Avec le marathon des sables, derrière le mythe du désert il y a une réalité difficile à défendre
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Le Marathon des Sables reste l’une des courses les plus iconiques du trail mondial. Une traversée du désert marocain en autosuffisance, une aventure extrême, un rêve pour beaucoup de traileurs. Mais derrière cette image intacte, les données disponibles aujourd’hui racontent une autre histoire, beaucoup moins confortable.
Lorsqu’on regarde concrètement l’impact environnemental du Marathon des Sables, il apparaît de plus en plus comme une anomalie dans un sport qui se revendique proche de la nature.
Et cette fois, il ne s’agit plus d’une simple opinion. Ce sont les ordres de grandeur qui posent problème.
Le transport des coureurs : le vrai poids écologique de la course
Le principal impact environnemental du Marathon des Sables ne se situe pas dans le désert, mais bien avant le départ. Il commence avec le transport des participants.
La majorité des coureurs viennent d’Europe, mais aussi d’Amérique du Nord, d’Asie ou d’Australie. Or, selon les données de l’Agence de la transition écologique (ADEME), un vol aller-retour Paris–Marrakech représente environ 0,5 à 0,8 tonne de CO₂ par passager.
Rapporté à un peloton de plusieurs centaines de participants, cela représente plusieurs centaines de tonnes de CO₂ pour une seule édition.
Et ce chiffre ne prend même pas en compte les accompagnateurs, les médias, les équipes logistiques ou les transferts internes.
Autrement dit, une part majoritaire de l’empreinte carbone est invisible pour le grand public, mais massive à l’échelle globale.
Et il faut le préciser clairement : ce constat ne concerne pas uniquement le Marathon des Sables. Le même mécanisme s’applique à d’autres grandes courses internationales comme la Diagonale des Fous, l’UTMB ou les circuits mondialisés.
Dès qu’une course attire un plateau international, avec des coureurs qui prennent l’avion pour venir courir quelques jours, le bilan carbone explose. Le transport devient alors, de très loin, le premier poste d’impact environnemental, bien devant l’organisation sur place.
Le Marathon des Sables ne fait donc pas exception. Il rend simplement cette réalité plus visible, car le contraste entre l’image d’une nature sauvage et la logique de déplacements mondialisés est particulièrement frappant.
Une logistique lourde dans un environnement fragile
Sur place, l’organisation mobilise des moyens importants pour faire fonctionner la course : véhicules, camions, transport d’eau, installation des bivouacs, sécurité médicale, communication.
Même si des efforts récents ont été faits pour limiter les déplacements et mutualiser les camps, la réalité reste celle d’un événement lourd dans un milieu extrêmement sensible.
Le désert n’est pas un terrain neutre. C’est un écosystème lent, où les perturbations peuvent durer des années. Le passage répété de centaines de personnes, associé à des infrastructures temporaires, est susceptible de laisser une empreinte, même si elle est encadrée.
Contrairement à une forêt ou à un sentier de montagne, le désert ne se régénère pas rapidement.
Car le Marathon des Sables ne se déroule pas n’importe où. Il se déroule dans un environnement qui symbolise la fragilité des équilibres naturels, la rareté des ressources et l’adaptation extrême.
Et c’est précisément dans ce décor que se déploie un événement international nécessitant eau, transport, sécurité et logistique.
La contradiction devient alors difficile à ignorer : d’un côté, un discours sur le retour à l’essentiel ; de l’autre, un modèle fondé sur des moyens lourds et des déplacements à grande échelle.
Une empreinte carbone difficile à compenser… sauf à changer profondément le modèle
Certains événements sportifs mettent en avant des stratégies de compensation carbone, comme la plantation d’arbres ou le financement de projets environnementaux. Mais dans le cas d’une course comme le Marathon des Sables, ces leviers restent marginaux face à l’ampleur réelle de l’impact.
Pour être réellement efficace, la compensation devrait s’attaquer au principal poste d’émissions : le transport des participants. Cela impliquerait des choix beaucoup plus structurants, comme limiter la part de coureurs internationaux ou repenser les formats pour réduire les déplacements longue distance.
D’autres pistes existent, comme la création d’épreuves équivalentes sur plusieurs continents, afin d’éviter de concentrer tous les participants au même endroit. Mais ces solutions posent immédiatement la question de l’attractivité et du modèle économique.
Enfin, une compensation crédible suppose des engagements massifs et durables. Planter quelques arbres ne suffit pas à compenser des centaines de tonnes de CO₂ émises en quelques jours. Il faudrait des programmes suivis sur plusieurs décennies pour espérer équilibrer l’impact.
Quelle est l’empreinte carbone réelle du Marathon des Sables et combien d’arbres pour compenser ?
Pour comprendre, il faut raisonner en ordres de grandeur.
