Ecouter le résumé de cet article sur le sens de ce nouveau projet de Mathieu Blanchard avec Selar
L’appel du Grand Nord pour Mathieu Blanchard
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Mathieu Blanchard oscille depuis des années entre son statut d’ultra-traileur parmi les plus performants du monde et celui d’aventurier. Deux images qui ne s’opposent pas, mais qui entrent en synergie.
Sa nouvelle expédition incarne cette double identité, tout en la poussant encore plus loin. Il ne s’agit plus seulement de raconter ou de montrer, mais de faire vivre une immersion grandeur nature. On oublie ici le traileur qui prône le tourisme de masse par les images des plus belles courses qu’il nous offre régulièrement pour un engagement plus aventurier, et bien plus proche de la nature.
Mathieu Blanchard et le Grand Nord
Ce n’est pas un hasard s’il choisit une nouvelle fois les régions polaires comme terrain d’exploration. Le Grand Nord est presque devenu son terrain de jeu naturel, lui qui a vécu quelques années au Québec avant de devenir le spécialiste de l’ultra-trail que l’on connaît aujourd’hui. On se souvient tout particulièrement de sa victoire sur la Yukon Arctic en 2025, une course qui ressemblait plus à une expédition qu’à un trail avec ses -40° de moyenne. On pense aussi à Uapapunan, une expédition conjointe avec Loury Lag, là encore dans des conditions très fraîches et proches de la survie.
Mathieu Blanchard veut vivre, gagner, et surtout raconter.
Ses expéditions polaires sont là pour cela, et l’annonce de la collaboration avec Loury Lag pour une expédition avec Selar s’inscrit clairement dans cette continuité. Mais cette fois, il ne part pas seul ou pour la compétition : il embarque d’autres avec lui.
Selar, une expédition entre aventure et tourisme
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Selar et Mathieu Blanchard se sont bien trouvés.
Le concept est de faire vivre à une trentaine de passagers (36 précisément) l’expérience d’une expédition au Grand Nord, tout en s’entourant du savoir-faire et des compétences de deux références dans le domaine, Mathieu Blanchard donc, et Loury Lag.
En plein cœur du Svalbard en hiver, les aventuriers néophytes vont découvrir des paysages uniques, des conditions météos difficiles, suivre une masterclass du duo. Surtout, ils vont vivre l’expérience au plus près avec notamment un trek de 2 jours 2 nuits en autonomie.
Ce modèle d’expédition immersive, bien que très sélectif, introduit une nouvelle forme de transmission. Rassurez-vous, ils retrouvent ensuite une cabine tout confort dans un bateau cossu. On n’est pas sur le luxe ou le cinquantenaire des croisières grand public, on est cependant sur une prestation très qualitative en termes de confort.
Ainsi, avec cette collaboration avec Selar, une compagnie spécialisée dans ce genre de croisière initiatique, Mathieu Blanchard, même de façon symbolique, ne fait plus que parler, il fait vivre les aventures dont il parle.
Mais derrière cette aventure collective et ce nouveau rôle de guide, c’est aussi une vision du monde qui se dessine. Car l’expédition Selar n’est pas qu’un défi logistique ou un projet de transmission : elle porte un message, et une intention plus large.
L’engagement écologique, dans la droite ligne des préoccupations de Mathieu Blanchard
Mais cette expédition ne se limite pas à l’aspect aventure. Elle reflète aussi l’évolution d’un discours plus engagé de Blanchard sur les questions écologiques, une manière de réconcilier son mode de vie avec les valeurs qu’il défend.
- Le navire utilisé par Selar est d’un genre unique : il est équipé de cinq voiles constituées d’immenses panneaux solaires, ce qui lui permet d’être propulsé par l’énergie éolienne et solaire, avec une empreinte carbone jusqu’à 90 % inférieure à celle d’un bateau à moteur classique.
- La configuration même du bateau, avec seulement 36 passagers pour 18 cabines, s’inscrit dans une approche qualitative plus respectueuse des milieux visités, loin des standards des croisières de masse.
