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🎥 Vingt heures d’entraînement par semaine, parfois davantage : chez les ultra-traileurs les plus investis, les volumes d’effort peuvent devenir considérables. Mais quelles sont les conséquences de cette pratique intensive sur le cœur ?
Dans un épisode du podcast Safe Pace, présenté par Hugo Clément et consacré aux arrêts cardiaques chez les sportifs, le cardiologue Victor Waldmann, de l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, apporte plusieurs réponses.
Selon lui, les études scientifiques ne démontrent pas d’augmentation générale de la mortalité chez les athlètes qui s’entraînent énormément. En revanche, certains troubles cardiaques peuvent être favorisés par les pratiques d’endurance très intensives. Une distinction importante pour comprendre ce qui se passe réellement dans l’organisme des coureurs de longue distance.
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5 conséquences d’un entrainement trail intensif sur votre coeur
1. Vingt heures d’entraînement par semaine provoquent des adaptations du cœur
Les ultra-traileurs habitués aux longues distances sollicitent leur système cardiovasculaire pendant des durées particulièrement importantes. Une sortie de cinq ou six heures en montagne, plusieurs séances de course dans la semaine et des entraînements complémentaires peuvent rapidement représenter quinze à vingt heures d’activité physique.
Face à cette répétition des efforts, le cœur s’adapte. Comme les autres organes impliqués dans l’endurance, il développe des capacités lui permettant de répondre aux besoins de l’organisme.
Chez les sportifs très entraînés, ces adaptations peuvent notamment se traduire par une augmentation du volume des cavités cardiaques et une meilleure capacité à propulser le sang à chaque battement. C’est ce que les médecins appellent communément le cœur d’athlète.
Ces transformations sont généralement physiologiques. Elles accompagnent l’amélioration de la condition physique et permettent de soutenir des efforts prolongés.
Mais le cardiologue Victor Waldmann précise que, dans certaines situations rares, une dilatation cardiaque peut s’accompagner d’une diminution de la force de contraction du cœur.
Il devient alors nécessaire de vérifier si cette modification correspond à une adaptation à l’entraînement ou si elle révèle une véritable maladie cardiaque.
2. Même les très gros volumes d’entraînement ne sont pas associés à une surmortalité démontrée
C’est probablement l’information la plus intéressante de cet échange pour les pratiquants d’ultra-trail.
Interrogé sur les conséquences d’une pratique dépassant vingt heures de sport par semaine, Victor Waldmann explique que les connaissances scientifiques disponibles ne mettent pas en évidence d’augmentation générale de la mortalité chez les athlètes qui s’entraînent beaucoup.
Autrement dit, accumuler des heures de course à pied, de vélo ou de natation ne signifie pas automatiquement que l’on augmente son risque de décès.
Le cardiologue rappelle qu’aucun seuil maximal d’entraînement n’a été établi à partir duquel le volume d’activité physique entraînerait systématiquement une augmentation de la mortalité.
Cette précision est importante, car elle distingue deux notions souvent confondues : les risques médicaux associés à certaines pratiques très intensives et le risque global de mortalité.
Un athlète peut présenter une probabilité plus élevée de développer certaines anomalies du rythme cardiaque sans que cela signifie nécessairement que son espérance de vie est réduite.
Les bénéfices cardiovasculaires de l’activité physique régulière restent, dans leur ensemble, largement documentés.
Il faut toutefois garder une nuance essentielle : l’absence de surmortalité démontrée ne garantit pas que tous les volumes d’entraînement soient sans risque pour tous les individus.
3. L’endurance intensive peut augmenter le risque de fibrillation atriale
Si les gros volumes d’entraînement ne sont pas associés à une augmentation générale de la mortalité, certaines conséquences cardiaques méritent néanmoins d’être surveillées.
Victor Waldmann évoque notamment la fibrillation atriale, un trouble du rythme cardiaque qui concerne les oreillettes, les deux cavités supérieures du cœur.
Lorsqu’une personne présente cette arythmie, l’activité électrique des oreillettes devient désorganisée. Le rythme cardiaque peut alors être irrégulier, parfois accéléré, et s’accompagner de palpitations, d’essoufflement ou d’une diminution des capacités à l’effort.
Le cardiologue explique que cette pathologie est observée plus fréquemment chez certains sportifs pratiquant l’endurance à très haut volume.
Les mécanismes sont complexes. Les modifications structurelles du cœur, les contraintes répétées liées à l’effort et les adaptations du système nerveux autonome pourraient contribuer à favoriser ces troubles du rythme chez certains athlètes.
Cette fibrillation atriale ne doit cependant pas être confondue avec la fibrillation ventriculaire, un trouble beaucoup plus grave pouvant provoquer un arrêt cardiaque.
Le médecin insiste sur le fait que cette augmentation du risque de certaines arythmies ne constitue pas, à elle seule, une raison de renoncer aux sports d’endurance.
4. Une dilatation excessive du cœur peut parfois nécessiter de réduire l’entraînement
Le cardiologue aborde également une autre situation, beaucoup plus rare, pouvant concerner des athlètes accumulant des charges d’entraînement considérables.
