La Diagonale des Fous est une légende du trail. Une course mythique, un symbole de La Réunion, une épreuve qui dépasse le simple cadre sportif. Pourtant, derrière les images de finishers en larmes au stade de La Redoute, l’organisation traverse une zone de turbulences qui ne peut plus être ignorée.
Voici pourquoi.
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Ce que disent les faits
Ces dernières semaines, la presse locale a mis en lumière une série d’événements qui, mis bout à bout, dessinent un tableau préoccupant. La trésorière de l’association, en poste depuis 2009, a été suspendue. La responsable des bénévoles voit son rôle remis en cause. Toutes deux contestent la procédure engagée contre elles. Parallèlement, l’association du Grand Raid fait l’objet d’un contrôle fiscal. Depuis 2021, plusieurs membres du bureau ont quitté leurs fonctions. Enfin, l’ancien président Robert Chicaud critique publiquement la gouvernance actuelle.
Pris séparément, chacun de ces éléments pourrait sembler gérable. Ensemble, ils traduisent un malaise structurel.
Pourquoi la Diagonale des Fous traverse une crise interne
Parce que deux fonctions centrales ont été fragilisées
La trésorière ne se contente pas de tenir un carnet de comptes : elle engage sa responsabilité sur la gestion financière d’un événement qui brasse des montants conséquents. La responsable des bénévoles coordonne, elle, des centaines de personnes sans lesquelles la course ne pourrait tout simplement pas exister. Les écarter, même temporairement, ne relève donc pas d’un simple ajustement interne. Cela touche directement le fonctionnement opérationnel de la Diagonale et crée inévitablement des tensions dans une structure historiquement portée par le bénévolat.
Parce que la méthode utilisée est contestée
Au-delà du fond du désaccord, c’est la procédure elle-même qui est aujourd’hui discutée. Les deux responsables estiment que le cadre n’a pas été suffisamment clair et que leurs droits n’ont pas été pleinement respectés. Leur avocat évoque un manque de calendrier précis et un contradictoire jugé insuffisant. La question n’est donc plus uniquement celle d’un conflit interne, mais celle de la régularité des décisions prises. Dans une association de cette envergure, la solidité juridique des procédures est essentielle pour préserver la confiance.
Parce qu’un contrôle fiscal accentue la pression
Dans le même temps, l’association fait l’objet d’un contrôle fiscal, un élément qui, par nature, crée une tension supplémentaire. Selon les informations relayées localement, ce contrôle interviendrait dans un contexte de résultats financiers fragilisés. Cela place la gouvernance sous surveillance accrue et rend chaque décision plus sensible. Lorsqu’un événement de cette ampleur est concerné, l’impact dépasse le simple cadre administratif : il touche à la crédibilité globale de la structure.
Parce que deux visions du Grand Raid s’affrontent
Au cœur du conflit, il existe également une divergence sur la manière de diriger l’association. La présidence revendique une gestion resserrée, assumant un fonctionnement proche de celui d’une entreprise. À l’inverse, certains membres rappellent que le Grand Raid demeure une association loi 1901, dont les décisions doivent s’inscrire dans un cadre collégial et démocratique. Cette opposition ne porte pas uniquement sur des détails techniques ; elle concerne le modèle même de gouvernance.
Parce que le modèle économique est devenu un sujet sensible
En arrière-plan, la réflexion sur une évolution vers un fonctionnement plus entrepreneurial alimente les discussions. La question d’une éventuelle rémunération du président circule, sans être officiellement tranchée. Pour certains, cela correspond à l’évolution naturelle d’un événement devenu mondial. Pour d’autres, cela marque un éloignement de l’esprit bénévole originel. Ce débat dépasse la simple organisation interne : il touche à l’identité du Grand Raid.
Parce que les départs ont fragilisé la stabilité historique
Depuis 2021, quatre membres du bureau ou du comité directeur ont quitté leurs fonctions. Le départ de Thierry Chambry, ancien vainqueur et directeur des courses, avait déjà marqué les esprits lorsqu’il avait évoqué une incompatibilité de valeurs. Même si les départs font partie de la vie associative, leur accumulation interroge sur la stabilité de la gouvernance.
Parce que les critiques viennent désormais de l’intérieur
L’ancien président Robert Chicaud a pris publiquement position en estimant que la gouvernance actuelle s’était éloignée des principes démocratiques qui prévalaient auparavant. Il a également critiqué la gestion financière récente. Lorsqu’un ancien dirigeant s’exprime de cette manière, le débat ne peut plus être considéré comme marginal.
Parce que l’absence de clarification publique entretient le flou
À ce jour, la présidence n’a pas répondu aux sollicitations médiatiques mentionnées dans la presse locale. Les procédures de contestation sont en cours. Dans ce contexte, l’absence de prise de parole claire alimente les interrogations et laisse le champ libre aux interprétations.
La Diagonale des Fous demeure un monument du trail mondial. Les sentiers, les bénévoles et les coureurs restent au rendez-vous. Mais une organisation peut s’éroder de l’intérieur sans que cela ne se voie immédiatement à l’extérieur.
L’enjeu n’est pas la tenue de la prochaine édition. L’enjeu est plus profond : la capacité de l’association à retrouver une stabilité de gouvernance avant que la crise interne ne laisse une trace durable sur l’image et la solidité de l’événement.
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Le présent article repose exclusivement sur des informations publiquement rapportées par la presse locale et sur des éléments judiciaires officiels. Il ne constitue ni une accusation, ni une affirmation de culpabilité à l’encontre de qui que ce soit. Les procédures évoquées sont en cours ou ont fait l’objet de décisions de justice, lesquelles sont rappelées de manière factuelle. Toute personne citée bénéficie de la présomption d’innocence lorsque celle-ci s’applique. L’analyse proposée relève du commentaire journalistique d’intérêt général portant sur la gouvernance d’une association organisatrice d’un événement sportif majeur.





