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Pour Nicolas Martin, quand les rĂ©sultats ne suivent plus, il reste l’influence
C’est une petite phrase prononcĂ©e presque naturellement, mais qui en dit long sur l’Ă©volution du trail professionnel.
InvitĂ© du podcast Extraterrien, Nicolas Martin, ancien athlĂšte de l’Ă©quipe de France, aujourd’hui entraĂźneur et coordinateur du team Brooks, Ă©voque la professionnalisation de la discipline et les nouvelles possibilitĂ©s offertes aux coureurs.
Ă 16 min 45 s, l’ancien champion explique qu’accĂ©der au statut professionnel ne constitue pas une rĂ©ussite dĂ©finitive. Encore faut-il parvenir Ă le conserver.
à 16 min 50 s, il résume la situation :
« Pour rester professionnel, si tu as pas de résultat, ça marche pas bien, quoi. Ou alors aprÚs, tu deviens influenceur, tu vois. »
La remarque est particuliĂšrement intĂ©ressante parce qu’elle vient d’un homme qui connaĂźt les deux Ă©poques du trail : celle oĂč les meilleurs devaient souvent travailler Ă cĂŽtĂ© de leurs entraĂźnements et celle oĂč certains athlĂštes parviennent dĂ©sormais Ă vivre de leurs contrats, de leur image et de leur communautĂ©.
Son constat est assez simple : lorsqu’un coureur ne parvient plus Ă justifier sa rĂ©munĂ©ration par ses performances, sa visibilitĂ© mĂ©diatique peut lui permettre de continuer Ă exister Ă©conomiquement dans le milieu.
Autrement dit, on peut perdre sa place dans les classements sans forcément perdre sa valeur auprÚs des sponsors.
Les marques peuvent préférer un influenceur à un meilleur traileur
La question revient Ă plusieurs reprises dans l’entretien : les contrats des athlĂštes rĂ©compensent-ils toujours les meilleurs sportifs ?
Ă partir de 7 min 32 s, l’animateur interroge Nicolas Martin sur l’injustice que peuvent crĂ©er les rĂ©seaux sociaux entre des coureurs trĂšs performants mais discrets et d’autres qui maĂźtrisent davantage leur communication.
La rĂ©ponse de l’ancien champion est sans ambiguĂŻtĂ©.
Il estime que certains athlÚtes capables de terminer parmi les quinze ou vingt premiers des grandes finales internationales possÚdent un véritable niveau professionnel, sans nécessairement bénéficier de la reconnaissance financiÚre correspondante.
Ă l’inverse, d’autres coureurs peuvent obtenir des conditions d’entraĂźnement particuliĂšrement favorables grĂące Ă leur audience, alors mĂȘme que leur palmarĂšs reste plus modeste.
Nicolas Martin prend notamment l’exemple de ThĂ©o Detienne, dont il souligne les qualitĂ©s de communication et les avantages sportifs obtenus auprĂšs des partenaires.
Son propos ne consiste pas Ă reprocher au coureur d’avoir dĂ©veloppĂ© son image. Il reconnaĂźt au contraire que cette stratĂ©gie est efficace.
Mais elle rĂ©vĂšle une transformation majeure du trail : la capacitĂ© Ă intĂ©resser une communautĂ© peut parfois peser davantage dans un contrat que le niveau sportif lui-mĂȘme.
Pour une marque, cette logique se comprend. Un athlĂšte qui rassemble une audience importante sur Instagram, YouTube ou TikTok peut assurer une visibilitĂ© quotidienne Ă ses partenaires, lĂ oĂč un excellent coureur peu mĂ©diatisĂ© n’apparaĂźtra dans l’actualitĂ© qu’Ă l’occasion de quelques compĂ©titions.
La performance sportive et la performance commerciale ne sont plus nécessairement liées.
Devenir influenceur permet aussi de survivre Ă une mauvaise saison
L’un des passages les plus rĂ©vĂ©lateurs intervient autour de 8 min 59 s, lorsque Nicolas Martin Ă©voque le cas de Mathieu Blanchard.
Il explique que la visibilité acquise par le traileur sur les réseaux sociaux a pu lui permettre de traverser plusieurs saisons sportivement plus compliquées sans perdre immédiatement ses opportunités de partenariat.
Il s’agit lĂ d’un changement considĂ©rable.
Autrefois, un athlĂšte qui enchaĂźnait les blessures, les abandons ou les contre-performances risquait rapidement de perdre ses sponsors. Aujourd’hui, une communautĂ© fidĂšle peut continuer Ă lui donner de la valeur, indĂ©pendamment de son classement.
Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui explique pourquoi de nombreux traileurs professionnels consacrent une part croissante de leur temps Ă produire des contenus.