Chez certains sportifs, les examens peuvent montrer un cœur dilaté dont la capacité de contraction apparaît légèrement diminuée.
Cette observation impose de distinguer les adaptations habituelles liées à la pratique sportive d’une éventuelle cardiomyopathie, c’est-à-dire une maladie du muscle cardiaque.
Victor Waldmann explique que les médecins peuvent alors proposer une réduction temporaire de l’entraînement et surveiller l’évolution des paramètres cardiaques.
Lorsque les anomalies régressent, cette évolution peut orienter vers une adaptation liée à l’effort plutôt que vers certaines maladies sous-jacentes. Le diagnostic repose néanmoins sur un bilan médical complet.
Le cardiologue précise que ces situations restent rares.
Pour les ultra-traileurs, cela signifie qu’une modification de la taille ou du fonctionnement du cœur n’est pas automatiquement pathologique, mais qu’elle doit être interprétée par un spécialiste lorsqu’elle sort des adaptations attendues.
5. Un effort très intense sans préparation progressive peut révéler une maladie cardiaque
L’autre enseignement important du podcast concerne moins le nombre d’heures d’entraînement que la manière dont l’effort est réalisé.
Victor Waldmann explique qu’un exercice physique particulièrement intense peut momentanément augmenter le risque d’accident cardiaque chez une personne présentant une pathologie sous-jacente.
Cette situation concerne notamment les individus qui reprennent brutalement le sport après une longue période d’inactivité, ou qui s’engagent dans une compétition exigeante sans préparation suffisante.
Avec l’âge, les maladies des artères coronaires deviennent une cause majeure d’accidents cardiovasculaires à l’effort. Elles peuvent être favorisées par l’hypertension, le diabète, le tabagisme, un excès de cholestérol ou des prédispositions familiales.
Lors d’un effort intense, une plaque d’athérome présente dans une artère coronaire peut se rompre et favoriser la formation d’un caillot, susceptible d’interrompre la circulation sanguine vers une partie du muscle cardiaque.
Un trouble du rythme peut également être déclenché chez une personne porteuse d’une maladie cardiaque jusque-là inconnue.
Pour les coureurs de trail, cela rappelle l’importance d’une progression adaptée avant d’augmenter fortement les distances, le dénivelé ou l’intensité des séances.
Une longue sortie réalisée à une intensité maîtrisée et un effort maximal entrepris sans préparation ne représentent pas la même contrainte pour l’organisme.
En résumé, les examens cardiologiques restent importants, même chez les traileurs très entraînés
L’épisode de Safe Pace rappelle également qu’une excellente condition physique n’exclut pas totalement l’existence d’une anomalie cardiaque.
Le podcast revient notamment sur le décès d’un triathlète de 50 ans, présenté comme un sportif régulièrement entraîné, dont la préparation était progressive et les examens cardiologiques à jour.
Malgré ces précautions, il a été victime d’un arrêt cardiaque pendant la partie natation d’une compétition.
Victor Waldmann explique que les bilans médicaux permettent de détecter de nombreuses maladies susceptibles de provoquer des accidents graves, mais qu’ils ne peuvent pas garantir une absence totale de risque.
Chez certains patients, la cause d’un arrêt cardiaque reste même inconnue après des investigations approfondies.
Pour les sportifs qui souhaitent pratiquer la compétition à haute intensité, notamment à partir de 35 ans et en présence de facteurs de risque, une évaluation médicale individualisée peut être pertinente.
Les symptômes survenant pendant l’effort doivent également être pris au sérieux : douleurs thoraciques, palpitations inhabituelles, essoufflement inexpliqué ou sensation de malaise nécessitent l’arrêt de l’activité et une évaluation médicale appropriée, urgente lorsque les symptômes sont importants ou persistants.
Le principal enseignement de cet échange avec Victor Waldmann est que le volume d’entraînement ne permet pas, à lui seul, d’évaluer les risques cardiovasculaires d’un sportif.
Les longues heures passées à courir en montagne entraînent des adaptations cardiaques qui sont généralement bénéfiques. Les connaissances actuelles ne démontrent pas de surmortalité générale chez les athlètes qui pratiquent de très gros volumes d’endurance.
Certaines conséquences doivent toutefois être distinguées de ce constat rassurant. La fibrillation atriale peut être plus fréquente chez les sportifs d’endurance très entraînés, tandis que de rares anomalies de la structure ou de la fonction cardiaque nécessitent parfois un suivi spécialisé.
Pour un ultra-traileur, l’enjeu n’est donc pas simplement de compter les heures d’entraînement, mais de prendre en considération l’intensité des efforts, la progression de la charge, les facteurs de risque individuels et les éventuels symptômes.
Courir vingt heures par semaine ne produit pas les mêmes effets chez tous les sportifs. L’adaptation du cœur dépend aussi de l’histoire médicale, de l’âge, du niveau d’entraînement et de la nature des efforts réalisés.
Source
- podcast Safe Pace, présenté par Hugo Clément, épisode consacré aux arrêts cardiaques chez les sportifs d’endurance, avec le cardiologue Victor Waldmann, de l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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