cette arrivée n’a rien d’exceptionnel dans son principe. Ce qui frappe, c’est au contraire sa ressemblance avec celles des années précédentes.
En 2025, le dernier finisher arrive à… une minute de la limite
En 2025, Alexandre Berroua ferme la marche de la Diagonale des Fous en 65 h 59 min 18 s. Il franchit la ligne à 15 h 59, soit une minute seulement avant la fermeture de la course, aux côtés des vainqueurs Baptiste Chassagne et Blandine L’Hirondel.
La scène illustre déjà cette logique particulière de la Diagonale : les derniers finishers ne cherchent plus un classement, mais simplement quelques minutes supplémentaires pour rester dans le cadre officiel et devenir finisher.
En 2024, Didier Marmasse termine lui aussi à trois minutes de la barrière
Un an plus tôt, Didier Marmasse connaît presque exactement le même scénario. Il termine la Diagonale des Fous 2024 en 65 h 57 min 29 s, à 15 h 57, soit trois minutes avant la barrière horaire.
Les derniers kilomètres sont alors décrits comme particulièrement difficiles, après trois jours et trois nuits de course. LINFO rapporte que plusieurs finishers arrivent « divagant, à bout de souffle et les larmes aux yeux ». Didier Marmasse explique de son côté que ses muscles tiennent encore, malgré des sentiers très glissants au Colorado.
Le paradoxe est déjà là : certains coureurs atteignent La Redoute relativement lucides, tandis que d’autres donnent l’image d’un épuisement extrême. Pourtant, ils évoluent tous dans la même fenêtre de course, à quelques minutes de la limite maximale autorisée.
En 2023, une coureuse termine même hors délai après une fin de course très difficile
L’édition 2023 montre encore davantage à quel point cette frontière peut devenir floue. Christophe Tricoche est le dernier finisher dans les délais, tandis qu’Évelyne Savignan poursuit jusqu’à La Redoute malgré une arrivée hors délai. Zinfos974 raconte qu’elle doit puiser très loin dans ses ressources pour terminer, après une descente du Colorado particulièrement difficile.
Imaz Press souligne également qu’elle arrive sous les applaudissements, après avoir été accompagnée dans la descente. L’organisation accepte donc qu’elle aille au bout de son aventure, même si son temps ne lui permet plus d’être classée finisher.
Pourquoi ces états physiques posent question
Parce que la Diagonale pousse les coureurs jusqu’à la limite horaire
La Diagonale des Fous accorde jusqu’à 66 heures pour terminer. Cette durée permet à des profils très différents de vivre la course, mais elle signifie aussi que les derniers participants passent trois jours et trois nuits dans les sentiers, avec un cumul de fatigue, de douleurs, de manque de sommeil et parfois de blessures légères ou plus sérieuses.
Le cas de Sander Boom illustre parfaitement cette accumulation. Lorsqu’il arrive dans la descente du Colorado, ce n’est plus seulement la performance sportive qui est en jeu : son état physique devient l’élément central de la fin de course.
Parce que l’organisation doit trouver la limite entre dépassement de soi et sécurité
Le règlement du Grand Raid permet aux médecins et secouristes officiels d’arrêter un concurrent considéré comme inapte à poursuivre. Autrement dit, la barrière horaire n’est pas le seul critère : un coureur peut encore être dans les temps mais être stoppé si son état l’exige.
À l’inverse, être visiblement très fatigué ne signifie pas automatiquement être médicalement incapable de continuer. C’est toute la difficulté de ces dernières heures : un coureur peut boiter, avancer très lentement, s’appuyer sur un bâton ou présenter une posture très dégradée sans que cela suffise, à lui seul, à justifier un arrêt médical.
Les derniers finishers sont aussi devenus une tradition du Grand Raid
Depuis plusieurs années, l’arrivée du dernier finisher constitue presque un second final de la Diagonale des Fous. Le vainqueur revient souvent l’accompagner, le public reste massé à La Redoute et la scène est largement filmée et photographiée.
En 2024, Mathieu Blanchard accueille Didier Marmasse. En 2025, Baptiste Chassagne et Blandine L’Hirondel accompagnent Alexandre Berroua. En 2026, Hugo Deck marche aux côtés de Sander Boom dans les derniers mètres.
Cette tradition est belle parce qu’elle rappelle qu’un ultra-trail ne se résume pas au premier. Mais elle entretient aussi une forme de glorification de l’arrivée à tout prix, alors même que certains corps semblent extrêmement éprouvés.
Finir coûte que coûte : une valeur centrale de la Diagonale des Fous
Sur la Diagonale, être finisher possède une valeur particulière. Beaucoup de participants préparent cette course pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années, et savent qu’ils n’auront peut-être jamais une deuxième occasion de revenir.
Cette dimension explique en partie pourquoi les derniers kilomètres deviennent si chargés émotionnellement. Lorsqu’il reste une heure, puis trente minutes, puis quelques minutes avant la fermeture, renoncer devient presque impensable pour certains coureurs encore capables d’avancer.
C’est aussi ce qui rend la situation délicate : la volonté du coureur peut rester intacte alors que son corps donne des signes de fatigue très importants.
Sander Boom n’est donc pas un cas isolé
Son arrivée en 2026 impressionne parce qu’elle est spectaculaire : dos bloqué, progression difficile, bâton de fortune, moins de trois minutes avant la barrière. Mais les années précédentes montrent que cette tension fait désormais partie de l’histoire récurrente du Grand Raid.
En 2024, le dernier finisher termine à trois minutes de la limite. En 2025, à une seule minute. En 2026, de nouveau à trois minutes. Les derniers finishers flirtent donc régulièrement avec les 66 heures maximales et arrivent après une durée d’effort considérable.
La question n’est pas de savoir s’ils méritent leur médaille : ils la méritent pleinement dès lors qu’ils respectent le règlement et restent médicalement aptes à poursuivre. La vraie question est celle de la frontière entre dépassement de soi et mise en danger, une frontière que la Diagonale des Fous repousse chaque année jusqu’aux toutes dernières minutes.
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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