Le bonus mobilité de l’UTMB est une idée “verte” qui tourne au fiasco
L’UTMB vient d’annoncer une mesure inédite pour son édition 2026 : les coureurs qui s’engagent à venir jusqu’aux vallées du Mont-Blanc sans utiliser leur voiture personnelle — en empruntant train, bus, covoiturage structuré ou navettes — bénéficieront automatiquement de 30 % de chances supplémentaires au tirage au sort pour les courses UTMB, CCC, OCC et ETC.
La règle s’applique depuis le domicile du participant jusqu’à la zone de course, mais elle ne pénalise pas l’usage de l’avion. Un coureur venant des États-Unis ou de Chine pourra prendre l’avion jusqu’à Genève, puis prendre un bus jusqu’à Chamonix… et bénéficier malgré tout du bonus. À l’inverse, un Français vivant à 300 km mais sans accès ferroviaire direct devra éviter la voiture s’il veut avoir les mêmes chances.
L’objectif affiché est clair : réduire l’usage de la voiture dans la vallée de Chamonix, considérée comme responsable de 86 % des émissions carbone de l’événement. Mais dans les faits, la mesure soulève de nombreuses critiques : injustices géographiques, inégalités sociales, impact carbone déplacé… et surtout, absence totale de remise en cause du modèle global des Running Stones et des voyages internationaux.
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Un système mondial qui pousse à voyager… avant de venir “écolo”
Avant même de penser à prendre le train, les coureurs doivent d’abord décrocher leur dossard. Et pour ça, le chemin est tout sauf écologique.
Depuis la mise en place des UTMB World Series, les coureurs doivent accumuler des Running Stones pour espérer participer aux finales de Chamonix. Et pour cela, pas d’autre choix que de courir sur les événements du circuit… souvent à l’étranger.
Chaque année, des milliers de traileurs prennent l’avion pour aller chercher leurs points à l’autre bout du monde. Thibaut Baronian, pourtant Français, a dû courir en Argentine pour se qualifier. Et il n’est pas une exception. Ce système pousse les coureurs à multiplier les déplacements longue distance, avec une empreinte carbone gigantesque.
Dans ce contexte, récompenser ensuite ceux qui font les 100 derniers kilomètres en bus paraît pour beaucoup incohérent, voire cynique.
Une vallée déjà saturée : la vraie urgence n’est pas le train
À chaque fin août, Chamonix explose sous la pression. Routes bouchées, logements inabordables, files interminables, cohabitation difficile avec les habitants… L’UTMB est un monstre logistique dans une vallée de montagne qui ne peut plus suivre.
Réduire le nombre de voitures est un objectif légitime. Mais tant que l’événement restera à sa taille actuelle, tant que tout sera centralisé à Chamonix (Champex Orsières), et tant que les élites ou sponsors échapperont aux mêmes contraintes, cette mesure restera un coup de com’ plus qu’un vrai tournant écologique.
Et qu’on ne vienne pas, en prime, nous ressortir la métaphore du colibri. Ce n’est pas avec des “petits gestes” que l’on compense un système entièrement bancal. Ce n’est pas à ceux qui vivent à 300 km de “faire leur part” pendant qu’on encourage le surtourisme sportif international.
Des cas concrets qui montrent l’absurdité de la réforme de « l’UTMB mobilité douce »
Pour comprendre l’ampleur du problème, il suffit de se pencher sur la réalité des coureurs concernés. Voici quelques situations vécues, largement relayées ces derniers jours :
Un coureur vit à 300 km de Chamonix
En voiture, il met 3 h 30. En train ? Plus de 9 h avec 3 correspondances, pour un prix deux fois supérieur. Pourtant, c’est cette deuxième option qui est valorisée par l’organisation. Même si l’impact carbone d’une voiture occupée à 3 ou 4 est moindre.
Une famille de 4 personnes originaire du Tarn
Ils veulent soutenir un membre inscrit sur l’UTMB. En voiture, c’est faisable. En train, avec des enfants, des bagages et des correspondances… c’est juste impossible. Le budget explose. Résultat : ils renoncent. Le bonus mobilité devient une barrière sociale.
Des coureurs vivent à moins de 200 km… mais dans des zones sans gare
Pas de TGV, pas de TER, pas de solution réaliste. Ils pourraient venir en 2 h en voiture, mais sont désavantagés par rapport à un coureur qui habite à Paris, avec train de nuit direct. Une prime à l’urbanisation, pas à la proximité.
Les voitures électriques sont exclues
Même si un coureur fait tout son trajet dans une Dacia Spring, 100 % électrique, il ne sera pas éligible au bonus. Ironie : Dacia est partenaire officiel de l’UTMB. Cherchez la logique.
Les élites et dossards solidaires ? Pas concernés
Ils peuvent venir en avion, loger dans plusieurs hôtels, circuler avec un staff motorisé… Aucun justificatif demandé. À l’inverse, l’amateur doit prouver qu’il n’a pas mis un pied dans sa Clio. Deux mondes. Deux règles.
Vers une triche organisée ?
La tentation sera forte : acheter un billet de train pour activer le bonus, mais venir en voiture. Réserver une navette… puis l’annuler. Ou se faire déposer discrètement sans “preuve”.
L’UTMB promet des contrôles. Mais qui vérifiera ? Quand ? Comment ?
Le système repose sur la bonne foi, alors même qu’on parle ici de l’un des dossards les plus convoités du monde.
Quand l’accès à une course repose sur un algorithme de probabilité, chaque détail devient stratégique. Et tant pis pour la sincérité écologique.
En résumé, en intégrant l’écologie au cœur du tirage au sort, l’UTMB voulait envoyer un signal fort. Mais le signal est brouillé.
Les coureurs modestes, ruraux ou éloignés sont pénalisés. Les plus riches, les plus visibles et les plus connectés sont récompensés. Le système des Stones reste inchangé. Les courses à l’autre bout du monde sont toujours obligatoires pour espérer venir à Chamonix.
Le problème, c’est de demander à des gens déjà fragilisés de s’adapter à une mécanique conçue pour une minorité privilégiée.
Tant que l’UTMB ne repensera pas l’ensemble du système — qualifications, format, localisation — ses efforts “verts” ne seront qu’une couche de peinture sur un mur fissuré.
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uTrail reconnaît pleinement l’apport majeur de l’UTMB dans le développement du trail running mondial, tant sur le plan sportif que médiatique. Cet article s’inscrit dans une démarche d’analyse critique et de débat public, dans le respect du droit à l’information, de la liberté d’expression et de l’intérêt général.
L’intérêt général de cette publication repose sur plusieurs enjeux concrets : l’accessibilité aux grands événements sportifs, les inégalités sociales dans la pratique amateur, les impacts environnementaux des modèles de qualification actuels, et la cohérence des politiques climatiques appliquées au sport de masse. Ces sujets dépassent le seul cas de l’UTMB et concernent l’évolution globale de notre sport.Les faits relatés sont issus de communiqués officiels, de déclarations publiques et de témoignages librement exprimés. Il ne s’agit en aucun cas de diffamation ni de dénigrement : aucun propos n’a pour vocation de nuire à une personne physique, morale ou institutionnelle. Zéro attaque personnelle. Zéro dénigrement. Toute demande de précision, rectification ou droit de réponse peut être transmise à la rédaction via notre formulaire de contact.