VidĂ©os d’entraĂźnement, rĂ©cits de blessures, conseils de nutrition, prĂ©paration des courses, prĂ©sentation du matĂ©riel, moments de vie personnelle : tout devient potentiellement une occasion de maintenir le contact avec son public.
Le paradoxe est évident : un coureur peut devenir moins performant sportivement tout en devenant plus intéressant commercialement.
Le trail professionnel risque-t-il de devenir un concours de popularité ?
C’est finalement la question de fond soulevĂ©e par cet entretien.
Car si les rĂ©seaux sociaux offrent une sĂ©curitĂ© Ă©conomique supplĂ©mentaire Ă certains athlĂštes, ils crĂ©ent aussi une forme de concurrence qui n’a plus grand-chose Ă voir avec la course Ă pied.
Deux traileurs peuvent s’entraĂźner avec la mĂȘme intensitĂ©, participer aux mĂȘmes compĂ©titions et obtenir des rĂ©sultats trĂšs diffĂ©rents. Pourtant, celui qui termine derriĂšre peut parfois bĂ©nĂ©ficier d’un meilleur contrat simplement parce qu’il attire davantage l’attention.
Cette situation peut sembler injuste pour les sportifs qui privilégient leur entraßnement et leur vie privée plutÎt que leur présence en ligne.
Elle oblige également les jeunes athlÚtes à développer des compétences bien éloignées de celles qui font traditionnellement un bon coureur : savoir se filmer, raconter une histoire, publier réguliÚrement et entretenir une relation avec son audience.
Ă terme, la tentation existe de consacrer autant d’Ă©nergie Ă construire son image qu’Ă amĂ©liorer ses performances.
Nicolas Martin souligne d’ailleurs que produire du contenu peut devenir particuliĂšrement chronophage lorsque l’athlĂšte doit tout gĂ©rer lui-mĂȘme.
Le problĂšme n’est donc pas seulement financier. Il concerne aussi la maniĂšre dont les prioritĂ©s des sportifs Ă©voluent.
Ătre influenceur, un mĂ©tier parfois plus confortable que celui de traileur professionnel
Plus loin dans l’entretien, Nicolas Martin pousse son raisonnement encore davantage.
Ă 17 min 32 s, il Ă©voque la possibilitĂ© de profiter d’une vie d’athlĂšte sans subir constamment la pression des rĂ©sultats. Puis, Ă 17 min 37 s, il prĂ©cise :
« Soit tu fais de l’influence, mais l’influence c’est un mĂ©tier, soit tu es rentier, quoi. »
Cette phrase mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e.
Elle rappelle que vivre de sa notoriété constitue une activité professionnelle à part entiÚre, avec ses contraintes, ses compétences et ses revenus.
Mais elle révÚle aussi une réalité nouvelle : le statut de sportif professionnel peut désormais se prolonger au-delà de la période pendant laquelle un athlÚte figure parmi les meilleurs.
Un traileur qui ne gagne plus peut continuer Ă vivre du trail, Ă condition d’avoir rĂ©ussi Ă construire une image suffisamment forte.
Ce qui n’Ă©tait autrefois possible que pour quelques grandes lĂ©gendes du sport devient progressivement accessible Ă des profils beaucoup plus nombreux grĂące aux rĂ©seaux sociaux.
Finalement, faut-il encore ĂȘtre bon en trail pour vivre du trail ?
Il serait excessif d’affirmer que tous les coureurs en difficultĂ© se reconvertissent en influenceurs. Certains deviennent entraĂźneurs, organisateurs, entrepreneurs ou quittent simplement le milieu professionnel. D’autres parviennent Ă retrouver leur meilleur niveau.
Et surtout, ĂȘtre populaire ne signifie pas nĂ©cessairement ĂȘtre un mauvais sportif.
Mais Nicolas Martin met le doigt sur une contradiction de plus en plus visible dans le trail moderne : les performances ouvrent parfois les portes du professionnalisme, tandis que l’influence permet ensuite d’y rester.
Cette évolution profite aux athlÚtes qui savent communiquer, mais elle interroge forcément sur la place laissée aux coureurs discrets, parfois bien meilleurs sportivement.
Le plus grand changement du trail professionnel est peut-ĂȘtre lĂ : autrefois, il fallait courir vite pour intĂ©resser les marques. Aujourd’hui, il faut aussi savoir faire parler de soi. Et parfois, cela suffit pour rester dans la course, mĂȘme lorsque les chronos ne suivent plus.
Source
- podcast Extraterrien, entretien avec Nicolas Martin, voir l’interview sur YouTube
- Passages prĂ©cis : 16 min 50 s (reconversion dans l’influence), 7 min 37 s (rĂ©seaux sociaux et performance), 8 min 59 s (exemple de Mathieu Blanchard), et 17 min 37 s (influence comme mĂ©tier).
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.
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