Pour la première fois, le Grand Raid Réunion met en scène ce que la plupart des grandes courses de trail préfèrent taire. En publiant une image humoristique représentant les favoris 2026 installés dans les rangées d’un avion long-courrier, l’organisation rappelle implicitement que participer à la Diagonale des Fous implique — pour une majorité d’élites et d’amateurs — un aller-retour aérien de plus de dix heures.
Un aller-retour Paris – La Réunion en avion émet environ 4 tonnes de CO₂ par personne
C’est le double de ce qu’un individu devrait émettre en une année entière pour respecter les objectifs climatiques de l’Accord de Paris (≈ 2 tonnes). Ce seul vol représente donc une empreinte carbone très élevée, particulièrement problématique dans un sport qui se revendique proche de la nature. C’est une contradiction de plus en plus difficile à ignorer.
La communication de la Diagonale des Fous marque un tournant
Le ton se veut léger : « Tu t’assois où ? » Mais le message, lui, ne l’est pas. Derrière la mise en scène décalée se profile, sans être jamais formulée, une prise en compte de l’empreinte carbone du trail moderne. Cette publication, même humoristique, tranche avec la tradition du silence. Jusqu’ici, ces questions étaient portées par des coureurs engagés ou des voix critiques extérieures. L’institution Grand Raid, cette fois, montre — sans commenter.
Une reconnaissance implicite de l’impact carbone
L’image publiée le 4 février 2026 n’est pas anodine. Elle aligne, dans une cabine fictive d’avion, les figures les plus emblématiques du trail mondial : Kilian Jornet, Courtney Dauwalter, Mathieu Blanchard, Benoît Girondel, et bien d’autres. Le message est clair pour qui veut bien le voir : ces athlètes, pour venir courir à La Réunion, prennent tous l’avion. La Diagonale des Fous incarne pleinement cette logique mondialisée. Chaque année, des centaines de coureurs internationaux rallient l’île par voie aérienne. Jusqu’ici, l’argument économique suffisait à évacuer la question. Mais cette fois, l’image pose le débat : faut-il continuer à passer sous silence ce coût climatique ?
Entre enjeux climatiques et réalités économiques
Il serait réducteur d’ignorer les spécificités du territoire. La Réunion tire une part essentielle de ses ressources du tourisme, et le Grand Raid constitue un levier économique important. Hôtellerie, restauration, transports, prestataires locaux : toute une économie dépend de cet afflux ponctuel. Mais faut-il pour autant écarter toute réflexion ? Le paradoxe devient de plus en plus visible. Peut-on défendre un trail durable et en même temps attirer des milliers de coureurs à des milliers de kilomètres ? Des pistes existent : favoriser les coureurs locaux, limiter les invitations, compenser les émissions. À l’inverse, certains évoquent — de manière volontairement provocatrice — l’idée d’une Diagonale réservée aux Réunionnais. Hypothèse extrême, certes, mais qui dit bien le malaise croissant.
Une rupture silencieuse, mais assumée
En choisissant d’utiliser l’humour, le Grand Raid ne revendique rien. Mais il montre. Et ce simple acte de communication marque une inflexion. Pour la première fois, l’image officielle de la course ne montre pas un sentier, un sommet ou un volcan. Elle montre un avion. Et elle fait entrer, sans discours, le trail dans l’ère des contradictions climatiques. Ce n’est pas un plan d’action. Ce n’est pas une remise en cause du modèle. Mais c’est une reconnaissance involontaire : celle d’un écart grandissant entre les idéaux du trail et ses usages réels.
Le Grand Raid ne reconnaît rien.
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