Au Canada, le retour de Kilian à l’UTMB : une incohérence qui n’impressionne plus
L’icône du trail revient sans que rien n’ait changé
Kilian Jornet retourne à l’UTMB en août 2026. La nouvelle a fait le tour des réseaux sociaux cette semaine.
Le roi du trail revient chercher une cinquième victoire pour briser l’égalité avec François D’Haene.
Sur papier, c’est l’événement de l’année.
Mais honnêtement ? Cette annonce laisse un goût amer.
Un boycott qui ne change rien
En 2024, Kilian Jornet et Zach Miller ont appelé les athlètes à boycotter l’UTMB. Leur message était clair : la direction prise par le groupe UTMB depuis son partenariat avec Ironman en 2022 allait à l’encontre de ce que devrait être le trail. Trop commercial, trop corporate, trop loin de l’esprit original du sport.
Deux ans plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Rien.
Absolument rien.
L’UTMB continue sur sa lancée. Les prix des dossards restent élevés. Le circuit UTMB World Series s’étend partout. Les partenariats corporatifs se multiplient. La machine tourne à plein régime.
Et Kilian revient quand même. Sans explication claire. Sans changement apparent de la part de l’organisation.
« Ça reste une épreuve que j’adore et même si on diffère sur certains points, on a quand même beaucoup de points communs », a-t-il dit à l’AFP.
Une déclaration qui sonne creux après avoir appelé au boycott.
L’UTMB est un système excluant, surtout vu du Canada
D’ici, au Canada, l’UTMB se regarde avec un mélange de fascination et de distance. C’est loin, c’est cher, c’est compliqué d’y accéder. Le système de points UTMB Index force les coureurs à participer à des courses du circuit juste pour accumuler des Running Stones et espérer un dossard.
Pour un coureur québécois ou canadien, ça veut dire voyager en Europe ou payer pour des courses UTMB World Series qui coûtent une fortune. C’est excluant. C’est élitiste. C’est exactement ce contre quoi Kilian prétendait se battre.
Mathieu Blanchard, Franco-Canadien qui a terminé deuxième derrière Kilian en 2022 avec un chrono de 19h49, connaît cette réalité. Les coureurs d’ici qui rêvent de l’UTMB doivent débourser des milliers de dollars juste pour avoir une chance de s’inscrire.
Le problème avec les icônes
Kilian Jornet est une légende vivante. Personne ne nie son talent. Mais les légendes ont aussi une responsabilité.
Quand tu appelles au boycott, tu prends position. Tu dis « ça suffit, il faut que ça change ». Revenir sans changement majeur de la part de l’organisation envoie un autre message : les principes, c’est négociable. Le boycott, c’était du théâtre. Au final, le prestige gagne.
Des alternatives qui méritent l’attention comme le Québec Mega Trail
Pendant que l’UTMB monopolise l’attention médiatique, d’autres courses font les choses différemment. Le Québec Mega Trail continue de grandir en gardant son identité, maintenant partie du World Trail Majors et du Golden Trail World Series tout en restant ancré dans sa communauté.
Le Yukon Arctic Ultra reste fidèle à sa philosophie : pas de spectacle marketing, juste la réalité brute du Grand Nord canadien. Des événements qui prouvent qu’on peut grandir sans vendre son âme.
L’histoire qui ne mérite pas toute l’attention
Kilian Jornet à l’UTMB ? C’est une belle histoire pour les médias européens. Sportivement, ce sera probablement spectaculaire. Mais d’un point de vue canadien, ce retour sans principes ne mérite pas toute l’attention qu’il reçoit.
Le trail, c’est plus grand que l’UTMB. Et le retour d’une légende qui abandonne ses convictions au profit du prestige, ce n’est pas vraiment une victoire pour le sport.
Auteur : Jonathan Lessard, rédacteur et coureur de sentier






