Thierry Corbarieu à 60 km devant tout le monde. La fin approche.
Pendant que les autres distances ont rendu leur verdict depuis longtemps, une course se poursuit encore dans le nord de la Suède.
Thierry Corbarieu est toujours en mouvement. Cinq jours, 7 heures et 56 minutes après le départ de la Laponie Arctic Ultra, le Français a parcouru 439 kilomètres sur les 500 que compte la distance reine de l’événement. Il lui reste environ 60 kilomètres. Et il les aborde avec plus de 60 kilomètres d’avance sur le deuxième. Les 185 km, les 50 km, tout le monde a déjà terminé. Corbarieu, lui, est encore sur la piste. Encore en train de pousser.
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Quand va arriver Thierry Corbarieu
À ce rythme, une arrivée demain matin semble l’hypothèse la plus probable. Mais s’il décide de prendre une pause cette nuit pour récupérer avant les derniers kilomètres, l’arrivée pourrait se décaler en matinée ou en avant-midi. Difficile de prédire quoi que ce soit avec un coureur qui gère sa course aussi à sa façon depuis le départ.
Son chrono impressionne
Si Corbarieu termine demain aux alentours de cette fenêtre, son temps total avoisinerait les 143 à 150 heures selon le moment de l’arrivée. À titre de comparaison, le vainqueur du 500 km en 2025 avait franchi la ligne en 169 heures et 30 minutes. Ce n’est pas nécessairement un record officiel, les conditions et les parcours variant d’une année à l’autre, mais ça donne une idée de l’ampleur de ce que Corbarieu est en train d’accomplir.
Une avance construite dans la stratégie
Son tracker affiche moins de 4 heures de repos déclarées en cinq jours. Mais comme Mathieu Blanchard l’a lui-même confirmé après sa victoire sur le 185 km, ces données ne reflètent pas toujours la réalité. Son propre tracker indiquait zéro sommeil alors qu’il avait bel et bien récupéré entre deux segments. On peut supposer que Corbarieu a pris davantage de repos que ce que les chiffres montrent. Ce qui reste un exploit dans tous les cas, peu importe le chiffre exact.
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L’autre côté du Laxforsberget
Il y a quelques jours, les coureurs encore en course ont traversé le Laxforsberget, une montée qui offre des panoramas immenses quand le ciel coopère. Mais tous n’ont pas eu droit au même spectacle. Pour ceux arrivés en journée, la lumière dorée et les vues dégagées. Pour les autres, ceux qui ont atteint le sommet à la nuit tombée, une tout autre expérience.
Le ciel sombre. Les températures qui chutent. Les vues qui disparaissent, remplacées par la neige, les arbres et les longues ombres projetées par les frontales sur le sentier. Et puis, dans le noir, une lueur. Les bûches de feu suédoises qui brûlent au sommet, leur fumée qui monte dans la nuit froide comme un phare au milieu de nulle part. Pour au moins un athlète qui n’avait jamais eu la chance de les voir allumées lors de ses passages précédents, ce moment a tout changé.
En haut, des tipis. Des peaux de bêtes. De la nourriture chaude. La tentation de rester un peu plus longtemps. Mais la course avance. Et les coureurs ont repris leur pulka pour redescendre vers le bruit de la rivière à Jockfall.
C’est ça, la Laponie. Pas juste des kilomètres et des statistiques. Des moments qui s’impriment pour longtemps.
La rédemption à portée de foulée
Il y a cinq semaines, Corbarieu abandonnait au Yukon Arctic Ultra. Un abandon douloureux pour un ancien vainqueur de cette même course. La Laponie, c’était sa réponse. Et quelle réponse.
S’il franchit la ligne d’arrivée en tête demain, il deviendra l’un des rares coureurs à avoir dominé de bout en bout un 500 kilomètres en autonomie dans des conditions arctiques. Une avance de 60 kilomètres construite à la force du poignet, dans une neige qui s’est ramollie avec la chaleur des derniers jours et des températures qui n’avaient rien à faire en Laponie en cette saison.
Ancien vainqueur du Yukon Arctic Ultra, Corbarieu nous rappelle exactement pourquoi il avait gagné cette course. Parce que dans le froid, l’isolement et la privation, il trouve quelque chose que peu de coureurs ont. Un moteur qui ne s’éteint pas.
Il reste 60 kilomètres.
Ce n’est plus qu’une formalité sur papier. Mais en course polaire, on ne dit jamais ça trop vite.
Auteur : Jonathan Lessard, rédacteur et coureur de sentier






