Le Yukon Arctic Ultra : quand la course en sentier devient survie
Au Québec, l’hiver annonce la fin de la saison de course en sentier. Mais pour quelques coureurs, c’est là que la vraie aventure commence.
Il reste quelques courses sur route en thématique hivernale, mais en général, les coureurs se calment. C’est le temps de s’entraîner, de garder la forme, de se préparer pour la prochaine saison qui viendra au printemps.
Ce n’est pas vrai pour tout le monde.
D’autres coureurs se préparent pour aller dans les contrées sauvages du Yukon. Dans le Grand Nord canadien, cette région sauvage, froide et magnifique. Et c’est là que du 1er au 13 février 2026, plusieurs coureurs s’engageront dans ce qui est probablement l’une des courses les plus extrêmes au monde : le Yukon Arctic Ultra.
Qu’est-ce que le Yukon Arctic Ultra?
Le Yukon Arctic Ultra, ce n’est pas une course en sentier ordinaire. C’est une épreuve d’ultra-distance qui se déroule en plein hiver arctique, avec des températures qui peuvent descendre jusqu’à -50°C. Oui, vous avez bien lu.
L’événement propose plusieurs distances : 42 km, 235, 350 et 600 km pour les plus téméraires. Les participants peuvent choisir de courir, faire du vélo ou de la raquette. Mais peu importe la discipline, le défi reste le même : survivre dans des conditions arctiques extrêmes.
Le parcours suit en grande partie la piste historique de la Chilkoot Trail et le Yukon River, les mêmes routes empruntées par les chercheurs d’or lors de la ruée vers l’or du Klondike. Mais contrairement à ces pionniers, les participants du Yukon Arctic Ultra le font volontairement. Et c’est là que ça devient fascinant.
Une course sur laquelle la survie prime sur la performance
Ce qui distingue le Yukon Arctic Ultra de n’importe quelle autre course, c’est que la performance devient secondaire. Le vrai défi, c’est de ne pas mourir de froid.
Les coureurs doivent traîner tout leur équipement de survie dans un traîneau : sac de couchage extrême, réchaud, nourriture pour plusieurs jours, vêtements de rechange, matériel d’urgence. On parle de traîneaux qui pèsent facilement 20 à 30 kilos. Imaginez courir 100 miles en tirant ça derrière vous. Dans la neige. À -40°C.
Les stratégies de course changent complètement. Il ne s’agit plus de gérer son allure ou ses ravitaillements. Il s’agit de gérer son énergie pour ne pas transpirer (parce que la sueur gèle), de protéger ses extrémités du gel, de trouver où dormir sans risquer l’hypothermie, de garder ses batteries et son équipement électronique fonctionnels malgré le froid extrême.
Pourquoi subir ça ?
C’est la question que tout le monde se pose. Pourquoi s’infliger ça volontairement ?
Pour certains, c’est le défi ultime.
Après avoir couru des 160 km, des UTMB, des courses techniques difficiles, il reste quoi ? Le Yukon Arctic Ultra représente cette frontière extrême, ce test absolu de résilience physique et mentale.
Pour d’autres, c’est l’aventure pure.
C’est l’opportunité de vivre quelque chose que très peu d’humains ne vivront jamais. De traverser des paysages arctiques d’une beauté à couper le souffle, sous des aurores boréales, dans un silence absolu.
Et puis il y a cet aspect de connexion avec l’histoire.
Suivre les traces des chercheurs d’or, comprendre ce qu’ils ont enduré, sentir ce que ça veut vraiment dire de survivre dans le Grand Nord.
Des Canadiens et Québécois au rendez-vous
Chaque année, des Canadiens et quelques Québécois se lancent dans l’aventure. L’année passée, c’est Mathieu Blanchard qui a remporté l’épreuve, prouvant que les coureurs d’ici ont ce qu’il faut pour affronter l’Arctique.
Cette année, Guillaume Grima, le coureur français qui avait terminé 2e en 2025, revient au départ.
Cette fois, il sera sponsorisé par Cimalp et accompagné de Thierry Corbarieu, vainqueur de la Yukon Arctic Ultra 690 km en 2019. Une belle délégation française qui démontre l’attrait international de cette course mythique.
Certains reviennent transformés. D’autres ne finissent pas. Le taux d’abandon au Yukon Arctic Ultra est parmi les plus élevés de toutes les courses d’ultra-distance, et ce n’est pas par manque de préparation. C’est simplement que l’Arctique ne pardonne rien.
Les histoires qui reviennent de là-bas sont légendaires. Des coureurs qui hallucinent à cause du manque de sommeil et du froid. Des moments de connexion profonde avec la nature. Des aurores boréales qui illuminent la nuit pendant des heures. Des épreuves qui poussent les gens à leurs limites absolues.
Une autre dimension de la course en sentier
Le Yukon Arctic Ultra nous rappelle quelque chose d’important : la course en sentier, à sa base, c’est une relation avec la nature. Et parfois, cette relation devient extrême.
Pendant qu’on se plaint d’une sortie à -15°C au Québec, il y a des coureurs qui se préparent mentalement à affronter -50°C durant des jours. Ça remet les choses en perspective.
Est-ce que tout le monde devrait vouloir faire le Yukon Arctic Ultra? Absolument pas. Est-ce que c’est un objectif réaliste pour la plupart des coureurs ? Non plus. Mais savoir que ça existe, que des humains sont capables de ça, c’est quelque chose qui inspire.
Ça nous rappelle que nos limites sont probablement beaucoup plus loin qu’on pense. Que l’esprit humain est capable de choses extraordinaires quand on le met à l’épreuve. Et que quelque part dans le Grand Nord canadien, au mois de février, pendant que la plupart d’entre nous sommes bien au chaud, il y a des coureurs qui vivent une aventure hors du commun.
Du 1er au 13 février 2026, suivez les traces de ces aventuriers modernes. Vous ne verrez plus jamais vos sorties d’hiver québécoises de la même façon.





