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🎥 Courir pour se sentir mieux, évacuer le stress, progresser ou simplement prendre du plaisir : la course à pied est généralement présentée comme une activité bénéfique pour la santé. Cependant, il existe des cas où l’obsession de l’exercice peut mener à la bigorexie.
Mais chez certains pratiquants, cette passion finit par prendre toute la place. Dans un reportage consacré à la dépendance au sport, TF1 alerte sur un phénomène encore mal identifié : la bigorexie.
Selon une estimation relayĂ©e par la chaĂ®ne, 10 Ă 15 % des sportifs rĂ©guliers seraient concernĂ©s par des problèmes de dĂ©pendance Ă l’activitĂ© physique. Un chiffre qui ne concerne donc pas exclusivement les coureurs et qui doit ĂŞtre interprĂ©tĂ© avec prudence.
Car derrière les chronos, les kilomètres accumulĂ©s et les dossards enchaĂ®nĂ©s, certains sportifs ne courent plus vraiment par envie. Ils courent parce qu’ils ne supportent plus l’idĂ©e de s’arrĂŞter.
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Addiction Ă la course Ă pied : quand le plaisir de courir devient une obligation, c’est ce qu’on appelle la bigorexie
C’est notamment l’histoire de Carole, une marathonienne interrogĂ©e dans le reportage de TF1.
Au dĂ©part, elle court comme beaucoup d’autres passionnĂ©s : pour progresser, participer Ă des compĂ©titions et amĂ©liorer ses performances.
Puis les objectifs prennent progressivement le dessus. Chaque marathon devient l’occasion de gagner quelques minutes supplĂ©mentaires. Chaque prĂ©paration doit dĂ©boucher sur un nouveau record personnel.
La course Ă pied commence alors Ă organiser toute son existence.
Les sorties entre amis passent au second plan. Les moments de dĂ©tente deviennent compliquĂ©s Ă programmer. Il faut s’entraĂ®ner, rĂ©cupĂ©rer, prĂ©parer la prochaine compĂ©tition.
Carole raconte notamment avoir progressivement réduit ses relations sociales pour respecter son calendrier sportif.
Jusqu’au moment oĂą le corps finit par dire stop.
Ă€ cinq jours d’un marathon, elle se blesse. Cette blessure dĂ©clenche une profonde remise en question.
Elle rĂ©alise qu’elle se rend parfois Ă l’entraĂ®nement en pleurant, sans avoir la moindre envie de courir.
Mais elle continue, parce qu’elle estime devoir le faire.
Ce tĂ©moignage illustre une dimension essentielle de la dĂ©pendance au sport : le problème n’est plus seulement la quantitĂ© d’entraĂ®nement, mais la perte de libertĂ© face Ă sa propre pratique.
Carole finit par interrompre le sport pendant plusieurs mois. Elle reprend ensuite progressivement la course à pied, avec une approche différente, davantage tournée vers le plaisir.
Bigorexie : le vĂ©ritable problème n’est pas de courir beaucoup, mais de ne plus rĂ©ussir Ă s’arrĂŞter
Dans son reportage, TF1 évoque également Fabien, qui parcourt environ 4 000 kilomètres par an à raison de cinq entraînements hebdomadaires.
Un volume conséquent pour un amateur, mais qui ne suffit absolument pas à caractériser une addiction.
Fabien explique justement avoir pris conscience d’un signal prĂ©occupant : la culpabilitĂ© ressentie lorsqu’il ne pouvait pas courir.
Cette observation rejoint les descriptions de la dĂ©pendance Ă l’exercice physique.
Un marathonien qui s’entraĂ®ne six fois par semaine n’est pas nĂ©cessairement dĂ©pendant. Ă€ l’inverse, un coureur qui parcourt beaucoup moins de kilomètres peut entretenir un rapport problĂ©matique avec son activitĂ©.
La différence tient notamment à la capacité de modifier ses habitudes.
Peut-on annuler une sortie sans culpabiliser ? Accepter une semaine de repos ? Renoncer Ă une course lorsqu’on est blessĂ© ? Passer du temps avec ses proches sans avoir l’impression de sacrifier son entraĂ®nement ?
Lorsque ces situations deviennent sources d’angoisse, de conflits ou de souffrance, il peut ĂŞtre nĂ©cessaire de s’interroger.
Le service d’addictologie du CHU de Nantes souligne d’ailleurs que les estimations de dĂ©pendance au sport varient considĂ©rablement selon les Ă©tudes et les outils utilisĂ©s.
