Le Gras c’est la vie : les fiancés créent la surprise sur le MDS Legendary
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Sur la liste des partants du 40e Marathon des Sables, une équipe intrigue par son nom : « Le Gras c’est la vie ». Au soir de la troisième étape, l’intrigue a changé de nature. Deux de ses coureurs occupent le sommet de leurs classements respectifs : Michaël Gras, 3e homme au général scratch, et Agathe Teillet-Magot, 2e femme. Ils courent sous les mêmes couleurs parce qu’ils vivent ensemble. Ils se sont fiancés il y a treize mois sur la ligne d’arrivée d’un ultra auvergnat. Et ni l’un ni l’autre n’était véritablement attendu à ce niveau dans le désert. Derrière cette double performance, une histoire qu’on n’avait pas vue venir — ou, plutôt, qu’on n’avait pas pris le temps de regarder.
F Agathe Teillet-Magot — 2e féminine10h45’54
Michaël Gras, douze ans après
Pour Michaël Gras, le Sahara marocain n’est pas une terre inconnue. C’est même, à sa manière, une terre de retour.
Il faut remonter douze ans en arrière pour comprendre ce qu’il vient faire dans cette 40e édition.
Au printemps 2014, un gamin de vingt-deux ans, licencié au Pessac Athlétic Club, champion d’Europe espoir de cross par équipe deux ans plus tôt, s’inscrit à l’édition de l’époque sans avoir jamais couru plus long qu’un semi-marathon.
Sa préparation tient en cinq sorties avec un sac à dos chargé à 7,5 kilos. Il y va avec son père et son frère jumeau Damien, dans le cadre d’un projet d’équipe initié par le club. Pour lui, il s’agit surtout d’une coupure entre la saison des cross et celle de la piste. Le garçon souffre des genoux dès les premières étapes, manque d’abandonner sur la longue étape de 81,5 kilomètres, et termine finalement huitième au scratch, premier Français, devant un spécialiste installé comme Christophe Le Saux.
Entre ce premier MDS et celui de 2026, le gamin est devenu l’un des meilleurs marathoniens français de sa génération.
- Record personnel à 2h08’37. Quinzième Français de l’histoire à passer sous la barre des 2h10 — performance arrachée en mai 2023 sur la Route du Louvre, où il était initialement inscrit comme lièvre avant de décider de finir la course.
- Champion de France élite du marathon.
- Champion de France de cross long en 2024, titre arraché à Cap’Découverte devant Mehdi Frère et Morhad Amdouni.
- Longtemps candidat, en vain, aux minimas olympiques pour Paris 2024.
En parallèle, un parcours d’études de médecine de onze ans mené entre Bordeaux et Clermont-Ferrand, et une thèse d’anatomopathologie. Depuis le printemps 2023, il est pathologiste au CHU de Clermont. Il a raconté lui-même sur son compte Instagram avoir choisi cette spécialité en partie par élimination — la chirurgie digestive l’a épuisé, la médecine du sport était la voie de son frère — et en partie pour une raison plus trivialement sportive : les lames de microscope attendent bien mieux que les patients quand il s’absente pour aller s’entraîner.
Le Michaël Gras qui reprend le départ au Sahara en avril 2026 n’a donc rien à voir avec celui de 2014. C’est un athlète de trente-quatre ans, marathonien confirmé, qui revient sur les lieux de sa première grande sensation avec un bagage physiologique et mental d’une tout autre nature. Et qui tient, étape après étape, sa place sur le podium provisoire face aux frères El Morabity. Trois fois troisième sur trois étapes. À 12’55 de Mohamed au général, 5’41 d’avance sur son premier poursuivant. La hiérarchie qu’il s’est construite dans le désert tient
Le portrait d’Agathe Teillet-Magot, lui, obéit à une autre logique temporelle.
Née le 18 mars 1995, docteur en pharmacie exerçant en Auvergne, licenciée au club Athlé Running 63 dans le Puy-de-Dôme, elle est à peine généralement identifiée dans le milieu du trail français avant la fin 2024. Ce qui rend son arrivée sur le podium du Marathon des Sables d’autant plus saisissante, c’est un point souvent passé sous silence : elle s’est remise à la course à pied il y a seulement trois ans et demi. Dans un post Instagram publié en octobre 2025, elle raconte elle-même sa première sortie d’alors : un footing de reprise, matinal, arrêté au bout de 1,8 kilomètre parce qu’elle ne parvenait plus à respirer. Elle avait vécu cet instant comme un échec personnel, avec une forme de honte.
Entre ce footing interrompu et le départ du 40e Marathon des Sables, moins de quarante mois se sont écoulés. Dans son bilan rétrospectif publié à l’automne dernier, elle résumait la trajectoire par une formule auto-ironique qui a fait sourire son entourage : « l’Agathe d’il y a trois ans, je l’ai mangée ».
Le chemin parcouru dans cet intervalle tient du vertige.
- Début 2024, on la trouve encore sur des formats intermédiaires : trail court auvergnat, 20 kilomètres route à Paris en 1h17’45 en octobre.
