Pendant 3 ans, le dossier “Kilian Jornet et l’UTMB” a ressemblé à un feuilleton impossible à conclure.
D’un côté, un athlète qui a longtemps incarné l’esprit originel du trail : liberté, montagne, sobriété. De l’autre, une course devenue un groupe international, avec sa logique de marque, ses partenaires et ses ambitions mondiales.
Et au milieu, une question qui obsédait toute la communauté trail : reviendra-t-il un jour à Chamonix sur l’épreuve reine ? La réponse est désormais claire : oui, Kilian Jornet sera bien au départ de l’UTMB 2026.
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La chronologie du retour de Kilian Jornet sur l’UTMB 2026
L’étincelle 2023 quand Kilian Jornet et Zach Miller appellent au boycott de l’UTMB : Dacia, “sportwashing” et début de fracture
Le point de bascule se situe à l’été 2023, quand l’UTMB associe officiellement son image à Dacia. Le partenariat déclenche des critiques publiques sur l’incohérence entre une course “nature” et une marque automobile, avec une accusation récurrente : le greenwashing par le sponsoring.
À ce moment-là, une partie de la communauté et certains acteurs du trail réclament que l’UTMB “assume” ce virage business au lieu de le recouvrir d’un vernis écolo. Le sujet n’est pas seulement moral : il touche aussi à l’identité du trail, à la cohérence du récit et à la crédibilité des engagements environnementaux.
Kilian Jornet appelle donc à boycotter l’UTMB.
Janvier 2024 : l’appel au boycott prend une forme nationale (et virale)
Début 2024, la tension monte d’un cran : Protect Our Winters publie une prise de position très commentée qui appelle explicitement à boycotter UTMB et l’écosystème UTMB World Series.
Dans la même séquence, des éléments publics nourrissent la polémique (notamment autour de la communication et des partenaires). Plusieurs médias spécialisés racontent le contexte : la question n’est plus “Dacia oui/non”, mais le modèle : croissance, branding, et place laissée aux organisateurs historiques et aux coureurs non élites.
L’UTMB répond officiellement en expliquant ouvrir un dialogue avec certains acteurs et en défendant sa stratégie RSE, tout en cherchant à calmer l’incendie.
2024-2025 : l’UTMB devient un sujet de société dans le trail
À partir de là, le débat dépasse largement “un sponsor”. Dans la presse généraliste, on voit émerger un thème plus large : l’UTMB n’est plus seulement une course, c’est un groupe international accusé (selon les sources et les interlocuteurs) de cannibaliser une partie de l’écosystème, d’augmenter les coûts, de capter l’attention médiatique et de pousser une logique de rareté/qualification.
Le fait que l’UTMB se soit développé avec Ironman renforce, pour certains, la lecture “industrialisation du trail”, là où d’autres défendent une professionnalisation devenue inévitable (sécurité, diffusion, retombées locales, structuration sportive).
Le début du retour sur l’UTMB 2026
Mars 2025 – Discussions en coulisses
La bascule ne s’est pas faite du jour au lendemain. En mars 2025, nous révélions sur uTrail que Kilian Jornet échangeait en “off” avec l’organisation de l’UTMB depuis plusieurs mois. Il ne s’agissait pas d’une annonce officielle ni d’un engagement formel, mais l’existence même de ces discussions montrait que le dialogue n’était pas rompu malgré les tensions précédentes. Quelques mois plus tard, le 19 novembre 2025, dans un entretien accordé à L’Équipe, le Catalan confirmait indirectement que l’option restait ouverte. Il expliquait vouloir recentrer sa saison 2026 sur des compétitions européennes, en tenant compte de l’organisation familiale, avant de rappeler un élément factuel déterminant : il disposait de la qualification grâce à son résultat à la Western States 100. Puis cette phrase, prudente mais lourde de sens : « Donc on verra… ». À cet instant précis, le retour à Chamonix n’était pas acté, mais il cessait d’être une hypothèse lointaine.
Novembre 2025 – Kilian Jornet prépare l’opinion publique à son retour
C’est ici que la chronologie redevient sportive. Dans un entretien, Jornet explique vouloir se recentrer sur la compétition en 2026, pour des raisons aussi familiales (organisation du calendrier avec Emelie Forsberg) que sportives.
Et surtout, quand on lui parle d’un retour à l’UTMB, il lâche la phrase qui relance tout : il rappelle qu’il a la qualification (liée à son résultat à la Western States 100), mais reste prudent : “on verra”.
En clair : la porte est ouverte, sans promesse.
Février 2026 : annonce du retour de Kilian Jornet sur l’UTMB 2026
Entre-temps, plusieurs sources indiquent qu’il prévoit la Western States 2026.
Et le 23 février 2026, la confirmation tombe côté calendrier : Western States + Sierre-Zinal + UTMB. Autrement dit : retour en Europe, retour sur les formats iconiques… et retour sur la ligne de départ de Chamonix.
En résumé, cette chronologie met en lumière une tension difficile à ignorer.
Kilian Jornet a critiqué publiquement certaines orientations prises par l’UTMB, notamment le partenariat avec Dacia et, plus largement, l’évolution commerciale de l’événement. Ces prises de position ont alimenté un débat important sur l’écologie, le modèle économique du trail et l’élitisation croissante de la discipline. Or en 2026, il choisit de revenir précisément sur cette course devenue le symbole de ce modèle. C’est là que la question se pose : peut-on dénoncer une trajectoire tout en continuant à en être l’un des visages les plus visibles ? Certains y verront une évolution pragmatique : le sport avant tout. D’autres y liront une contradiction entre discours et actes. D’autant que l’UTMB demeure, malgré les controverses, la vitrine mondiale la plus puissante pour un athlète et pour ses partenaires. Une autre lecture existe également. Après des projets très personnels comme States of Elevation, on peut se demander si ce retour ne relève pas aussi d’un positionnement stratégique : rester au centre du récit médiatique du trail au moment où l’UTMB concentre l’attention internationale. Une hypothèse déjà évoquée dans nos colonnes : exister pendant l’UTMB, même en dehors du cadre classique, puis y revenir lorsque le timing est favorable. Cette interprétation n’est pas une attaque personnelle. Elle pose simplement une question de cohérence et de visibilité. Revenir sur l’épreuve la plus exposée du circuit mondial peut être perçu comme un choix sportif, mais aussi comme un choix d’image. La réponse appartient à chacun. Mais une chose est certaine : ce retour ne sera pas analysé uniquement sous l’angle sportif. Il interroge aussi la manière dont un champion concilie ses prises de position publiques avec les réalités d’une carrière toujours en pleine lumière.






