Le ski-alpinisme vient tout juste de faire son entrée aux Jeux olympiques.
Sur le papier, c’est une reconnaissance importante pour une discipline longtemps restée confidentielle. Pourtant, pour beaucoup de passionnés de montagne, le spectacle proposé aux JO a laissé une impression étrange. Les formats étaient très courts, très calibrés pour la télévision, et parfois assez éloignés de ce que représente historiquement le ski-alpinisme.
C’est précisément pour cette raison qu’un autre événement mérite toute l’attention cette semaine. La Pierra Menta commence demain dans le Beaufortain, en Savoie. Et pour comprendre ce qu’est réellement le ski-alpinisme, c’est probablement vers cette course mythique qu’il faut regarder.
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Pourquoi le ski-alpinisme aux JO était ridicule
Le problème du ski-alpinisme olympique n’est pas tant la discipline elle-même que le format choisi pour la rendre compatible avec la télévision. Aux Jeux, les courses sont volontairement très courtes, souvent organisées sur des parcours compacts, avec des boucles visibles depuis le stade et des efforts qui durent parfois moins d’une demi-heure.
Ce choix répond évidemment à une logique de spectacle et de diffusion. Les Jeux olympiques ont besoin d’épreuves rapides, lisibles et faciles à suivre pour un public international. Mais cette adaptation transforme profondément la nature du ski-alpinisme.
Historiquement, ce sport est né dans la haute montagne. Il s’agit d’une pratique où les athlètes enchaînent de longues ascensions avec des skis équipés de peaux de phoque, traversent des arêtes exposées et redescendent sur des pentes parfois très engagées. Les courses peuvent durer plusieurs heures et se déroulent dans des environnements alpins parfois très isolés.
Aux JO, cette dimension disparaît en grande partie. Les parcours deviennent plus courts, les dénivelés plus modestes et l’effort se rapproche davantage d’une épreuve explosive que d’une aventure alpine. Le résultat est spectaculaire et dynamique, mais il ne reflète qu’une petite partie de la réalité de la discipline.
Pour beaucoup de montagnards, ces formats olympiques donnent donc une image un peu réductrice du ski-alpinisme. Ils montrent la vitesse, la technique et la tactique, mais ils laissent de côté ce qui fait l’essence de ce sport : l’endurance en haute montagne, la gestion de l’effort sur la durée et la dimension d’aventure.
Pourquoi, si on veut comprendre le vrai ski-alpinisme, il faut regarder la Pierra Menta
C’est précisément pour cela que la Pierra Menta, qui commence demain à Arêches-Beaufort, est souvent considérée comme la véritable référence du ski-alpinisme.
La Pierra Menta a 40 ans, c’est l’essence de la discipline
Créée en 1986, cette course fête cette année sa 40e édition. Elle se déroule sur quatre jours, avec une étape différente chaque jour dans les montagnes du Beaufortain. Au total, les équipes parcourent environ 10 000 mètres de dénivelé positif, ce qui donne une idée de l’ampleur de l’effort demandé.
La particularité de la Pierra Menta est aussi son format par équipes de deux. Les coureurs doivent rester ensemble tout au long de la course et franchir la ligne d’arrivée presque simultanément. Cette règle transforme la compétition en véritable aventure collective. Le rythme doit être géré à deux, les décisions se prennent à deux et la fatigue se partage.
Dans le milieu du ski-alpinisme, une phrase résume parfaitement l’esprit de la course :
« Une Pierra Menta se gagne à deux. »
Les parcours combinent de longues montées en peaux de phoque, des passages techniques où les skis doivent être portés et des descentes exigeantes. Les coureurs doivent également effectuer de nombreuses manipulations : enlever et remettre les peaux, passer du mode montée au mode descente, franchir parfois des arêtes équipées de cordes.
C’est cette combinaison d’endurance, de technique et d’engagement qui fait la réputation de la course.
La Pierra Menta concentre les meilleurs athlètes de la discipline
L’édition 2026 se déroule du 11 au 14 mars et rassemble comme chaque année les meilleurs spécialistes mondiaux. Les Français Xavier Gachet et William Bon Mardion, vainqueurs des deux dernières éditions, feront partie des favoris dans leur massif du Beaufortain. La concurrence italienne sera également très forte, avec notamment Michele Boscacci et Robert Antonioli ou encore Matteo Eydallin et Davide Magnini.
Chez les femmes, Axelle Gachet-Mollaret, déjà six fois victorieuse de l’épreuve, sera l’une des grandes favorites.
La Pierra Menta attire aussi l’attention du monde du trail. De nombreux athlètes utilisent le ski-alpinisme comme préparation hivernale pour les ultras de l’été. Le meilleur exemple reste Kilian Jornet, quadruple vainqueur de la course avant de devenir l’une des figures majeures du trail mondial.
Mais au-delà des performances, la Pierra Menta est surtout célèbre pour son ambiance.
Chaque année, des centaines de spectateurs montent sur les pentes pour encourager les coureurs. Certains passages deviennent de véritables amphithéâtres naturels où résonnent les cloches, la musique et les cris des supporters.
Et si l’on veut comprendre ce qu’est réellement le ski-alpinisme, ce n’est peut-être pas vers les formats olympiques qu’il faut se tourner, mais vers cette aventure alpine de quatre jours qui commence demain dans le Beaufortain.
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