- Puis la bascule vers l’ultra se fait sur une saison. En octobre 2024, elle s’inscrit au Festival des Templiers sur la Boffi Fifty, 47 kilomètres pour 2 200 mètres de dénivelé, avec l’ambition modeste d’un top 10. Elle l’a raconté elle-même : arrivée seule, sans assistance, étude du parcours la veille au soir, nuit dans sa voiture sur un parking, ligne de départ détendue parce que sans enjeu. Elle termine première femme, 31e au scratch. Le Festival des Templiers publie un communiqué intitulé « la grande surprise » de son édition. Un mois plus tard, Sainté-Lyon 82 kilomètres, 6e femme au scratch. L’engrenage est lancé.
Le 22 mars 2025, elle prend le départ du VVX 112 kilomètres dans la chaîne des Puys. 3 500 mètres de dénivelé positif, sur ses terres auvergnates, entourée de proches et de sa team. Elle gagne en 11h33’48, première femme et 15e au scratch général mixte sur plus de 460 coureurs.
- En novembre 2025, elle signe une deuxième place à l’EcoTrail Paris 80 kilomètres, 28e au scratch.
- Et en début d’année 2026, elle publie sur son compte Instagram la liste de ses trois objectifs pour l’année : Marathon des Sables, retour au VVX en mai, Ultra-Trail des Puys de Monts d’Auvergne au Cantal en septembre.
Concernant le MDS, elle écrit noir sur blanc l’ambition qu’elle se fixe : une médaille en duo mixte avec Michaël, et pourquoi pas un podium en solo. Ce que la presse trail pourrait aujourd’hui lire comme une révélation était en réalité un plan assumé. Au soir de la troisième étape, elle occupe la deuxième place du général féminin à 58 minutes d’une Maryline Nakache intouchable, avec 6 minutes d’avance sur Aziza El Amrany, la lauréate 2024. Le plan tient.
Un couple de dix-huit mois
Ce qui rend l’histoire de ce tandem auvergnat plus singulière encore que les deux trajectoires individuelles qui le composent, c’est sa jeunesse. Leur vie de couple est récente. Un post d’Agathe publié à l’automne 2025 la situe explicitement : une année, écrit-elle, sépare l’anniversaire de Michaël et le commencement d’un « nous ».
- La relation s’est donc formée autour de la fin 2024.
- Depuis, tout s’est accéléré en parallèle : PACS, fiançailles au VVX en mars 2025, achat d’une maison, et la bascule sportive d’Agathe vers l’ultra-trail.
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Le Marathon des Sables 2026 est leur première grande course vécue ensemble au bivouac, dans la même tente berbère, avec les mêmes contraintes de matériel et les mêmes ravitaillements à préparer.
Agathe l’avait déjà noté à l’occasion de sa Sainté-Lyon 2024 : elle avait bénéficié, en plein ultra, des services d’une assistance de luxe assurée par Michaël. Le marathonien à 2h08 au chrono passant les bidons d’hydratation à la pharmacienne en pleine bascule sur l’ultra. L’asymétrie sportive apparente se redistribue ainsi en complémentarité logistique tranquille.
On relèvera par ailleurs que le nom d’équipe « Le Gras c’est la vie » comptait initialement un troisième membre. Damien Gras, le frère jumeau de Michaël, lui-même marathonien confirmé et médecin du sport, figurait sur la liste des engagés. Il n’a finalement pas pris le départ de cette 40e édition. Le tandem qui porte les couleurs de la maisonnée clermontoise s’est donc réduit au seul couple fiancé. Pour une première course à deux sur une épreuve de cette envergure, c’est déjà une charge mentale considérable.
Deux blouses, une même course
Il reste une lecture à faire de ce portrait, et elle n’est pas anecdotique. Les deux têtes d’affiche auvergnates du Marathon des Sables 2026 sont des professionnels de santé.
Un pathologiste qui interprète des lames de microscope et rend des diagnostics tissulaires de référence. Une pharmacienne qui dispense et conseille. Deux métiers où l’approximation n’existe pas, où le geste technique doit être reproductible, où la vérification est un réflexe quotidien.
Le Marathon des Sables, avec son exigence d’autonomie alimentaire pesée au gramme, son matériel obligatoire contrôlé au départ, ses marges d’erreur réduites à presque rien dans la gestion de l’hydratation et de la chaleur, est une course qui récompense ce type de profil plus qu’aucune autre. Il n’est pas absurde de penser que la rigueur professionnelle qu’ils partagent tous les deux dans leurs laboratoires et leurs officines nourrit quelque chose de la façon dont ils préparent et conduisent leurs courses.
Pour Michaël, qui a souffert sur les 81,5 kilomètres de la longue étape de 2014, c’est un retour de mémoire corporelle sous une forme encore plus exigeante. Pour Agathe, dont la carte de visite est précisément la tenue sur la durée — sa victoire au VVX s’est jouée sur plus de onze heures d’effort continu — c’est un terrain qui devrait plutôt lui convenir. Personne ne sait si Michaël conservera son podium scratch, si Agathe défendra sa deuxième place féminine. Ce qu’on sait, c’est que la prochaine vingt-quatre heures leur appartient en grande partie.
Douze ans après son premier Marathon des Sables couru avec son père et son frère jumeau, Michaël Gras retourne au désert avec celle à qui il a dit oui sur la ligne d’arrivée d’un ultra auvergnat. Et à cet instant précis, quelque part dans le Sahara sud-marocain, l’histoire de cette 40e édition leur appartient déjà, un peu.
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