Le trail continue de véhiculer l’image d’un sport sain, connecté à la nature, exigeant mais libérateur.
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On applaudit les finishers, on partage les sourires à l’arrivée, on parle de dépassement de soi, de transformation, de mieux-être. Mais dans l’ombre de ces récits positifs, certains événements sont passés sous silence. Comme les malaises cardiaques en course. Rarement évoqués, parfois niés, ils dérangent.
Pourquoi ce silence autour de la « crise cardiaque trail » ? Pourquoi ce malaise face au malaise ?
Parce que le trail vend une image idéale de santé
C’est devenu un argument central du trail : il soigne. Il soigne du stress, de la sédentarité, de la vie moderne. En faire l’éloge, c’est vanter les bienfaits d’un corps actif en pleine nature. Dans cette logique, un arrêt cardiaque fait tache. Il détonne. Il rappelle que même les plus entraînés ne sont pas invincibles. Certains malaises surviennent malgré une préparation parfaite, malgré des bilans rassurants. Admettre que cela peut arriver, c’est écorner un mythe. C’est introduire de l’incertitude là où l’on cherche de la maîtrise.
Parce que les organisateurs redoutent les retombées
Chaque incident grave en course déclenche une série de réactions : inquiétude des familles, pression médiatique (on cherche toujours un coupable quand un drame arrive sur une course), parfois conséquences juridiques. Le moindre mot peut être interprété. Alors beaucoup préfèrent ne rien dire ou communiquer a minima. C’est une forme de protection. Mais ce silence alimente l’idée que le sujet est tabou. Et empêche une prise de conscience collective sur les mesures de prévention à renforcer.
Parce que les coureurs ont du mal à intégrer leur vulnérabilité
Dans le milieu du trail, on accepte la souffrance musculaire, les coups de moins bien, les blessures. Mais un arrêt cardiaque, c’est autre chose. Ce n’est pas une conséquence de l’effort, c’est une rupture soudaine, souvent imprévisible. Certains profils sont à risque sans le savoir. Et cette idée dérange. Elle fait peur. Elle rappelle que la volonté ne suffit pas toujours, que le mental ne contrôle pas tout. Et ça, c’est difficile à accepter dans un sport où la maîtrise de soi est une valeur centrale.
Parce que l’effort n’est pas toujours responsable
Dans plusieurs cas documentés, les malaises ne sont pas directement causés par l’intensité de l’effort. Ils révèlent des pathologies cardiaques invisibles à l’entraînement. Certains troubles du rythme sont héréditaires, d’autres passent totalement inaperçus jusqu’au jour où… Le trail ne crée pas ces failles, mais il les expose. Cette nuance est essentielle. Mais elle est complexe à transmettre, surtout dans un débat public souvent binaire : est-ce que le sport est dangereux, oui ou non ?
Parce que la prévention est rarement mise en avant
On parle beaucoup de performances, de gestion de course, de podiums. Moins des dispositifs de secours, de la formation des bénévoles, ou de la présence de défibrillateurs sur les parcours. Et pourtant, ces éléments existent, parfois très bien organisés. Mais comme ils restent dans l’ombre, on oublie qu’ils sont là. La culture de la prévention reste en retrait, éclipsée par la glorification de l’exploit.
Parce que ces scènes sont dures à raconter
Un arrêt cardiaque en pleine course, c’est un coureur à terre, une équipe qui intervient, des gestes de secours réalisés dans l’urgence. Ce sont des minutes longues, incertaines, où chaque seconde compte. Ce n’est pas un récit d’exploit. C’est un moment de tension extrême, souvent vécu dans le silence. Et dans un sport qui privilégie l’inspiration, on comprend que certains préfèrent détourner le regard.
Parce que parler du sujet engage des responsabilités
Former les bénévoles, installer plus de défibrillateurs, sensibiliser les participants aux signes avant-coureurs, cela demande des moyens. Cela suppose aussi d’accepter qu’un incident peut survenir. Et donc de s’y préparer. Certains organisateurs vont dans ce sens. Mais cela reste encore trop peu visible. En parler publiquement, ce n’est pas créer la peur. C’est assumer que le risque existe, et y répondre sérieusement.
Parce que le sujet est parfois instrumentalisé
On entend parfois des comparaisons entre les accidents de chasse et les malaises cardiaques en trail. Comme si les deux situations étaient équivalentes. Mais un malaise cardiaque est un événement médical. Une balle perdue, c’est une responsabilité humaine. En les mettant sur le même plan, on brouille les repères. Et on empêche un débat clair, centré sur la prévention, la santé, et la sécurité des coureurs.
Le trail reste un sport aux bénéfices réels pour la santé. Il réduit les risques cardiovasculaires, améliore la condition physique et le bien-être. Mais nier qu’un malaise peut survenir serait irresponsable. Reconnaître cette réalité, c’est encourager des bilans médicaux adaptés, former aux gestes de premiers secours, normaliser la présence de défibrillateurs. C’est surtout permettre à la communauté de mûrir. Et montrer que prendre soin des coureurs, ce n’est pas rompre le mythe du héros. C’est prolonger leur aventure, en toute conscience.