- La dimension environnementale est renforcée par des actions concrètes, comme le soutien à des projets scientifiques, notamment pour la collecte de déchets et l’observation des écosystèmes fragiles du Grand Nord.
- En marge de cette expédition, Blanchard a récemment annoncé un partenariat avec Green-Got, la néobanque française orientée vers la finance durable. Dans ce rôle d’ambassadeur, il contribue à promouvoir une forme d’argent « conscient » qui redirige les flux financiers des énergies fossiles vers des projets de transition écologique, une démarche qu’il présente lui-même comme sincère plutôt qu’un simple « greenwashing ».
- Sa collaboration médiatique avec le journaliste Hugo Clément, figure bien connue des enjeux environnementaux, va dans le même sens : ils ont récemment été associés sur des formats (courses en relais, podcasts, contenus partagés) qui lient performance sportive et visibilité sur les enjeux de montagne, nature et climat.
Ce positionnement, mêlant sport de haut niveau, aventure et engagement écologique explicite, n’est pas anodin : il illustre une envie de traduire ses valeurs en actes, tout en assumant ouvertement ses propres contradictions. Blanchard lui-même affirme qu’il ne s’agit « pas du greenwashing » mais d’un engagement réfléchi et pédagogique, visant à montrer que chaque pas compte, même quand on n’est pas parfait.
Mais si l’engagement écologique affiché semble sincère, il soulève aussi des questions sur la cohérence globale de ses choix. Et c’est précisément cette tension – entre les valeurs qu’il porte et les moyens qu’il mobilise – qui ressurgit aujourd’hui à travers sa participation au projet Selar.
Mathieu Blanchard, face à ses contradictions
Oui, vous avez bien lu que Mathieu Blanchard va remonter sur un bateau. On ne peut qu’être interpellé quand on se souvient encore de sa Transat effectuée au mois de novembre. Évidemment, il ne s’agit absolument pas des mêmes embarcations ni des mêmes conditions. Se retrouver sur une croisière-aventure Selar, ce n’est pas la même chose que d’être enfermé avec Conrad Colman dans des conditions inédites, et sur un petit bateau.
Pour autant, la symbolique demeure. Loury Lag l’aventurier, Mathieu Blanchard le spécialiste des conditions extrêmes, voilà qui donne à cette affiche un air d’engagement total, une ambiance d’expédition que ne renierait pas Mike Horn.
Attention tout de même, on reste sur une croisière avec cabine tout-confort, 3 repas par jour avec boissons incluses. Les animations sont très loin de ce que propose une croisière traditionnelle cependant : bain polaire, sauna, kayak, stand-up paddle, ski nordique, sorties en zodiac et bien d’autres activités.
Mais on n’est pas sur le genre d’expédition polaire où l’on se met en danger, on est bien sur une sorte de rite initiatique intense. Si cela a tout d’une expérience incroyable à vivre, elle le sera surtout pour les (fortunés) clients. Pour les deux aventuriers, on est sur quelque chose qui ressemble plus à une collaboration professionnelle !
Et ce n’est absolument pas la première fois que Blanchard engage sa notoriété dans une démarche rémunérée pour partager son expertise.
Il est déjà coach trail chez Campus Coach, où il met à profit son expérience personnelle de coureur élite pour proposer des plans d’entraînement, guider des coureurs et enrichir une plateforme commerciale tout en touchant une rémunération pour ce rôle de coach et de formateur.
Cette diversification de ses engagements – entre coaching, partenariats écologiques, aventures encadrées – montre qu’il avance désormais sur plusieurs fronts. Mais au-delà de cette image publique en évolution, une question persiste chez ses suiveurs les plus attentifs : où en est-il concrètement dans sa préparation sportive ? Que nous dit son actualité de ses projets personnels ?
Quel sera le programme de Mathieu Blanchard en 2026 ?
À court terme, la grande question reste : à quoi se prépare-t-il vraiment ?
