En 2026, alors qu’on critique tout, qu’il y a des haters partout, et que chaque détail est amplifié par les réseaux sociaux, ce genre d’histoire n’aurait tout simplement pas pu exister.
Courir la CCC avec la gueule de bois ? Il se ferait démonter en ligne, blacklisté, traité d’irresponsable. Et pourtant, en 2011, Christophe Le Saux l’a fait. Il est parti de Courmayeur encore vaseux d’une nuit en boîte… et a terminé 5e d’une des courses les plus mythiques du Mont-Blanc.
Dans un échange sans filtre avec Ludovic Collet, il raconte cette scène improbable. Et ce moment suspendu dit tout d’une autre époque du trail — plus libre, plus fou, parfois plus rock’n’roll.
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Christophe Le Saux et Ludovic Collet, deux figures bien connues du trail
Pour bien comprendre la scène, il faut d’abord poser le décor. Car derrière cette anecdote insolite, on retrouve deux personnages majeurs du trail francophone.
Christophe Le Saux, surnommé « le Jaguar », est une figure singulière de l’ultra. Aventurier, compétiteur, organisateur de séjours, formateur, il court depuis plus de trente ans et a posé ses baskets sur tous les continents. Connu pour ses défis engagés et son mental inoxydable, il a brillé sur toutes les grandes courses : Tor des Géants, Marathon des Sables, Diagonale des Fous…
Face à lui, Ludovic Collet. Voix de l’UTMB, maître du micro sur les plus grandes lignes d’arrivée, interviewer complice et mémoire vivante du trail. Quand Collet parle, les coureurs écoutent. Quand il rit, l’ambiance change.
Dans cette discussion, il n’a pas besoin de forcer. Christophe se lance tout seul.
Une CCC courue… après une nuit blanche en boîte
Tout commence par une phrase qui ferait frémir n’importe quel coach en 2026 :
« Je sors de boîte le matin, complètement bien touché, quoi. »
Le ton est donné. Nous sommes à Courmayeur, le matin du départ de la CCC 2011. L’heure exacte lui échappe — « 10 h ou 11 h ? » — mais un souvenir reste : on le réveille pour lui dire d’y aller, et il y va. Encore alcoolisé, pas franchement échauffé, la tête un peu ailleurs.
Sur la ligne de départ, il blague, il divague. Et pourtant, il part. Mal, certes. Mais il tient, il remonte, et il termine 5e en 11 h 14 min 37 s, ex-aequo avec Florian Racinet, dans une édition longue de 92 km et 5100 m D+, avec 1591 finishers au total.
Un résultat difficile à croire. Et pourtant, les classements officiels le confirment : Emmanuel Gault l’emporte en 10 h 10, suivi d’Adam Campbell et de Nikolaos Kalofyris. Christophe est bien dans le top 5, malgré — ou peut-être grâce à ? — cette entrée en matière unique en son genre.
Cette anecdote racontée par Christophe Le Saux
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Le trail d’hier n’était pas celui d’aujourd’hui
Ce récit frappe par son contraste. En 2011, le trail était encore un peu sauvage. Moins cadré, moins structuré, plus accessible à l’instinct. Des personnalités comme Le Saux pouvaient surprendre, improviser, briller.
Aujourd’hui, ce serait inimaginable.
C’est d’ailleurs ce que souligne Ludovic Collet avec justesse : « On pourrait plus le faire maintenant. » Et personne ne le contredira. La CCC est devenue une épreuve d’élite. Chaque minute de sommeil compte. Chaque gel est calculé. Chaque descente est reconnue.
Cette anecdote, aussi savoureuse soit-elle, raconte donc un monde disparu. Celui d’un trail plus libre, plus humain, parfois plus chaotique — et c’est ce qui la rend si précieuse.
Une histoire drôle, mais à ne surtout pas reproduire
Bien sûr, tout cela prête à sourire. Le ton est léger, le souvenir est intact, l’exploit est réel. Mais il ne faut pas se tromper : ce n’est pas un exemple à suivre.
Courir un ultra alcoolisé, déshydraté, avec une dette de sommeil importante, c’est mettre sa santé en jeu. Les risques sont nombreux : chutes, pertes de lucidité, blessures, malaise… Ce jour-là, Christophe Le Saux s’en est sorti par force, expérience et robustesse mentale. Mais c’est un miracle que cela ait fonctionné.
Et même lui le reconnaît. Il ne revendique rien, ne glorifie pas l’improvisation. Il raconte simplement un moment de sa vie de coureur, comme on raconterait une légende autour d’un feu de camp. L’histoire a de la valeur comme souvenir. Pas comme méthode.
Ce moment ne résume pas Christophe Le Saux
Il serait tentant de résumer Christophe Le Saux à cette CCC rocambolesque. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel.
Car ce coureur, depuis cette course, a poursuivi une carrière riche, engagée et durable. Il a enchaîné les podiums, les aventures, les traversées de continents. Il a monté des projets, formé des athlètes, conseillé des marques, toujours dans un esprit d’ouverture et de transmission.
Il a surtout montré que la rigueur et l’audace ne sont pas incompatibles. Que l’on peut rire de ses erreurs de jeunesse tout en incarnant, année après année, le sérieux d’une pratique devenue plus mature.
En 2025, la CCC est devenue une affaire millimétrée
Pour mesurer à quel point les temps ont changé, il suffit de regarder l’édition 2025. Cette année-là, Francesco Puppi s’impose en 10 h 06, au terme d’une course maîtrisée, tactique, disputée jusqu’au bout. On parle aujourd’hui de lactate, de nutrition moléculaire, de pacing en watts. Les écarts se jouent à la minute près.
En quinze ans, la CCC a changé de visage. Elle est passée d’une belle aventure entre costauds à un véritable championnat officieux du trail court de haute montagne.
Et c’est là que le souvenir de Christophe Le Saux prend tout son sens : il rappelle une époque plus organique, plus libre, plus vivante. Une époque où un gars encore en descente pouvait finir top 5. Une époque qui ne reviendra pas — mais qu’on peut encore raconter.





