Clemquicourt ne veut pas, mais il n’a pas le choix alors il a peur.
Il a la peur de lasser, la crainte de trahir une communauté, l’angoisse de transformer une aventure sportive en vitrine commerciale. Derrière son message très transparent sur les coûts, les sponsors, les choix éditoriaux et la difficulté de financer des projets ambitieux sans se renier,
ClemQuiCourt met le doigt sur une tension centrale du trail moderne : comment grandir sans se vendre.
Ce discours n’est pas anodin. Il raconte l’évolution d’un sport qui a changé d’échelle. Le trail n’est plus un simple loisir de passionnés filmés avec une caméra embarquée et un montage artisanal. Aujourd’hui, un film sur l’UTMB coûte le prix d’une petite production télé, des projets d’aventure se chiffrent en dizaines de milliers d’euros, les créateurs deviennent des médias, et les médias deviennent des entreprises. À partir de là, l’argent n’est plus un tabou, mais une contrainte structurelle.
Ce que révèle ce message, c’est que le trail est entré dans l’ère de la professionnalisation totale, y compris pour ceux qui, à l’origine, ne voulaient “juste” partager leur passion.
Communautés fidèles, algorithmes, attentes de qualité, concurrence entre créateurs, pression de la régularité : tout pousse à une forme d’industrialisation douce. Et dans ce contexte, refuser de devenir un “panneau publicitaire” est presque un acte militant.
Mais ce refus a un coût. Du temps, de l’énergie, des arbitrages permanents. Chercher des partenaires compatibles avec ses valeurs, expliquer, justifier, rassurer, convaincre sa communauté comme ses sponsors. À long terme, cette posture est exigeante, parfois épuisante. Le modèle économique du trail médiatique est encore jeune, instable, fragile. Les revenus ne sont pas garantis, la fidélité des audiences encore moins, et l’équilibre entre indépendance éditoriale et viabilité financière reste précaire.
Et c’est là que le parallèle avec l’ensemble du milieu du trail est évident.
Les coureurs élites, les teams, les organisateurs, les médias, les créateurs de contenu : tous commencent avec une idée romantique du sport, puis se heurtent à la même réalité. Le temps manque, l’argent devient une nécessité, les compromis s’accumulent. On veut faire autrement, plus proprement, plus lentement, plus sincèrement. Mais le rythme du système finit toujours par rattraper les intentions.
ClemQuiCourt dit aujourd’hui qu’il ne veut pas devenir un panneau publicitaire.
Il a raison de le dire, et surtout de le poser publiquement. Mais comme beaucoup avant lui, et comme beaucoup après lui, il découvrira que dans un écosystème où tout s’accélère, où l’audience grandit plus vite que les modèles économiques, tenir cette ligne demande une énergie énorme. Et que, tôt ou tard, le temps manque pour tout faire parfaitement.
En résumé, ce n’est pas un renoncement.
C’est la photographie lucide d’un trail qui change d’époque, qui passe de la passion artisanale à une économie de créateurs, d’images, de marques et de récits. Un trail qui cherche encore comment rester sincère sans devenir une vitrine. Et qui, comme ses figures les plus visibles, avance en équilibre, sur une arête étroite entre liberté et nécessité.
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