Germain Grangier s’exprime sans détour.
Dans une interview accordée à Outside le 13 janvier 2026, Germain Grangier revient sur la pathologie neurologique qui a failli mettre fin à sa carrière, et pointe une hypothèse inattendue : ses chaussures pourraient avoir joué un rôle dans l’apparition de ses symptômes. L’ultra-traileur évoque notamment l’évolution des modèles récents, entre plaques carbone, semelles surélevées et nouvelles mousses, qui auraient pu exercer une pression excessive sur des nerfs situés juste sous le genou. Une déclaration qui pourrait ouvrir un nouveau champ de recherche en médecine du sport.
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Une pathologie neurologique rare qui déconnecte le cerveau des jambes
Les premiers signes remontent à l’UTMB 2024. Grangier parle de jambes qui « décrochent », d’une perte de force et de coordination qu’aucun repos ne soulage. Pourtant, tous les examens médicaux ressortent normaux. Il ne s’agit ni d’un problème musculaire, ni d’une atteinte centrale (cerveau ou moelle épinière). Le trouble est neurologique périphérique : localisé au niveau des nerfs des jambes, mais uniquement déclenché par le mouvement.
La compression neurodynamique, pathologie encore méconnue, consiste en un écrasement temporaire d’un nerf lors d’un geste ou d’un effort, qui empêche l’information motrice d’atteindre le muscle. Résultat : la jambe ne répond plus, la coordination disparaît, la force s’effondre. Ce n’est pas une douleur d’ultra. C’est un dysfonctionnement invisible à l’arrêt, mais potentiellement invalidant dès que le coureur se remet en action.
Une errance médicale d’un an avant le bon diagnostic
Entre 2024 et 2025, Germain Grangier enchaîne les examens. Doppler, électromyogramme, tests vasculaires et neurologiques : tout semble normal. Mais tous ces tests sont réalisés au repos. Or, chez lui, c’est le mouvement qui déclenche le blocage nerveux. C’est finalement après l’UTMB 2025 que les symptômes persistent assez longtemps pour permettre aux médecins de l’examiner en étant symptomatique.
Des spécialistes de la compression neurodynamique réussissent alors à « tromper » le nerf en le stimulant à certains endroits clés, reproduisant ainsi les blocages. Le verdict tombe : le nerf est comprimé en dynamique, probablement à plusieurs endroits des deux jambes. Une opération chirurgicale est décidée pour libérer les zones concernées. Elle permettra à Grangier de retrouver progressivement ses capacités.
Les chaussures en question ? Une piste à ne pas écarter
C’est dans la dernière partie de son témoignage que Germain Grangier ouvre la porte à une hypothèse encore peu explorée dans le monde du trail : le rôle du matériel dans l’apparition de certaines pathologies neurologiques périphériques. Il explique que dans son cas, le nerf touché est situé juste en dessous du genou. Une zone où la pression exercée par certaines chaussures – notamment les modèles récents avec plaques carbone, semelles plus hautes ou mousses plus rigides – pourrait potentiellement aggraver la compression nerveuse.
Il ne met pas en cause un modèle précis ni une marque, mais s’interroge sur les conséquences biomécaniques de l’évolution technologique actuelle. Son sponsor ON s’est montré très réactif : des tests vont être réalisés en laboratoire, et un autre athlète du team, Simon Gosselin, aurait présenté des symptômes similaires, quoique moins invalidants. Un interne de l’équipe médicale envisage par ailleurs de publier un article scientifique sur ce sujet, tant les cas semblent se multiplier.
Un appel à la vigilance pour la communauté trail
Grangier partage son histoire pour que d’autres traileurs gagnent du temps. Car nombreux sont ceux qui souffrent de pertes de coordination, de jambes qui lâchent à l’effort, sans parvenir à mettre un nom sur leur mal. Il appelle aussi les médecins à considérer davantage la dynamique du geste dans leurs examens, et les industriels à explorer les effets collatéraux de certaines innovations techniques.
Après plus d’un an de lutte, Germain Grangier commence à retrouver des sensations. Il a repris l’entraînement léger, d’abord en ski, et vise un retour en trail d’ici le printemps 2026. Plus prudent, plus lucide, mais toujours déterminé. Et désormais, un peu chercheur malgré lui.
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