Autrement dit, courir beaucoup n’est pas une maladie. Ne plus pouvoir choisir de ne pas courir peut devenir un problème.
Pourquoi les marathoniens et les traileurs peuvent être particulièrement concernés
La course à pied présente une particularité : elle permet de mesurer presque tous les aspects de la progression.
KilomĂ©trage hebdomadaire, allure moyenne, frĂ©quence cardiaque, dĂ©nivelĂ© positif, records personnels, classement, charge d’entraĂ®nement…
Avec les montres GPS et les applications sportives, chaque séance produit des données.
Pour la majorité des coureurs, ces informations constituent simplement des outils de suivi.
Mais pour certains, elles peuvent également alimenter une recherche permanente de performance.
Une semaine avec moins de kilomètres devient une mauvaise semaine. Une séance manquée provoque de la frustration. Un chrono décevant donne immédiatement envie de préparer une revanche.
En trail, cette logique peut prendre une dimension supplémentaire.
L’enchaĂ®nement des ultras, la recherche de distances toujours plus importantes ou la volontĂ© de terminer coĂ»te que coĂ»te peuvent parfois rendre difficile l’acceptation des limites physiques.
Attention toutefois Ă ne pas confondre engagement sportif et addiction.
Participer Ă plusieurs ultras dans l’annĂ©e, prĂ©parer un objectif exigeant ou consacrer une grande partie de son temps libre Ă la montagne ne constitue pas, en soi, un comportement pathologique.
Une revue scientifique consacrĂ©e aux risques de dĂ©pendance Ă l’exercice a nĂ©anmoins identifiĂ© une proportion plus Ă©levĂ©e de sportifs prĂ©sentant des signes de dĂ©pendance dans les disciplines d’endurance que dans plusieurs autres catĂ©gories sportives.
Blessures : quand certains coureurs cherchent surtout un moyen de continuer
L’un des passages les plus rĂ©vĂ©lateurs du reportage de TF1 concerne les consultations en mĂ©decine du sport.
Le médecin interrogé explique recevoir régulièrement des sportifs blessés qui souhaitent reprendre leur activité au plus vite.
Le problème apparaĂ®t lorsque ces patients recherchent une solution leur permettant de continuer exactement comme avant, sans accepter de rĂ©duire leur charge d’entraĂ®nement.
Une douleur persistante devient alors quelque chose qu’il faut contourner.
Le repos est considéré comme une contrainte insupportable.
Et la prioritĂ© n’est plus nĂ©cessairement de guĂ©rir, mais de ne surtout pas interrompre la pratique sportive.
Cette attitude peut favoriser l’installation ou l’aggravation de certaines blessures.
Elle pose aussi une question psychologique : pourquoi est-il parfois aussi difficile, pour un coureur, d’accepter quelques jours sans courir ?
Pour certains, l’activitĂ© physique ne reprĂ©sente plus seulement un loisir. Elle est devenue un Ă©lĂ©ment central de leur Ă©quilibre Ă©motionnel, voire de leur identitĂ©.
Ne plus courir peut alors provoquer une sensation de vide, d’irritabilitĂ© ou d’anxiĂ©tĂ©.
Ces rĂ©actions ne signifient pas automatiquement qu’une personne souffre d’addiction. Leur intensitĂ©, leur rĂ©pĂ©tition et leurs consĂ©quences sur la vie quotidienne sont dĂ©terminantes.
Les 6 signes qui doivent alerter un coureur
Un rapport Ă la course Ă pied peut devenir prĂ©occupant lorsque plusieurs de ces comportements s’installent durablement :
- Vous culpabilisez fortement dès que vous manquez un entraînement.
- Vous continuez à courir malgré une blessure, une maladie ou une fatigue importante.
- Vous renoncez régulièrement à votre vie sociale ou familiale pour respecter votre programme.
- Vous augmentez sans cesse votre volume d’entraĂ®nement sans parvenir Ă vous satisfaire de vos performances.
- Vous ressentez une anxiété importante lorsque vous êtes contraint de vous arrêter.
- Vous avez perdu le plaisir de courir, mais vous continuez parce que vous vous sentez obligé.
Ces signes ne constituent pas un diagnostic. Leur prĂ©sence peut justifier un Ă©change avec un professionnel de santĂ©, notamment lorsqu’ils entraĂ®nent une souffrance ou des consĂ©quences sur la vie quotidienne.
Les complĂ©ments alimentaires ne permettent pas de compenser un excès d’entraĂ®nement
TF1 aborde également le marché de la nutrition sportive.
