Décès en course, et si le PPS n’avait rien à voir là-dedans ?
Décès durant le marathon des 2 rives, théâtre de la course des championnats de France de marathon
Malheureusement, c’est arrivé de nouveau. Et parce que de plus en plus de personnes se lancent dans la course à pied, indépendamment de leur niveau de pratique sportive, c’est mathématiquement une nouvelle qui sera plus régulière.
Dimanche matin, durant le marathon des 2 rives, théâtre de la course des championnats de France de marathon, un homme de 65 ans est décédé des suites d’un malaise cardiaque foudroyant.
Le coupable idéal
Depuis quelques années, à chaque nouveau décès sur une course, on remet tout de suite en cause le PPS. Il s’agit du fameux sésame permettant la validation d’une inscription à une course chronométrée qui remplace le certificat médical.
Pour l’obtenir, vous le savez sûrement, il suffit de regarder quelques vidéos de 60 à 90 secondes pour recevoir le code de validation. On se dit que c’est si simple désormais que la faute lui incombe forcément.
Et c’est vrai qu’on peut se penser protégé avec le PPS. Si j’ai mon code, c’est que je suis dans les clous pour courir.
Sauf qu’il ne s’agit là bien sûr que d’une illusion. Le PPS rassure, mais il ne protège pas : c’est un filtre administratif, pas un bouclier médical. Le PPS repose sur vos propres déclarations. Pire encore, il repose déjà sur l’idée que vous suiviez le cheminement avec les vidéos et les questions.
Maintenant que l’on doit le renouveler tous les 3 mois, on connaît le site par cœur, on n’écoute plus le contenu, on zappe les questions et voilà que cette formalité est accomplie.
Donc, oui, le PPS est le coupable idéal quand un drame de ce genre arrive.
L’hypocrisie d’un système de santé à bout de souffle
Un accident qui ne prévient pas
Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’un accident cardiaque peut survenir n’importe quand, que vous soyez en pleine pratique sportive ou non sans qu’il y ait de signes précurseurs. Le PPS ou une visite médicale n’y aurait rien changé. L’intensité de l’effort n’est d’ailleurs pas en cause et ce qui arrive avec un dossard sur le dos aurait très bien pu se passer aussi lors d’une simple sortie de routine. Sauf que les secours ne sont pas sur le bord de la route à attendre qu’un drame se produise.
Des visites médicales dans le vent
Soyez honnêtes. Combien d’entre vous ont déjà eu un certificat médical juste par complaisance de la part de votre médecin habituel, fait uniquement dans le bureau de la secrétaire ? Je ne jette la pierre à personne, mais il s’agit là d’une pratique qui n’avait rien d’inhabituelle. Le tampon d’un médecin n’avait alors pas plus de valeur que de regarder YouTube quelques minutes.
Un système de santé défaillant
La cause profonde d’un tel drame, ce n’est pas le médecin ou le PPS. C’est tout le système de santé. Quand il vous faut plusieurs mois pour obtenir le rendez-vous auprès d’un simple généraliste, il vous faut encore autant de temps pour le moindre test d’effort, on met en place des mécanismes qui permettent à ce type d’accidents d’être de plus en plus réguliers.
Le vrai scandale, ce n’est pas le PPS : c’est un système de santé trop lent, trop loin, trop saturé pour prévenir correctement avant que le drame n’arrive.
Lorsque l’on regarde de plus près les chiffres de mortalité sur marathon, on se rend compte que la France est plus sûre que dans de nombreux autres pays. Il ne s’agit pas finalement du PPS ou de l’accès à un système de santé solide, mais surtout de la présence des secours. Sur des événements de grosse ampleur, comme un marathon de Paris par exemple, il y a 1 mort pour 500 000 participants en moyenne tandis que sur tous types de courses confondues, on est à 0,75 décès pour 100 000 participants. En somme, plus une course est bien encadrée, plus la prise en charge est rapide, plus les chances de survie sont élevées.
En conclusion, ce n’est pas le PPS qui sauve ou qui tue : c’est surtout ce qu’on est capable, ou non, de faire avant le départ et au bord du parcours. Tant qu’on continuera à chercher un coupable simple au lieu de regarder l’état réel du système de soins, on passera à côté du vrai sujet.
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