La course en sentier. La nouvelle mode
La course en sentier : il y a quelques années, dire que tu courais en montagne, ça suscitait des regards en coin.
Les personnes te prenaient pour un marginal, peut-être même un peu fou. Aujourd’hui, c’est presque devenu banal.
Je me souviens des réactions quand je parlais de courir l’Acropole des Draveurs. Les yeux grands ouverts, le « ouah, pour de vrai ? » qui venait avec. Un mélange d’admiration et d’incompréhension sincère. Ce n’est plus tout à fait la même chose. Quand je mentionne maintenant que j’ai couru les 55 kilomètres d’Ultra Bromont, la réaction ressemble davantage à « ah oui, je connais deux ou trois personnes qui ont fait ça. » Pas de jugement là-dedans. Juste un constat : le trail est sorti de la marge.
Une explosion que les chiffres confirment
Au Québec, depuis le début de 2026, j’ai reçu huit courriels annonçant l’ouverture de nouvelles courses. Huit. En quelques mois. L’UTHC affiche complet. Le Boréalys, la nouvelle course UTMB au Québec, était pratiquement complet avant même que j’aie fini de lire l’annonce. C’est incroyable. Il y a cinq ans, remplir le bassin de coureurs pour ce type d’événement prenait des mois. Aujourd’hui, les places partent en heures.
Les réseaux sociaux ont clairement joué un rôle dans tout ça. Voir quelqu’un terminer un ultra sur Instagram, les bras levés, la boue dans le visage et le sourire fendu jusqu’aux oreilles, ça donne envie. Les influenceurs ont amené un lot de nouveaux coureurs vers les sentiers, et c’est une bonne chose pour la croissance du sport. Mais l’exposition a aussi changé quelque chose dans la dynamique.
La course aux distances
Parce qu’il y a un effet pervers qui vient avec la popularité. Quand tout le monde fait quelque chose, le besoin de se distinguer pousse vers le plus, le plus loin, le plus difficile. Le 50 kilomètres est devenu ordinaire, alors on passe au 100. Le 100 n’impressionne plus, alors on crée des 250, des 300, des 600 kilomètres. Les formats Backyard Ultra, où le seul gagnant est celui qui ne lâche pas, se multiplient. Des concepts toujours plus poussés les uns que les autres, comme si la prochaine frontière devait constamment être repoussée.
Est-ce que c’est pour soi qu’on repousse ces limites ? Ou est-ce que c’est pour avoir quelque chose à raconter qui va encore provoquer le regard écarquillé qu’on cherche inconsciemment depuis le début ? La question mérite d’être posée honnêtement. Parce que quand le trail devient à la mode, ce qui était extraordinaire hier devient ordinaire aujourd’hui. Et ce qui était ordinaire hier n’existe plus vraiment sur les réseaux sociaux. Courir un demi-marathon, ça existe encore ?
Le paradoxe du sport sauvage
Ce qui rend tout ça un peu ironique, c’est que le trail était au départ le refuge de ceux qui voulaient précisément fuir tout ça. Courir loin des gens, loin du bruit, loin de la société. Se retrouver dans la nature sans public, sans spectateurs, sans validation extérieure. C’était ça, l’attrait du sentier pour les premiers à s’y aventurer.
Aujourd’hui, si tu t’inscris à un événement populaire au Québec, tu prends le départ entouré d’une foule. Des photographes sur le parcours. Un finish line avec une sono et des spectateurs. C’est une belle ambiance, personne ne dit le contraire. Mais c’est une expérience fondamentalement différente de ce qu’était le trail à l’origine.
Le sport va là où ses pratiquants le mènent.
Et en ce moment, ils sont de plus en plus nombreux à le mener vers les projecteurs.
Est-ce que c’est vraiment la direction qu’on veut lui donner ?
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Auteur : Jonathan Lessard, rédacteur et coureur de sentier





