En 2023, l’UTMB devient le “Dacia UTMB”. Le naming avec un constructeur automobile fait grincer des dents dans une discipline qui revendique l’amour de la montagne et la sobriété. La tension monte. En janvier 2024, Kilian Jornet signe, avec d’autres athlètes dont Zach Miller, un appel au boycott. Il dénonce une dérive industrielle, un modèle trop business, un éloignement des valeurs originelles du trail. Deux ans plus tard, en 2026, il sera pourtant au départ à Chamonix.
Ce simple enchaînement chronologique suffit à créer le malaise. Entre-temps, la relation se serait apaisée. Les échanges auraient repris avec Michel Poletti, fondateur de l’UTMB. Le discours aurait évolué. Les positions se seraient rapprochées. Mais dans la communauté trail, le débat, lui, ne s’est jamais vraiment éteint.
Aujourd’hui, la fracture est visible. D’un côté, ceux qui rappellent que c’est le plus grand traileur de tous les temps, qu’il a tout gagné, qu’il a porté la discipline à bout de bras et qu’à ce niveau-là, il fait ce qu’il veut. De l’autre, ceux qui parlent de retournement, de contradiction, de “girouette”, et qui rappellent ses prises de position passées contre l’UTMB.
Au fond, ce n’est plus seulement une question de dossard. C’est une question de cohérence. Alors, au-delà du bruit et des réactions à chaud, quelles sont vraiment les raisons de son retour ?
Entre-temps, la relation se serait apaisée. Les échanges auraient repris avec Michel Poletti, fondateur de l’UTMB et le discours aurait évolué. Et la communauté trail, elle, est aujourd’hui profondément divisée. D’un côté, ceux qui rappellent que c’est le plus grand traileur de tous les temps, qu’il a tout gagné, qu’il a porté la discipline à bout de bras et qu’à ce niveau-là, il fait ce qu’il veut. De l’autre, ceux qui parlent de retournement, de contradiction, de “girouette”, et qui rappellent ses prises de position passées contre l’UTMB. Alors, au-delà du bruit, quelles sont vraiment les raisons de son retour ?
Les raisons officielles du retour de Kilian Jornet sur l’UTMB, ce qu’il dit, comment il se justifie.
Kilian Jornet dit qu’il veut faire plus de compétitions officielles (et moins de défis personnels)
Dans son entretien à L’Équipe comme dans son message Instagram, Kilian Jornet assume son choix. Il explique que ces dernières années, il s’était concentré sur des projets personnels – traversées des Pyrénées, des Alpes, des États-Unis – et que les courses étaient devenues secondaires. En 2026, il dit vouloir revenir à une saison structurée autour de la compétition. Il avance également des raisons logistiques et familiales. Une saison plus cadrée, moins dispersée, plus lisible.
Kilian Jornet dit que l’UTMB est justement l’ultra-trail le plus compétitif
Surtout, il insiste sur un point central : l’UTMB reste la référence mondiale de l’ultra-distance. C’est là que le plateau est le plus dense. C’est là que les meilleurs sont au départ. Et si l’on veut savoir où l’on se situe réellement, c’est là que “ça se passe”. Son argument est clair : la motivation est sportive. La confrontation. Le niveau. L’exigence maximale.
Kilian Jornet estime que l’UTMB a évolué dans le bon sens
Il assume aussi que des désaccords ont existé. Il reconnaît que tout n’a pas toujours été aligné avec l’organisation. Mais il affirme avoir longuement discuté avec Michel Poletti et l’équipe, et estime désormais être “aligné sur ce qui compte” pour l’avenir du sport. Il évoque des avancées sur la place des femmes, l’antidopage, l’environnement, la professionnalisation. Son discours repose sur une idée simple : le monde n’est pas noir ou blanc. Il parle de polarisation, de simplification excessive sur les réseaux sociaux. Il défend la nuance. Selon lui, la polémique a permis d’ouvrir un dialogue, et ce dialogue aurait fait évoluer les choses.
Et avec honnêteté il avoue tout simplement qu’il aime l’UTMB et a envie d’y être
Enfin, il rappelle son attachement personnel à l’UTMB. Dix-huit ans de relation. Des victoires en 2008, 2009, 2011 et 2022. Un abandon en 2018. Une histoire forte autour du Mont-Blanc. Il parle de brutalité, de beauté, de communauté. Il ne présente pas son retour comme un simple choix stratégique, mais comme une continuité dans un parcours.
Ce que dit la communauté trail, comment les traileurs inteprètent son retour
Kilian Jornet revient pour le business
Mais sur Facebook, dans les groupes trail et sous les articles, le ton est très différent. Certains parlent d’“art de retourner sa veste”. D’autres ironisent sur “l’appel de la gamelle”. Plusieurs commentaires évoquent le business, la marque de chaussures, la professionnalisation, les enjeux financiers. Le mot “contradiction” revient souvent. Le reproche principal est le suivant : avoir dénoncé un modèle pour y revenir ensuite sans changement structurel visible.
Kilian Jornet revient parce qu’il est incohérent
D’autres rappellent le contexte de 2023 et 2024 : critique du naming Dacia, dénonciation de la dérive industrielle, appel au boycott. Ils s’interrogent : qu’est-ce qui a concrètement changé ? Le système des Running Stones est toujours là. L’expansion internationale continue. L’UTMB reste une machine économique puissante. Certains pointent un décalage entre discours environnemental et réalité du sport moderne : déplacements internationaux, sponsors, production de matériel. Ils voient dans ce retour une illustration des tensions permanentes entre convictions personnelles et réalité économique du très haut niveau.
En résumé, ce débat dépasse Kilian Jornet. Il touche à la question centrale du trail moderne : peut-on critiquer un système tout en y participant ?
Peut-on vouloir changer une industrie de l’intérieur ? Peut-on rester cohérent dans un sport devenu mondial, médiatique et structuré économiquement ? Le retour de Jornet agit comme un révélateur. Il met en lumière les tensions d’une discipline qui ne sait plus toujours si elle est encore une aventure marginale ou déjà un sport professionnel pleinement assumé. Une chose est certaine : en revenant à l’UTMB 2026, Kilian Jornet ne relance pas seulement une bataille sportive. Il relance un débat sur l’âme même du trail. Et cette fois, la ligne de départ sera aussi une ligne idéologique.
















