Le film était annoncé depuis un an, et Mathieu Blanchard avait ravivé l’attente il y a quelques jours avec un teaser glacial sur ses réseaux.
C’est désormais officiel : l’aventure de la Yukon Arctic Ultra 2025 va devenir un film. Son titre, « L’Appel du Silence », fait écho à Jack London et à la rudesse des territoires du Nord. Un film de 52 minutes signé Rising Story, en immersion totale dans une course où le silence est aussi pesant que le froid.
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Le film de Mathieu Blanchard, L’appel du silence : un teaser soigné, une sortie parfaitement orchestrée
Mathieu Blanchard ne laisse rien au hasard. Depuis plusieurs semaines, les signes s’accumulaient : bande-annonce intense, clins d’œil littéraires, posts énigmatiques… Le 29 janvier, trois jours avant le départ de la Yukon Arctic Ultra 2026, il lève le voile : un film retraçant son aventure de 2025, réalisé par Colin Olivero et Mathis Decroux, avec la musique de Worakls.
Derrière la mise en scène, un clin d’œil assumé à Jack London
Blanchard a plusieurs fois mentionné son admiration pour L’Appel de la forêt, et le titre de son film s’en inspire ouvertement. Chaque publication, chaque interview semble s’inscrire dans une narration réfléchie. Après sa Yukon Arctic Ultra, il passait sur les plateaux télé, évoquait la voile… quelques mois plus tard, il prenait le départ de la Transat. Blanchard ne raconte pas seulement une aventure : il construit un récit. Un parcours balisé, structuré, cohérent. Cette rigueur impressionne, mais certains y voient une mécanique trop bien huilée, qui laisse peu de place à la spontanéité.
Un récit de survie de 52 minutes
« L’Appel du Silence » n’est pas un film de trail classique. C’est un voyage au cœur du froid extrême, entre solitude, fatigue, introspection. En février 2025, Blanchard avait parcouru 600 km dans le Yukon, seul, à pied, dans des conditions extrêmes. Ce film retrace cette immersion, vécue comme une coupure avec le monde formaté du trail. Loin du chrono, on y suit un homme confronté à lui-même, à ses limites. Une œuvre sensorielle, visuelle, profondément intime.
Une annonce forte… au moment où un autre s’élance
L’annonce du film intervient alors que la Yukon Arctic Ultra 2026 s’apprête à démarrer. Un autre Français, Guillaume Grima, finisher en 2025 lui aussi, retourne sur le parcours. Blanchard choisit de publier son film trois jours avant le départ. Coïncidence ou stratégie ? Le calendrier interroge. Grima, qui symbolise aujourd’hui une nouvelle génération sur ces défis extrêmes, mérite lui aussi d’être mis en lumière. Espérons que le film ne viendra pas effacer cette actualité toute fraîche.
Blanchard, entre storytelling et quête d’ailleurs
Ce film s’inscrit dans une trajectoire cohérente : après l’ultra-trail, la mer, le livre, le podcast… voici l’image. Plus qu’un simple documentaire, « L’Appel du Silence » est une pierre de plus dans la construction de sa légende. Un récit personnel, tourné vers l’essentiel, la nature, le dépouillement. Mais cette sincérité assumée cohabite avec une communication finement orchestrée. Un équilibre délicat, entre authenticité et maîtrise narrative.
Un projet soutenu par les meilleurs du genre
À la réalisation : Colin Olivero, Mathis Decroux. Au graphisme : Fullstory. À la bande-son : Worakls et Melodio. Avec des partenaires comme Salomon et Berocca, le projet bénéficie d’un écosystème solide. L’esthétique s’annonce léchée, le rythme précis, le rendu immersif. Les projections à venir devraient attirer un large public. Une promesse de voyage dans l’extrême.
En résumé : une œuvre forte… mais à double tranchant
Le film ne se présente pas comme un simple documentaire. Avec affiche officielle, bande originale, sortie cinéma, il flirte avec les codes du récit épique.

Ce glissement vers une esthétique de fiction questionne : sommes-nous encore dans le témoignage sportif, ou déjà dans une forme de mythe personnel ? Chacun y verra ce qu’il veut. Mais le constat est là : dans le trail aussi, la frontière entre réel et récit devient plus floue.
Avec L’Appel du Silence, Blanchard franchit une nouvelle étape. Il transforme son parcours en matière à film, à transmission, à image. Une démarche aboutie, puissante. Mais qui interroge par sa perfection même : à force de tout scénariser, on peut perdre l’émotion brute. Celle qui naît de l’imprévu, du chaos, du vivant.
Pendant ce temps, d’autres poursuivent leur route, loin des caméras. Guillaume Grima, par exemple, repart dans le Yukon sans projecteurs, sans storytelling. Ce n’est pas une critique de Blanchard, mais un rappel : le trail se vit aussi dans le silence – le vrai.
Cette analyse ne vise personne. Elle interroge une tendance plus large : celle d’un sport qui se raconte de plus en plus en images. À trop vouloir tout maîtriser, le trail risque-t-il de perdre son âme ? C’est une question ouverte, qui nous concerne tous.
Cet article relève d’un travail d’analyse journalistique, dans le respect du droit à la critique, à l’information et à l’opinion. Il ne vise en aucun cas à attaquer personnellement Mathieu Blanchard, Guillaume Grima ou toute autre personne citée. Aucune intention diffamatoire ne guide cette publication.
Nous saluons pleinement les performances sportives évoquées et reconnaissons le rôle majeur que joue Mathieu Blanchard dans le développement du trail et dans la médiatisation de ses pratiques extrêmes. Notre objectif ici est de questionner les logiques de communication dans le sport d’endurance, et plus largement les évolutions récentes du storytelling dans le trail running.
Les opinions formulées dans ce texte engagent uniquement notre rédaction. Toute demande de rectification fondée, contextualisation complémentaire ou droit de réponse sera bien entendu étudiée avec attention.






