C’est presque devenu une constante : quand quelque chose ne va pas dans le trail, on nous écrit. Comme si nous étions une caisse de résonance automatique. Comme si notre rôle consistait à transformer chaque doute, chaque frustration, chaque suspicion en article.
Mais écrire n’est pas accuser. Avoir la langue bien pendue ne signifie pas pointer du doigt sans fondement. On peut questionner. On peut analyser. Mais on ne peut pas suggérer n’importe quoi, surtout lorsqu’il s’agit d’une organisation comme l’UTMB.
Oui, nous avons critiqué l’écologie. Oui, nous avons questionné le bonus mobilité. Oui, nous avons parlé de standardisation et de business. Mais quoi qu’on en pense, notre sport doit beaucoup à l’UTMB. Et personnellement, je ne laisserai pas passer des accusations sans preuve.
Voici le mail reçu ce jour. C’est la deuxième fois que nous recevons CE GENRE DE MAIL.
Hello U trail,
A quand un petit article sur l’absence de huissier/commissaire de justice sur le tirage au sort des courses UTMB.
C’est très très opaque ! On est beaucoup à se poser la question de la réalité égalitaire de celui-ci…
L’année dernière et cette année, j’ai demandé en commentaire (en les mentionnant) et bizarrement jamais de réponse.
Pour ma part, 3e tentative cette année, 3e échec malgré être sur liste d’attente.
Et pourtant, j’avais 14 Running Stones + le boost…
Bonne soirée,
Thibault
Le tirage au sort UTMB cristallise chaque année les tensions. C’est compréhensible. Derrière chaque candidature, il y a un projet, des sacrifices, des entraînements, parfois des années d’attente. L’émotion est réelle. Mais l’émotion n’est pas une preuve.
Comment fonctionne réellement le tirage au sort UTMB
Pour s’inscrire, il faut un UTMB Index valide dans la catégorie correspondante. Sans index, pas de candidature.
Les Running Stones agissent comme des tickets supplémentaires dans le tirage. Plus vous en avez, plus vos probabilités augmentent. Mais elles ne créent jamais un droit automatique au dossard.

Plus vous avez de Running Stones, plus vous augmentez statistiquement vos chances d’être tiré au sort.
Un coureur avec 24 Running Stones a davantage de probabilités qu’un coureur qui en possède 2.
Mais le système reste probabiliste : il améliore les chances, il ne sécurise pas un dossard.
2 500 dossards pour 25 000 demandes : une réalité mathématique
Environ 2 500 dossards pour près de 25 000 demandes. Cela signifie que 9 candidats sur 10 seront recalés. La frustration n’est pas une anomalie. Elle est statistiquement inévitable.
Le tirage au sort UTMB ne peut pas être compris uniquement à partir du nombre de dossards disponibles.
Oui, si l’on prend un raisonnement simplifié — 25 000 candidats pour 5 000 dossards — on pourrait dire qu’il y a 20 % de chances d’être sélectionné. Mais ce calcul ne tient pas compte du système des Running Stones.
Le tirage est pondéré. Cela signifie que les chances ne dépendent pas seulement du nombre total de candidats, mais surtout du nombre de Running Stones détenues par l’ensemble des inscrits.
-> Si 25 000 personnes ont 2 Running Stones chacune et que toi tu n’en as qu’une seule, tu as deux fois moins de “tickets” dans l’urne virtuelle. Tes probabilités chutent mécaniquement.
En 2025, pour le 100M, il y avait 8 900 candidats pour 2 500 dossards. Les candidats détenaient en moyenne 6,4 Running Stones. Cela représentait environ 56 900 “tickets” dans l’urne virtuelle.
La probabilité réelle dépend donc du nombre total de Stones en circulation et du nombre que tu possèdes. Elle n’est jamais fixe : elle varie selon la répartition globale.
-> On ne peut pas estimer ses chances uniquement à partir du ratio candidats/dossards. Le système est probabiliste et pondéré, ce qui le rend plus complexe qu’un simple tirage à 20 %.
La course se remplit seule
La demande dépasse très largement l’offre. Quel serait l’intérêt pour l’organisation de manipuler un système qui fonctionne déjà à plein régime ? La rareté crée la valeur. Le modèle est installé.
Un tri manuel serait absurde
Sélectionner 2 500 personnes “à la main” supposerait des critères subjectifs et une logistique opaque extrêmement risquée. À cette échelle, l’automatisation protège plus qu’elle n’expose.
Tricher pour quoi faire ?
Inciter à accumuler des Running Stones ? Le système le fait déjà par la probabilité. Introduire une manipulation créerait un risque réputationnel majeur pour un bénéfice incertain.
Pourquoi ces mails reviennent chaque année
Parce que la frustration cherche un responsable
Être recalé après plusieurs tentatives est difficile. Le hasard pur est brutal. Il ne récompense pas l’investissement personnel. Il applique une probabilité.
Le biais d’attribution
Nous avons tendance à expliquer nos échecs par des causes externes plutôt que par un mécanisme impersonnel. Imaginer une faille est psychologiquement plus confortable qu’accepter la malchance.
L’effet réseau
Les recalés s’expriment davantage que les sélectionnés. Sur les réseaux sociaux, les messages de frustration circulent plus que les annonces de réussite. L’impression de dysfonctionnement peut naître de ce déséquilibre.
Pour affirmer qu’un système est “bidon”, il faudrait des éléments concrets : incohérences statistiques massives, documents internes, témoignages concordants.
À défaut, on reste dans l’hypothèse.
Ce que révèle vraiment ce type de mail
L’UTMB n’est pas qu’une course. C’est un symbole. Une projection. Une consécration pour beaucoup.
Quand on n’est pas tiré au sort, ce n’est pas seulement un dossard qu’on perd. C’est un projet. Une attente. Une validation espérée.
Dans un système où la demande est dix fois supérieure à l’offre, la majorité sera déçue. Ce n’est pas une injustice ciblée. C’est une probabilité mathématique.
La frustration est légitime. Mais elle ne suffit pas à construire une accusation.
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