Pourquoi c’est sexiste et malvenu de demander comment Casquette Verte fait pour s’occuper de son enfant. « Et sinon, il fait comment avec son enfant ? » — Ce que cette question dit de notre hypocrisie collective
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On ne peut pas, en 2026, se prétendre féministe, défendre l’égalité femmes-hommes, applaudir les performances des mères traileuses… et dans le même souffle poser ce genre de question à un athlète masculin comme Casquette Verte.
« Comment il fait avec son enfant ? » Posée à un homme, elle est à la fois sexiste, déplacée et révélatrice d’un double standard profondément enraciné dans le monde du trail — et au-delà.
Le problème, ce n’est pas d’interroger l’équilibre vie perso/vie sportive. C’est d’interroger un homme sur ce point, comme s’il sortait du lot, comme si sa situation méritait explication. Alors que pour des centaines de femmes, la question est implicite, constante, pesante. Ce sont elles qu’on soupçonne de négliger leurs enfants quand elles s’alignent sur une course. Elles, qu’on juge égoïstes quand elles partent plusieurs jours en off. Elles, qu’on interroge sans relâche sur leur organisation domestique… en oubliant que, dans bien des cas, ce sont leurs conjoints qui poursuivent leur passion l’esprit libre.
Ce deux poids deux mesures est insupportable.
Et il faut le dire clairement : poser cette question à Casquette Verte, ce n’est pas « poser une question légitime ». C’est trahir un biais inconscient. C’est continuer à mettre les femmes face à leurs responsabilités familiales, et laisser les hommes récolter l’admiration quand ils continuent malgré tout à être présents pour leurs enfants. Comme si c’était extraordinaire. Comme si c’était héroïque.
Pourquoi parler de sexisme ?
Mais le trail n’échappe pas à la règle : l’effort qu’on trouve « admirable » chez un père, on le trouverait suspect, voire irresponsable, chez une mère. Et ça, ce n’est pas juste un biais. C’est une injustice structurelle. Tant qu’on continuera à glorifier les pères présents comme des exceptions et à suspecter les mères sportives d’abandon de poste, on ne progressera pas.
Le plus ironique, c’est que cette question n’est même pas vraiment posée à Casquette Verte. Elle flotte. Elle rôde. Elle est pensée, mais rarement formulée frontalement. Pourquoi ? Parce qu’on n’ose pas. Parce qu’on sait que ce serait malvenu. Et pourtant, on y revient toujours, comme si l’idée qu’un homme puisse concilier passion, boulot, vie publique et parentalité restait une énigme… alors qu’on demande quotidiennement aux femmes de le faire, sans applaudissements, sans articles, sans excuses.
Alors, si vraiment on veut parler de charge mentale, de répartition des rôles, de conciliation sport et famille, faisons-le pour tout le monde, sans biais, sans condescendance, et sans cette fascination déplacée pour le père qui change les couches ou pousse une poussette après le boulot.
Comment Casquette Verte fait. Et pourquoi on ne lui pose même pas la question !
Ne soyons pas hypocrites ! Nous nous sommes tous posés la question à un moment ou à un autre. Comment Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, arrive à concilier sa présence médiatique, son boulot chez JCDecaux, ses longs entraînements quotidiens, ses courses d’ultra-trail et ses off, le tout en étant un papa investi dans la paternité ?
Tous les amateurs, hommes et femmes, sont déjà passés par ce chemin semé d’embûches, et s’y sont cassé les dents d’une façon ou d’une autre. Et pourtant, il y arrive ?
La paternité, le game changer de la carrière de Casquette Verte
Nous autres pauvres coureurs, on invoque les enfants comme une raison de raccourcir la sortie longue ou de ne pas prendre de dossard parce que ce jour-là, il y a un tournoi de foot.
Sauf que Casquette Verte nous raconte à longueur d’intervention que ce n’est pas une raison. En tout cas pour lui, bien qu’il ait reconnu en 2024 l’impact sur ses performances sportives, notamment en raison du manque de sommeil.
Mais, et Casquette Verte a eu le temps de le raconter dix fois déjà : le trail est parfaitement intégré à sa parentalité, et la parentalité est parfaitement intégrée à sa pratique du trail, lui et sa femme. Un enfant, comme un trail, demande résilience, adaptation et endurance.
Tout cela, finalement, c’est un discours bien connu. Et le secret est là : avoir su tout intégrer en jonglant avec chaque case. Il n’a pas vécu une sorte de bascule d’un état à l’autre, mais une adaptation progressive, et ça change tout.
Concrètement ? Les sorties se font la nuit, après le travail, quand l’enfant dort. La poussette n’est plus un obstacle, mais une façon de faire de l’exercice. Les courses ne se font plus seul, mais en famille. Charlotte, sa femme, pratique elle aussi le trail. Ce n’est plus un choix de participer à des courses, cela devient un mode de vie.
La question que l’on ne pose pas à tout le monde
Mais pourrait-on entendre qu’il s’entraîne 2 à 3 heures par jour après le boulot si Alexandre s’appelait Alexandra, avec le même parcours sportif et médiatique ?
Bien sûr, il y a des femmes athlètes tout en étant des mères épanouies. Mais elles ne me semblent pas mettre tant en valeur leur capacité à jongler avec les impératifs de la vie de famille. Elles sont juste moins médiatisées. Surtout, moins libres face au jugement, d’autant que le trail reste un sport très masculin, qu’il s’agisse des courses locales ou des grandes échéances professionnelles.
Rappelons que sa femme Charlotte est elle aussi traileuse : ils ont d’ailleurs terminé tous deux la Diagonale des Fous 2025 (14e féminine pour elle), preuve que la parentalité est prise en charge à deux.
C’est un biais léger, mais tenace : un homme qui court deux heures par jour en restant père présent, c’est admirable. Une femme qui fait pareil ? On pense tout de suite à un égoïsme mal placé.
En résumé : Casquette Verte est un privilégié
La recette du succès, elle est là. Ce n’est pas celle des horaires ou de la poussette de running. Celle-là, n’importe qui peut la copier, du moins en théorie. Le vrai privilège, c’est ce privilège silencieux de pouvoir tout assumer sans avoir à être remis en question. Il a la liberté d’être admiré sans être jugé. C’est pouvoir dire « je m’entraîne deux heures par jour et je suis un bon père » sans avoir à plaider sa cause. C’est savoir que personne ne viendra demander des comptes. Ça paraît anodin comme ça, mais ça change absolument tout.
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L’objectif de ce texte est d’interroger un système de perception et de jugement, non de mettre en cause une personne en particulier.