Un fait intéressant, c’est le post de Mathieu Blanchard qui a ressorti la pulka il y a quelques jours ! On pense inévitablement à la préparation de sa Yukon Arctic de l’année dernière où il avait abondamment partagé des photos de son entraînement.
Dans quel contexte s’inscrit cette publication ? Se prépare-t-il déjà pour cette croisière de mars 2027 ? Prépare-t-il seulement la course des Lumières de la Muzelle ? Il parle lui-même de ses prochaines aventures du Grand Nord…
Faut-il y voir un retour à la Yukon Arctic qui débute le 1er février 2026 ?
On est clairement dans une sorte de flou (un flou maîtrisé) de la part du sportif-communicant. Il veut bien parler d’expéditions au pluriel, mais sans rien dire. Il annonce aussi des centaines (milliers?) de kilomètres.
La mention n’est évidemment pas anodine et on pense à une participation à l’Iditarod Trail Invitational, l’ultra-trail polaire le plus long du monde, décliné en 3 courses de 240, 560 et 1600 km.
Et pourquoi pas ?
Son année 2025 a été éprouvante.
Elle a commencé par la Yukon Arctic dont il a mis plusieurs semaines à se remettre. Elle s’est terminée par une Transat particulièrement difficile à vivre et par le diagnostic d’une probable leptospirose dont on a plus de nouvelles actuellement. Au vu de son état de forme, on peut imaginer que c’est un problème désormais derrière lui !
Mais cette absence de programme dit autre chose peut-être. On sent Mathieu Blanchard glisser vers une version de lui-même plus proche de ses objectifs. On ne l’entend plus parler d’UTMB (même si on ne doute pas qu’il y reviendra) ou de Diag’ ou des grandes classiques américaines. Il ne tire évidemment pas un trait dessus.
Ce que tout cela dit de Mathieu Blanchard
Pris dans son ensemble, ce parcours raconte moins une rupture qu’une mue. Mathieu Blanchard ne renie rien de ce qu’il a été, ni le compétiteur obsessionnel des grands dossards, ni l’aventurier des environnements hostiles. Mais il semble aujourd’hui déplacer son centre de gravité. La performance pure n’est plus l’unique boussole, elle devient un outil parmi d’autres au service d’un récit plus large.
L’aventure, d’abord, n’est plus seulement un décor extrême ou un terrain de dépassement personnel. Elle devient un cadre de transmission. Embarquer d’autres personnes, leur faire vivre une forme d’inconfort maîtrisé, partager des savoir-faire, c’est une manière d’élargir son rôle. Blanchard n’est plus uniquement celui qui fait, il est celui qui accompagne, qui met en scène, qui guide.
L’écologie, ensuite, s’impose comme un fil conducteur assumé, mais jamais simple. Il y a chez lui une conscience claire des contradictions, entre déplacements lointains, projets coûteux et discours de sobriété. Plutôt que de les nier, il semble chercher à les rendre visibles, pédagogiques, parfois même inconfortables. Ce n’est pas une posture parfaite, mais une tentative de cohérence progressive, faite d’ajustements plus que de slogans.
Le business, enfin, n’est plus un tabou. Blanchard assume désormais de monétiser son image, son expérience et son capital symbolique. Coaching, partenariats, expéditions encadrées : tout cela dessine un modèle hybride, à mi-chemin entre l’athlète de haut niveau, l’entrepreneur de soi et le conteur d’aventures modernes. Ce choix interroge, parfois dérange, mais il est cohérent avec l’époque et avec sa trajectoire.
Alors, sincérité ou communication ? Probablement les deux. Comme souvent chez les sportifs devenus figures publiques, la frontière est poreuse. Mais ce qui distingue Mathieu Blanchard, c’est peut-être sa capacité à ne pas figer son personnage. Il avance, teste, ajuste, quitte à brouiller les lignes. Ce flou n’est pas une faiblesse, il est peut-être le signe d’un athlète qui cherche encore, non pas à gagner plus, mais à donner du sens à ce qu’il fait.
En ce sens, Mathieu Blanchard n’est plus seulement un coureur d’ultra-trail. Il est devenu un projet en mouvement.
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