Avec le programme TRACE, l’antidopage va bientôt pouvoir frapper à la porte de tous les traileurs
contrôle anti dopage à votre porte
Une agence internationale antidopage (AIASM) vient d’annoncer le déploiement de contrôles hors compétition ciblant les amateurs d’ultra-trail. Vous avez couru un 50 km l’an dernier ? Vous êtes potentiellement concerné.
Le trail rattrapé par la question qui dérange
Pendant longtemps, le trail s’est pensé à l’abri. Pas de gros contrats, pas de retransmissions télévisées, pas de culture de la performance chimique — du moins selon le récit que la communauté se raconte. L’antidopage, c’était l’affaire du cyclisme, de l’athlétisme sur piste, des sports où l’argent et la gloire justifient la triche. L’ultra-trail ? Un sport de passion, de souffrance choisie, d’authenticité. Mais ce récit vient de prendre un coup sévère.
Les affaires récentes ont fissuré le mythe. Les contrôles positifs sur des courses majeures — UTMB, Western States, Ultra-Trail du Mont Fuji — se comptent encore sur les doigts d’une main, mais leur existence même a brisé un tabou. Plus troublant : les spécialistes de la lutte antidopage pointent depuis des années que l’ultra-endurance en montagne sollicite exactement les paramètres biologiques que ciblent l’EPO, les corticoïdes et l’hormone de croissance. Transport d’oxygène, gestion de l’inflammation, récupération tissulaire — le cocktail parfait pour que la tentation existe, et pour que les contrôles soient insuffisants.
Car c’est là le point aveugle : contrairement au cyclisme, où le système de localisation obligatoire des athlètes est rodé depuis deux décennies, le trail ne dispose d’aucun dispositif structuré de contrôle hors compétition. Les tests se font en course, sur les podiums, parfois au hasard dans le peloton — mais jamais chez vous, un mardi matin, comme c’est le cas pour un coureur cycliste professionnel. C’est précisément ce vide que vient combler une annonce de l’AIASM passée relativement inaperçue. L’AIASM est une organisation indépendante fondée en 2021 sous l’égide du Protocole de Montreux. Elle regroupe à ce jour 34 fédérations nationales signataires et opère en conformité avec le Code mondial antidopage.
Décryptage & dopage : ce que le programme TRACE change pour vous
La fin de l’exception trail
Relisons la phrase clé du communiqué : « tout pratiquant, licencié ou non, ayant complété au moins une épreuve labellisée de plus de 40 km ». Pas les élites. Pas les professionnels. Tout pratiquant. Si vous avez franchi la ligne d’arrivée d’un trail de 50 kilomètres l’an dernier — avec votre dossard, votre flasque et votre barre de céréales — vous entrez dans le périmètre du programme TRACE.C’est un changement de paradigme. Jusqu’ici, les rares contrôles antidopage en trail ciblaient le haut de la pyramide : les podiums, les coureurs sous contrat, parfois un tirage au sort dans le peloton en course. TRACE renverse la logique. Il part du principe que le risque n’est pas concentré dans l’élite mais distribué dans l’ensemble de la pratique — et les arguments existent.
Comprendre : qu’est-ce qu’un contrôle hors compétition ?
Dans le sport de haut niveau, les contrôles antidopage ne se limitent pas au jour de la course. Les athlètes soumis au système dit des whereabouts (« localisations ») doivent déclarer chaque trimestre où ils se trouvent — domicile, lieu d’entraînement, déplacements — et réserver un créneau d’une heure par jour pendant lequel ils doivent être joignables pour un contrôle inopiné. Un agent peut se présenter chez vous, sans préavis, et exiger un prélèvement sanguin ou urinaire. Trois absences injustifiées en douze mois équivalent à un contrôle positif. Ce système existe depuis 2009 dans le cyclisme et l’athlétisme. Il n’avait jamais été étendu aux amateurs — jusqu’à TRACE.
Pourquoi le trail est un terrain fertile au dopage ?
Les physiologistes le répètent depuis des années : l’ultra-endurance en montagne est le terrain de jeu idéal pour certaines substances. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce qui limite la performance sur un ultra.Sur une épreuve de 100 kilomètres en montagne, trois facteurs physiologiques dominent. Le transport d’oxygène d’abord : en altitude, l’air se raréfie, et la capacité du sang à alimenter les muscles en oxygène devient le facteur limitant numéro un. L’inflammation ensuite : au-delà de 10 à 12 heures d’effort, l’organisme entre dans un état inflammatoire systémique qui détruit les fibres musculaires et dégrade les articulations. La récupération enfin : la capacité à enchaîner les blocs d’entraînement lourds — semaines à 100 km et plus — sans se blesser est ce qui sépare le coureur qui progresse de celui qui stagne.Or ces trois facteurs correspondent exactement aux cibles pharmacologiques des substances les plus surveillées dans le sport. L’EPO stimule la production de globules rouges et améliore le transport d’oxygène. Les corticoïdes suppriment l’inflammation. L’hormone de croissance accélère la réparation tissulaire et la récupération.
