Mathieu Blanchard aux Lumières de la Muzelle : ce que sa place nous dit de son année à venir
La distance n’est pas la seule composante à prendre en compte pour définir une course. Si 160 km et 10 000 de D+ font office de référence, chaque course a ses particularités, ses difficultés et toutes demandent le même engagement total. C’est encore plus vrai des trails blancs hivernaux, d’autant plus quand une partie de la course se fait de nuit comme au trail des Lumières de la Muzelle aux 2 Alpes.
Alors, au-delà d’une certaine surprise initiale à voir Mathieu Blanchard s’y inscrire et y participer sur le 21 km, il faut essayer de comprendre ce qu’il est venu faire là, et ce que son résultat dit de cette future saison 2026.
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Mathieu Blanchard, une participation de cœur au trail des Lumières de la Muzelle
On l’a déjà dit ici sur U-trail, mais rappelons-le brièvement, la participation à ce trail tient déjà d’une démarche de cœur. Mathieu Blanchard habite aux 2 Alpes, commune où se déroule le trail. Y participer sonne comme une évidence, même si tous les champions ne font pas toutes les courses de leur lieu de résidence. Mais on le verrait mal ne pas prendre le dossard, lui qui a parcouru les courses les plus intenses au monde.
Il ne fait pas qu’habiter aux 2 Alpes, il offre à la station une visibilité médiatique, il profite des paysages et des infrastructures, il donne en contrepartie de sa personne dans le développement local du trail. La présence de Mathieu Blanchard dans la station s’inscrit dans une relation gagnant-gagnant. Qu’elle soit purement naturelle, simplement relationnelle ou qu’elle s’inscrive dans un cadre plus formel, on ne peut que le supposer et cela n’a, au fond, que peu d’importance ici. Il court chez lui et ça sonne comme une évidence. Et si le plateau comporte quelques élites nationales comme lui ou Yannick Noël, il comporte surtout près de deux mille amateurs passionnés, au milieu desquels il va courir, au moins sur les premiers kilomètres, et échanger.
Trail des Lumières de la Muzelle, le résultat
Mathieu Blanchard a terminé 4e de cette course. Bien sûr, sur le papier, il partait favori. Après tout, quand on rivalise avec les meilleurs du monde sur les plus grandes courses, ou que l’on gagne la Diagonale des Fous, la cote est élevée. Sauf que cela ne fonctionne pas ainsi en trail. Le résultat d’une course ne préjuge en rien du résultat de la suivante. Et c’est encore plus vrai après une coupure hivernale, dans le cadre particulier d’un trail blanc, et sur un format de 21 kilomètres, qui ne se gère pas comme un ultra.
On peut aussi se demander si la victoire à tout prix constituait réellement l’objectif principal de Mathieu Blanchard sur cette épreuve. D’une part, il n’y avait sans doute pas, sportivement ou économiquement, d’enjeu majeur pour lui, on peut raisonnablement supposer que les dotations restent sans commune mesure avec ce que peut représenter, par exemple, une publication sponsorisée sur les réseaux sociaux. Mais surtout, cette course illustre un virage dans sa trajectoire. Il ne s’agit plus seulement d’aligner les podiums, mais d’aligner les expériences.
Courir avec plusieurs centaines d’amateurs, dans le cadre particulier de cette épreuve hivernale et sur ses terres, relève avant tout d’une démarche de partage. L’enjeu n’est pas la médaille, mais le moment vécu avec le public, avec les passionnés qui suivent son parcours, et plus largement avec la communauté trail.
Au-delà du clin d’œil, la première pierre d’une nouvelle année
2025
L’année 2025 de Mathieu Blanchard a été particulièrement dense. Elle a débuté par l’exploit de la traversée du Yukon, dans des températures comprises entre moins trente et moins quarante degrés, durant plusieurs jours sans assistance. Elle s’est poursuivie avec le projet de traversée de l’Atlantique avec Conrad Colman, avant un enchaînement prévu par la Transmartinique, un ultra de plus de cent quarante kilomètres.
Ce projet s’est toutefois terminé difficilement. Non seulement la traversée s’est révélée extrêmement éprouvante, mais la course n’a finalement pas pu être courue. Entre une fatigue accumulée, des soucis de santé et un projet qui perdait de son sens initial, la fin d’année a été rude. Plus largement, l’ensemble de la saison 2025 a mis en lumière une volonté de se renouveler et de redonner du sens à ses engagements.
2026
2026 apparaît ainsi comme une année de réorientation. Cet ancrage local aux 2 Alpes, entre participation à la course et implication dans la vie de la station, constitue le premier jalon d’une saison davantage tournée vers l’expérience que vers la seule performance.
Dans le même esprit, il a récemment annoncé sa participation, en mars 2027, à une expédition de type polaire au Svalbard. La publication Instagram est conjointe à Selar, Mathieu Blanchard et Loury Lag. L’objectif est d’explorer des environnements extrêmes et de vivre des situations de survie, dans un cadre très restreint, limité à trente-six participants, et résolument orienté vers la transmission et le partage.
Enfin, sa participation annoncée à la Barkley s’inscrit dans la même logique. Course mythique, secrète, sans médiatisation en temps réel, elle impose une immersion totale et une coupure quasi complète avec l’extérieur. Pour un athlète très exposé médiatiquement ces dernières années, cette épreuve peut être interprétée, d’un point de vue éditorial, comme une forme de retour à l’essence même de l’aventure et de l’effort, loin des projecteurs et des réseaux.
En résumé, Mathieu Blanchard adopte une nouvelle philosophie de course
Mathieu Blanchard ne disparaît pas de la scène médiatique, mais il en déplace le centre de gravité. Il ne renonce pas aux dossards, et il ne serait d’ailleurs pas surprenant de le revoir un jour sur les grandes classiques comme l’UTMB. Mais cette quatrième place à la Muzelle, davantage symbolique que déterminante sur le plan sportif, illustre surtout une évolution dans sa manière d’aborder la compétition.
Il ne s’agit plus uniquement d’incarner le performeur ou l’aventurier, mais aussi un coureur en quête de sens, d’authenticité et de transmission. Dans cette perspective, une quatrième place peut avoir autant de valeur qu’une victoire, parce qu’elle raconte autre chose qu’un simple classement : une façon différente de courir, et peut-être, d’aborder la suite.
Le titre de cet article relève d’un angle journalistique et d’une analyse sportive. L’expression « contre-performance » est employée au sens médiatique du terme et ne constitue ni un jugement de valeur sur l’athlète, ni une remise en cause de son niveau, de son palmarès ou de son engagement.
Les éléments d’analyse et de projection évoqués relèvent d’une lecture éditoriale, formulée de bonne foi, et ne prétendent pas traduire les intentions personnelles de l’athlète.
L’article s’inscrit dans une démarche d’interprétation et de contextualisation de l’actualité sportive, sans intention de dénigrement, de diffamation ni d’atteinte à la réputation.






