À l’occasion d’un long entretien accordé au podcast Extraterrien, Michel Poletti, fondateur emblématique de l’UTMB, a déroulé sa vision de l’évolution du trail, des critiques qu’il subit, et de la place qu’occupe désormais son entreprise dans l’écosystème.
Un épisode qui a suscité une pluie de commentaires contrastés, parfois virulents, souvent révélateurs d’un malaise profond : celui d’un sport en pleine mutation, où la réussite dérange, et où la quête de sens se heurte à la logique d’expansion.
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Quand Michel Poletti règle ses comptes
Dès les premières minutes, le ton est donné. Michel Poletti se présente comme un entrepreneur passionné, un amateur de montagne devenu bâtisseur. L’homme défend une vision assumée : celle d’un UTMB professionnel, structuré, profitable – mais toujours fidèle, selon lui, à « l’esprit trail ». Pourtant, il le sait, les critiques pleuvent.
« Dès qu’il y a un problème dans le trail, on dit que c’est à cause de nous. Comme si l’UTMB était responsable de tout. »
Cette phrase, prononcée à mi-parcours de l’interview, résume l’essentiel. Pour Michel Poletti, l’UTMB est devenu une cible facile. Parce qu’il brasse de l’argent. Parce qu’il attire les caméras. Parce qu’il est devenu un empire mondial, avec ses franchises, ses sponsors premium, ses chiffres vertigineux.
Mais le fondateur renverse la logique : si l’UTMB concentre les critiques, c’est peut-être parce qu’il concentre aussi les réussites. Une position qu’il assume, chiffres à l’appui.
L’UTMB, locomotive économique… mais à quel prix ?
À l’écoute de l’épisode, difficile de nier l’impact économique du mastodonte chamoniard. Michel Poletti rappelle que l’événement profite aux hébergeurs, aux commerces, aux PME locales, aux producteurs bio, aux fabricants de barres énergétiques. Il affirme aussi que de nombreuses courses de village gagnent en visibilité et en fréquentation en surfant sur la notoriété du label UTMB Index.
Mais ce discours ne convainc pas tout le monde.
Dans un commentaire publié sur YouTube, Arnaud Robert, traileur breton engagé, interroge :
« Pourquoi demander aux coureurs de prendre le train pour réduire leur empreinte carbone, tout en les forçant à parcourir toute la France – voire le monde – pour obtenir des Running Stones ? »
Il va plus loin, en dénonçant une forme d’injustice territoriale : les coureurs vivant sur l’axe Paris-Lyon sont favorisés par les liaisons TGV, tandis que ceux de l’Ouest doivent multiplier les correspondances. Il propose des solutions concrètes : partenariat avec la SNCF, wagons pour matériel, décentralisation de la collecte de Running Stones… mais rien de tout cela ne semble prévu par UTMB Group à ce jour.
Ce que disent les traileurs
À la suite de la diffusion de l’interview, les commentaires ont afflué. Et si certains saluent la transparence et le parcours de Michel Poletti, d’autres fustigent ce qu’ils considèrent comme une hypocrisie.
« Très soucieux de l’environnement, mais organise chaque année une machine à cash de plus de 10 000 coureurs… »
« Le trail est devenu une vitrine publicitaire. À cause de lui. »
« Il a tué l’esprit trail, remplacé par des millions et des sponsors. »
Certains parlent même de « conquête coloniale du trail », dénonçant l’absorption de courses régionales par le circuit UTMB World Series, avec des tarifs en hausse et une uniformisation jugée étouffante.
Mais d’autres voix nuancent :
« Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Sans l’UTMB, le trail n’aurait jamais eu cette exposition. »
« On peut aimer les petits trails ET vouloir un jour courir à Chamonix. »
Cette polarisation des avis montre bien que le malaise dépasse la seule question UTMB. Il touche à l’évolution même du sport, à ses valeurs, à ses fractures sociales.
Un virage stratégique qui ne passe pas
Dans son discours, Michel Poletti revendique des choix assumés : professionnalisation, sécurité, partenariat avec Ironman, normes internationales. Il affirme que c’est la seule manière de faire grandir la discipline tout en garantissant sa viabilité économique.
Mais ces choix s’inscrivent en faux avec une partie de la communauté trail, qui reste attachée à un modèle plus artisanal, plus local, plus libre.
Même Kilian Jornet, pourtant plusieurs fois vainqueur de l’UTMB, a récemment exprimé ses doutes face à la direction que prend le sport. Sans citer nommément l’événement de Chamonix, il parle d’un trail devenu trop cher, trop standardisé, trop “aseptisé”.
Le paradoxe Running Stones
Le système de qualification mis en place par UTMB Group est au cœur des tensions.
Pour courir l’UTMB à Chamonix, il faut désormais accumuler des Running Stones, obtenues uniquement sur des courses estampillées « by UTMB » ou partenaires. Ce qui oblige les coureurs à multiplier les déplacements, les frais, et donc l’empreinte carbone. Un paradoxe criant, que même les défenseurs du système ne peuvent ignorer.
Le commentaire d’un internaute résume ce que beaucoup ressentent :
« Je n’ai pas les moyens de courir ces courses-là. Et même si je les avais, ça n’aurait plus de sens. Il y a d’autres ultras magnifiques, plus accessibles, plus proches. »
Être une référence, mais à quel coût ?
Michel Poletti conclut l’entretien sur une note plus personnelle. Il dit ne pas être affecté par les critiques. Il dit avancer. Il dit vouloir continuer à faire rêver.
Mais le rêve qu’il vend, désormais, ne fait plus l’unanimité. Il est devenu cher. Il est devenu complexe. Il est devenu normé.
Et peut-être est-ce là, au fond, le vrai nœud du problème : l’UTMB n’est pas le problème du trail. Mais il en est devenu le symbole. Et en tant que tel, il attire toutes les contradictions d’un sport en tension : entre local et global, entre passion et business, entre liberté et standardisation.
En résumé, l’UTMB n’est pas boycotté. Il est rempli chaque année. Mais il est critiqué. Parce qu’il incarne la bascule du trail dans une ère industrielle.
Et parce que son fondateur se dit victime d’un procès d’intention, il devient, à son tour, un acteur qui parle comme une institution – parfois coupé du terrain.
Mais le terrain, justement, gronde. Et cette interview l’a révélé avec clarté : le trail est en mutation, et tous ne sont pas d’accord sur la direction à suivre.
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