Un coureur européen génère environ 0,5 à 0,8 tonne de CO₂ pour son vol aller-retour. Avec un peloton de 800 à 1 000 participants, cela représente déjà 400 à 800 tonnes de CO₂ uniquement pour les coureurs.
En intégrant les autres postes, l’empreinte totale dépasse probablement les 600 à 1 000 tonnes de CO₂ par édition.
Combien d’arbres pour compenser ?
Un arbre capte en moyenne 20 à 25 kg de CO₂ par an. Il faut donc environ 40 à 50 arbres pour compenser une tonne de CO₂ sur une année.
Mais pour compenser réellement ces émissions, il faut raisonner sur le long terme. La captation du carbone s’étale sur plusieurs décennies, et dépend fortement de la croissance et de la survie des arbres.
Le vrai problème
Sur le papier, ces chiffres peuvent sembler atteignables. Mais en réalité, la compensation pose une difficulté majeure : le décalage entre les émissions et leur absorption.
Le CO₂ est émis immédiatement, tandis que la compensation s’étale sur 20 à 30 ans. Et entre-temps, rien ne garantit la survie des arbres ni l’absence d’effets pervers.
C’est ce décalage qui rend la promesse de compensation particulièrement fragile.
Un modèle hérité d’une autre époque
Le Marathon des Sables est né dans les années 80, à une époque où les enjeux climatiques n’étaient pas centraux dans le sport.
Aujourd’hui, le contexte a changé. Le trail évolue, et avec lui les attentes en matière de responsabilité environnementale.
Dans ce cadre, le Marathon des Sables apparaît comme un héritage d’un modèle ancien : celui des grandes aventures lointaines, peu contraintes sur le plan écologique.
Dire que le Marathon des Sables est une hérésie écologique, ce n’est pas dire qu’il faut le supprimer. C’est poser une question de cohérence.
Peut-on encore promouvoir des événements reposant sur des déplacements internationaux massifs, organisés dans des environnements fragiles, tout en affirmant que le trail est un sport respectueux de la nature ? C’est cette contradiction qui, aujourd’hui, devient difficile à ignorer.
Le débat dépasse largement cette seule course. Il traverse l’ensemble du trail, dès lors qu’il se mondialise.
Le Marathon des Sables reste une aventure unique. Mais il est aussi devenu un symbole : celui d’un sport confronté à ses propres limites.
Et désormais, ce sont les chiffres qui obligent à regarder cette réalité en face.
Sources et cadre méthodologique
Cet article s’appuie sur des données issues de l’Agence de la transition écologique (ADEME) concernant les émissions liées au transport aérien, ainsi que sur des ordres de grandeur publiés dans plusieurs travaux académiques et rapports institutionnels portant sur l’empreinte carbone des événements sportifs internationaux, lesquels établissent que le transport des participants représente généralement la part majoritaire des émissions (souvent estimée entre 70 et 90 %). Les estimations relatives à la captation du CO₂ par les arbres reposent sur des moyennes communément admises en littérature scientifique, variant selon les espèces, les conditions climatiques et les durées de croissance. Les chiffres avancés dans cet article ont une valeur indicative et visent à fournir des repères compréhensibles pour le grand public, sans prétendre à l’exhaustivité ni à une mesure certifiée de l’empreinte réelle du Marathon des Sables.
Liens sources
👉 Données ADEME sur les transports et les émissions
Calculer les émissions carbone des trajets (ADEME)
👉 Outil officiel utilisé dans le sport pour mesurer l’impact carbone
Impact CO₂ dans les événements sportifs (ADEME / Ecolosport)
👉 Méthodologie officielle pour calculer l’empreinte carbone d’un événement sportif
Coach Climat événement (Ministère des Sports / ADEME)
👉 Méthode de calcul carbone (incluant aviation + effets indirects type traînées)
Méthodologie ADEME pour calcul des émissions aériennes
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Les estimations chiffrées présentées (émissions de CO₂, équivalents en arbres, etc.) ont vocation à éclairer le débat et ne constituent pas des bilans officiels ou certifiés de l’organisation du Marathon des Sables.
Aucune intention de nuire, de dénigrer ou de porter atteinte à l’image, à la réputation ou aux intérêts de l’événement, de ses organisateurs ou de ses participants n’est poursuivie. Le Marathon des Sables est reconnu comme une course majeure du trail, et les éléments présentés ici visent uniquement à interroger, de manière légitime et d’intérêt général, les enjeux environnementaux liés à son organisation.
Les comparaisons et extrapolations éventuelles reposent sur des méthodologies générales appliquées aux événements sportifs et doivent être interprétées avec prudence. Cet article ne constitue ni une accusation, ni une affirmation de faits juridiquement établis, mais une contribution au débat public sur l’impact écologique du trail et de ses grandes compétitions.






