Depuis quelques années, on suit l’UTMB Group avec une loupe critique.
On a parlé d’ultra-capitalisme, d’écologie sacrifiée, de partenariat mal vécu avec Ironman, de concurrence déséquilibrée… Pourtant, il faut savoir appuyer aussi là où ça fonctionne. L’annonce récente faite par Frédéric Lénart, directeur général du groupe, a de quoi faire réfléchir : en 2025, le circuit UTMB World Series a généré 30 millions d’euros de chiffre d’affaires, en nette progression par rapport aux 25 millions de 2024.
Et ce n’est pas que du chiffre : derrière, il y a plus de 100 emplois, des compétences, une structuration solide, et une présence affirmée à l’international. En 2026, le circuit comptera plus de 60 événements dans le monde, avec un objectif de 90 à 95 d’ici 2030. Une réussite française qu’on ne peut pas balayer d’un revers de main.
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L’UTMB fait 30 millions d’euros de chiffre d’affaires
Ce chiffre ne concerne pas uniquement la course de Chamonix, mais l’ensemble du circuit UTMB World Series. Une dynamique économique indéniable, portée par une structure française désormais rentable et solidement implantée. Reste à savoir ce que cette réussite change pour le trail.
Le chiffre est tombé presque discrètement, au détour d’une interview accordée par Frédéric Lénart à Mile & Stone : UTMB Group a atteint les 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Ce montant ne concerne pas uniquement l’UTMB Mont-Blanc, mais l’ensemble du circuit mondial que la structure chamoniarde pilote depuis 2022 : les UTMB World Series.
Une progression nette par rapport à 2024 (25 millions), reflet d’un circuit en expansion – plus de 60 événements prévus en 2026, et jusqu’à 95 à l’horizon 2030. Mais au-delà des chiffres, cette annonce ouvre un autre débat : qu’est devenue l’entreprise UTMB, et que signifie sa rentabilité dans un sport aussi particulier que le trail ?
Une entreprise française désormais bien structurée
UTMB Group emploie aujourd’hui un peu plus de cent collaborateurs. L’objectif est affiché : stabiliser l’organisation, lisser la croissance, et assurer une cohérence globale à un circuit qui s’étend de l’Asie au continent américain. Les postes sont variés – logistique, production, digital, partenariats – et la direction se félicite d’être sortie de la « logique de survie » post-Covid.
Une structure rentable, implantée en France, qui s’exporte et développe un modèle économique cohérent : c’est assez rare pour être noté. Peu d’acteurs du sport outdoor atteignent ce niveau de maturité sans être adossés à une multinationale. Même si le partenariat avec Ironman reste une composante du modèle, la maison mère reste française.
Un chiffre d’affaires, mais pas un triomphe sans débat
Le chiffre des 30 millions ne saurait être lu comme une victoire totale. D’abord, parce qu’il ne s’accompagne pas (encore) d’une redistribution massive vers les coureurs, hormis quelques prize money sur les courses majeures et un fonds de soutien ponctuel de 20 000 euros pour les athlètes peu sponsorisés. Ensuite, parce qu’il survient dans un climat où l’UTMB reste souvent critiqué :
– pour sa stratégie d’expansion jugée hégémonique,
– pour les impacts écologiques des grands événements,
– pour une standardisation des courses,
– ou encore pour une relation parfois tendue avec les acteurs locaux.
En somme, la solidité économique ne dissipe pas les tensions structurelles. Elle les rend même plus visibles, plus clivantes.
L’UTMB reste un moteur de professionnalisation
L’un des enjeux du trail reste la professionnalisation. Peu de coureurs vivent exclusivement de leur pratique. En structurant un circuit, en développant la visibilité des événements, en produisant treize lives en 2025, UTMB Group contribue malgré tout à créer un écosystème plus favorable à la reconnaissance des athlètes.
Mais le modèle ne fait pas consensus. Plusieurs voix appellent à des circuits alternatifs, à plus de diversité dans les formats, et à une meilleure répartition des ressources entre organisateurs, territoires et coureurs. D’autres estiment qu’un circuit privé ne peut à lui seul structurer une discipline, sans dialogue réel avec les fédérations, les labels indépendants ou l’ITRA.
Une réussite économique… qui oblige à la responsabilité
UTMB Group annonce avoir amorcé une nouvelle stratégie à long terme. Cinq axes sont mis en avant : sport, inclusion, environnement, impact local et excellence opérationnelle. L’objectif est de rendre les courses plus responsables :
– réduire les émissions de l’UTMB Mont-Blanc de vingt pour cent d’ici deux mille trente,
– améliorer la représentativité féminine (objectif quarante pour cent de participantes),
– renforcer les plans transports pour réduire l’usage de la voiture,
– maintenir un haut niveau de satisfaction sur l’ensemble des événements.
Ces engagements sont concrets, mais ils seront observés avec vigilance. Notamment sur la capacité du groupe à tenir ses promesses en matière d’environnement, alors même que l’empreinte carbone du circuit complet reste largement inconnue. Une première évaluation est attendue en février deux mille vingt-six.
En résumé, c’est un tournant pour l’UTMB, pas une fin du débat
Le passage de 25 à 30 millions d’euros confirme que le modèle UTMB World Series est désormais économiquement viable et structuré. Cette réussite doit être reconnue pour ce qu’elle est : un jalon dans la transformation d’un sport de montagne en discipline mondiale.
Mais elle ne met pas fin aux critiques légitimes. Ni sur l’éthique, ni sur l’écologie, ni sur le pouvoir concentré autour d’un seul acteur privé. Elle oblige à poser de meilleures questions, à réévaluer les rapports de force dans le trail, et à mieux encadrer les règles du jeu si l’on veut que la croissance ne se fasse pas au détriment du sens.
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Ce contenu propose une analyse critique et contextualisée, fondée sur des déclarations publiques et des données économiques vérifiables. Il n’a pas pour but de faire la promotion ou le dénigrement d’UTMB Group, mais d’éclairer ses évolutions économiques dans un cadre journalistique indépendant.
uTrail est un média 100 % indépendant, sans lien financier, contractuel ou personnel avec l’UTMB ou ses partenaires.
Les rédacteurs de cet article ne connaissent pas les dirigeants d’UTMB Group et ne participent à aucun événement à titre gratuit ou privilégié.
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