Comprendre : le passeport biologique de l’athlète
Le passeport biologique (ABP, pour Athlete Biological Passport) est un outil de détection indirect. Plutôt que de chercher une substance précise dans un échantillon, il suit l’évolution des marqueurs sanguins d’un athlète dans le temps. Taux d’hémoglobine, pourcentage de réticulocytes, concentration de globules rouges — chaque individu a un profil stable. Une variation anormale de ce profil, même sans identification de substance, peut constituer une violation des règles antidopage. C’est ce mécanisme qui a permis de confondre plusieurs cyclistes professionnels bien après la fin de leur carrière. Le programme TRACE prévoit d’appliquer ce même suivi longitudinal aux amateurs.
Les corticoïdes : l’angle mort du peloton amateur concernant le dopage
C’est ici que le sujet devient inconfortable. Car si l’EPO reste un produit difficile d’accès pour le coureur lambda, les corticoïdes ne le sont pas du tout. En France, la prednisolone, la bétaméthasone ou la dexaméthasone sont des médicaments courants, prescrits quotidiennement pour des pathologies banales — allergies, tendinites, lombalgies.
Combien de coureurs du peloton d’un 80 km ont pris une plaquette de corticoïdes la semaine précédant la course « pour les genoux » ou « pour passer le cap » ? La question est taboue. La réponse, ceux qui fréquentent les lignes de départ le savent, l’est encore plus. Ces pratiques existent dans une zone de flou : médicalement prescrites, légalement encadrées par le système des AUT, mais sportivement problématiques dès lors qu’elles confèrent un avantage en compétition.
Comprendre : qu’est-ce qu’une AUT ?
Une Autorisation d’Usage à des fins Thérapeutiques (AUT) permet à un athlète de prendre une substance normalement interdite, à condition qu’elle soit médicalement nécessaire et qu’elle ne confère pas d’avantage significatif. Le processus est encadré : un médecin prescrit, un comité évalue, l’autorisation est accordée ou refusée. En théorie, le système est rigoureux. En pratique, les AUT ont été le grand angle mort du cyclisme professionnel pendant deux décennies. Des équipes entières obtenaient des autorisations pour des corticoïdes, des opioïdes, des bêta-2 agonistes — sur la base de diagnostics de complaisance. L’ultra-trail, avec ses pathologies de surcharge chroniques (tendinopathies, anémie, inflammation systémique), offre un catalogue de justifications médicales parfaitement crédibles.
Vos compléments alimentaires : le risque que vous ne soupçonnez pas
Il y a un dernier angle que le communiqué effleure sans le nommer, et qui concerne potentiellement chaque lecteur de cet article. Les compléments alimentaires que vous achetez en ligne ou en boutique spécialisée ne sont pas tous ce qu’ils prétendent être.
La littérature scientifique est convergente sur ce point : selon les études, entre 12 et 25 % des compléments alimentaires vendus dans le circuit sportif contiennent des substances interdites non déclarées sur l’étiquette. Il ne s’agit pas de traces résiduelles négligeables. On parle de stéroïdes anabolisants, de stimulants, de modulateurs hormonaux — parfois à des doses pharmacologiquement actives, dans des produits portant des étiquettes rassurantes.
Comprendre : la certification des compléments
Il existe des programmes de certification indépendants qui testent les compléments alimentaires pour détecter la présence de substances interdites. Les plus reconnus sont Informed Sport, NSF Certified for Sport, et en France la norme AFNOR NF EN 17444. Un produit certifié a été analysé lot par lot et ne contient aucune substance figurant sur la liste des interdictions. Un produit non certifié n’a subi aucun contrôle de ce type — et le fabricant n’a aucune obligation légale de vérifier l’absence de contamination. Votre protéine en poudre, vos BCAA, votre booster de pré-entraînement : s’ils ne portent pas l’un de ces logos, vous n’avez aucune garantie.
Vous prenez de la DHEA pour la récupération ? Des capsules d’ashwagandha pour gérer le cortisol ? Un complexe fer-vitamines B pour lutter contre l’anémie du coureur ? Si le produit n’est pas certifié, vous jouez à la roulette. Et avec le programme TRACE, la roulette a désormais des conséquences concrètes.
Êtes-vous concerné par ces contôles anti dopage du programme Trace ?
Répondez mentalement à ces quatre questions :
- Avez-vous terminé un trail de 40 km ou plus depuis avril 2024 ?
- Avez-vous pris un anti-inflammatoire corticoïde sur ordonnance dans les 30 jours précédant une course ?
- Utilisez-vous des compléments alimentaires sans certification antidopage ?
- Avez-vous déjà reçu une injection de corticoïdes pour une blessure liée à la course ?
Si vous avez répondu oui à la première question, vous entrez dans le registre TRACE. Si vous avez répondu oui à l’une des trois suivantes, vous avez potentiellement un problème — non pas parce que vous trichez, mais parce que la frontière entre soin légitime et violation des règles antidopage est infiniment plus mince que ce que la plupart des pratiquants imaginent.
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