ProtĂ©ines, magnĂ©sium, collagène et autres produits destinĂ©s Ă accompagner l’entraĂ®nement rencontrent un succès croissant.
Dans le magasin présenté par la chaîne, les ventes de certaines références auraient été multipliées par trois en quelques années.
Le reportage évoque notamment les consommateurs qui espèrent améliorer leur récupération grâce à ces produits.
Mais un complĂ©ment alimentaire ne corrige pas une charge d’entraĂ®nement excessive.
Il ne remplace ni le sommeil, ni une alimentation adaptée, ni les périodes de récupération.
Surtout, il ne règle pas un Ă©ventuel rapport compulsif Ă l’activitĂ© physique.
Le risque serait de considérer ces produits comme une solution permettant de repousser indéfiniment les limites du corps.
Addiction au sport : le chiffre de 15 % mĂ©rite d’ĂŞtre nuancĂ©
Le reportage de TF1 avance une estimation de 10 à 15 % de sportifs réguliers concernés par des problèmes de dépendance.
Ce chiffre est impressionnant, mais il ne signifie pas que 15 % des coureurs français souffrent d’une addiction diagnostiquĂ©e.
L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) rappelle que les donnĂ©es disponibles ne permettent pas d’Ă©tablir une prĂ©valence fiable Ă l’Ă©chelle de l’ensemble des sportifs.
Les Ă©tudes utilisent des mĂ©thodes diffĂ©rentes et distinguent parfois difficilement les personnes prĂ©sentant un risque de dĂ©pendance de celles souffrant rĂ©ellement d’une addiction.
Une Ă©tude française publiĂ©e en 2026, portant sur 402 personnes interrogĂ©es dans des cabinets de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale, a ainsi identifiĂ© un risque de dĂ©pendance Ă l’exercice physique chez 8,6 % des participants pratiquant rĂ©gulièrement une activitĂ© physique.
Il s’agit lĂ encore d’un risque Ă©valuĂ© Ă partir d’un questionnaire, et non d’un diagnostic clinique.
Concernant la bigorexie, il faut Ă©galement prĂ©ciser que, malgrĂ© les rĂ©fĂ©rences frĂ©quentes Ă une reconnaissance par l’OMS en 2011, elle ne constitue pas aujourd’hui un diagnostic autonome clairement Ă©tabli dans les principales classifications psychiatriques.
La rĂ©alitĂ© des comportements compulsifs liĂ©s Ă l’exercice n’est pas remise en cause, mais leurs critères diagnostiques restent discutĂ©s.
Et si le vrai progrès consistait parfois à accepter de moins courir ?
L’histoire de Carole montre qu’une pratique devenue source de souffrance peut Ă©voluer.
Après plusieurs mois sans sport, elle a retrouvé le plaisir de chausser ses baskets.
Et c’est peut-ĂŞtre la principale leçon de ce reportage.
Dans un univers oĂą l’on valorise constamment le dĂ©passement de soi, la rĂ©gularitĂ© et la capacitĂ© Ă ne jamais abandonner, reconnaĂ®tre que l’on en fait trop n’est pas toujours facile.
Les coureurs sont encouragĂ©s Ă progresser, Ă accumuler les kilomètres, Ă viser de nouveaux records et Ă s’inscrire Ă de nouvelles compĂ©titions.
Mais cette recherche de performance ne devrait pas faire oublier une Ă©vidence : la course Ă pied doit rester une activitĂ© que l’on choisit, et non une obligation que l’on subit.
Savoir renoncer Ă un entraĂ®nement, prendre du repos ou abandonner un objectif devenu dĂ©raisonnable n’est pas nĂ©cessairement un Ă©chec.
Pour certains coureurs, c’est mĂŞme une manière de retrouver une relation plus saine avec leur sport.
Et finalement, une question mĂ©rite peut-ĂŞtre d’ĂŞtre posĂ©e Ă tous les passionnĂ©s de running et de trail : si vous deviez arrĂŞter de courir pendant deux semaines, seriez-vous simplement déçu… ou vĂ©ritablement angoissĂ© ?
Sources
- TF1, reportage consacrĂ© Ă l’addiction au sport, transcription du 23 octobre 2026.
- OFDT – Addictions comportementales : synthèse des connaissances
- CHU de Nantes – Les dépendances sportives
- Addict’Aide – Quels sont les sports les plus Ă risque d’addiction Ă l’exercice physique ?
- Étude scientifique publiée en 2026 – Exercise addiction in primary care
- Vidal – Troubles du comportement alimentaire : bigorexie et diagnostic
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.







