Distance met en lumière une pratique qui interroge tout l’écosystème du running connecté
VOTRE ÉQUIPEMENT TRAIL EST AUSSI SUR AMAZON
Le running repose sur une idée simple : l’effort appartient à celui qui l’accomplit. Le chrono, la montée, la séance difficile sous la pluie, tout cela construit une progression personnelle. Pourtant, le sport connecté a introduit une nouvelle dimension : la performance visible, partageable, monétisable. C’est dans ce contexte que surgissent les “Strava Jockeys”.
Les Strava Jockeys : courir pour un autre
Le principe est connu depuis deux ans dans certains cercles du running connecté. Un utilisateur souhaite afficher des performances impressionnantes sur son profil. Il rémunère alors un coureur plus rapide ou plus entraîné pour réaliser la séance à sa place. Les kilomètres sont bien courus. L’effort est réel. Mais il n’est pas attribué à la bonne personne.
La marque Distance a décidé de s’emparer de ce phénomène à travers une campagne baptisée “Shadow Runners”.
Cinq coureurs associés à cette pratique deviennent les visages de la marque. Shooting, vidéos, contrats, visibilité internationale : l’enseigne affirme vouloir redonner reconnaissance et statut à ces sportifs de l’ombre. Elle annonce également reverser une partie des bénéfices de certains produits aux athlètes concernés. Le message affiché est clair : mettre en lumière ceux qui fournissent l’effort réel plutôt que ceux qui accumulent les likes.
Les Strava Jockeys, une pratique problématique sur le plan juridique
Sur le plan strictement pénal, payer quelqu’un pour courir n’est pas en soi un délit. Aucune loi n’interdit de déléguer une activité sportive à un tiers. En revanche, la situation change dès lors que cette pratique implique une usurpation d’identité numérique ou une falsification de données. Les plateformes comme Strava interdisent explicitement l’attribution d’une activité réalisée par un tiers. Les conditions d’utilisation reposent sur la sincérité des performances enregistrées. Publier volontairement une activité effectuée par quelqu’un d’autre constitue donc une violation contractuelle. Si des avantages matériels sont obtenus grâce à ces performances — partenariats, primes, qualifications — la situation peut entrer dans le champ de la fraude. En compétition officielle, la substitution d’athlète est formellement interdite. La Fédération Française d’Athlétisme sanctionne toute participation sous une fausse identité. Autrement dit, tant que le phénomène reste cantonné à l’image numérique, il contrevient aux règles des plateformes. S’il déborde vers la compétition ou des gains financiers, les conséquences peuvent devenir plus sérieuses.
Distance fait une campagne qui dénonce… tout en utilisant le phénomène
Distance affirme dénoncer une dérive du running moderne. Les articles de présentation parlent d’une campagne engagée. La marque explique vouloir exposer l’ubérisation de la performance et redonner dignité à ceux qui courent réellement. Il faut le reconnaître : la communication ne vend pas un service de substitution. Elle ne propose pas d’acheter des kilomètres. Elle met en avant ceux qui les courent.
L’ambiguïté subsiste.
En transformant ces “shadow runners” en ambassadeurs, en produisant un film publicitaire soigné et en orchestrant un dispositif d’affichage international, la marque installe le concept dans le paysage médiatique. Même dans une logique critique, elle contribue à structurer et à populariser le phénomène. C’est toute la tension de la communication contemporaine : peut-on dénoncer un système tout en s’en servant comme levier créatif ? La campagne ne glorifie pas la triche. Elle tente de la retourner. Pourtant, elle repose sur la même mécanique : la performance comme outil de visibilité.
En résumé, le vrai sujet dépasse la boutique Distance
Les applications, les segments et les classements sociaux ont transformé la course à pied en vitrine permanente. L’écran est devenu un second terrain. Les kilomètres se mesurent autant en likes qu’en sensations. Quand l’image prend plus de place que l’effort vécu, certains franchissent la ligne. Les Strava Jockeys ne sont peut-être pas la cause du problème. Ils en sont le symptôme. Celui d’un écosystème où la reconnaissance numérique peut sembler plus valorisée que la progression personnelle. En trail, la réalité finit toujours par s’imposer. Une montée raide, un terrain technique, une météo hostile ne se délèguent pas. Le corps, lui, ne ment pas. La campagne de Distance ouvre donc un débat utile. Elle questionne notre rapport à la performance affichée. Elle oblige à se demander ce qui compte vraiment : l’effort accompli ou l’image projetée. Reste à savoir si cette mise en lumière renforcera l’exigence d’authenticité du running… ou si elle ne restera qu’un moment marketing habilement orchestré.
Source
Lire aussi
- Sur Strava : les « Strava Jockeys » courent pour vous et boostent vos stats pour 30 euros la sortie
- Nouvelle triche sur Strava : des athlètes rémunérés pour courir à la place d’autres utilisateurs
- Arrêtez de payer des strava jockeys quand vous pouvez trafiquer vos traces GPX vous même
- Comment tricher sur Strava : 3 façons sûres






