Ecouter le résumé de cet article sur la place des femmes dans le trail
Pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans l’ultra-trail, alors qu’elles sont presque à parité sur les formats plus courts ?
Pour Olivier Bessy, sociologue et auteur de plusieurs ouvrages sur la course à pied, la réponse ne laisse pas de place au doute : l’univers de l’endurance extrême reste structuré par des normes masculines. Ce n’est pas le corps des femmes qui les empêche de s’inscrire, mais le regard que la société porte encore sur elles. Dans une interview accordée à ÀBLOCK, il démonte les mythes et démonte, surtout, les verrous d’un monde du trail encore trop codé.
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L’ultra-trail, territoire masculin depuis toujours
Au jogging du dimanche, la parité est presque là. Mais dès que les kilomètres s’allongent, les chiffres chutent : en ultra-trail, les femmes représentent à peine 10 à 12 % des inscrits, et ce chiffre n’évolue plus depuis vingt ans. Ce n’est pas nouveau : dès les années 1980, les disciplines extrêmes comme le 100 km ou l’ultra sur bitume étaient dominées par les hommes. Les premières femmes à s’y aventurer venaient souvent de milieux sociaux très favorisés, avec des familles ouvertes à l’aventure. Pour les autres, l’accès est resté verrouillé.
On leur a appris à ne pas oser
La barrière principale n’est ni physique, ni financière, ni temporelle : elle est culturelle. Depuis l’enfance, les filles sont moins encouragées à se dépasser, à prendre des risques, à investir leur corps dans la douleur ou l’effort long. Elles font de la danse, de la gym, rarement du cross ou du VTT. On leur apprend à rester propres, discrètes, et pas à se salir dans la boue d’un ultra de 100 bornes. Résultat : elles ne se sentent pas légitimes. Même quand elles en ont les capacités. Même quand elles en ont l’envie.
Le trail est un monde codé par les hommes, pour les hommes
La manière dont on parle du trail n’aide pas. Les récits dominants sont construits autour de la performance, de l’héroïsation, de la souffrance valorisée. Des codes masculins qui laissent peu de place à d’autres formes de rapport à la course. Olivier Bessy explique : « tant qu’on glorifie des surhommes, les femmes ne s’y projettent pas ». Et tant que 95 % des organisateurs de courses sont des hommes, ce sont leurs normes qui dominent. Courses toujours plus dures. Toujours plus longues. Toujours plus exclusives.
Les femmes apportent une autre vision du sport
Pourtant, quand elles s’élancent, les femmes montrent qu’elles sont tout aussi capables. Voire plus résistantes, plus stratèges, plus régulières. Leur rapport à la course est souvent moins centré sur le chrono, plus axé sur le vécu, le paysage, les échanges avec les autres. Une approche que Bessy qualifie de « transmoderne » : moins dominatrice, plus respectueuse. Moins dans l’écrasement de l’autre, plus dans l’introspection. Ce n’est pas un mythe : c’est une autre manière de pratiquer.
Quotas, mixité, récit collectif : des leviers pour changer. Comment donner envie aux femmes de faire du trail et de l’ultra-trail
Pour changer la donne, il faut agir sur tous les fronts. L’éducation, d’abord, en donnant aux filles l’envie d’oser. L’EPS a un rôle fondamental. Les quotas, ensuite : certaines courses comme l’Ultra Trail du Vercors réservent 20 % de leurs dossards aux femmes, avec un succès immédiat. Les récits, enfin : il est temps que les médias cessent de ne montrer que des hommes. Il est temps que les amateurs eux-mêmes valorisent des formes de performance différentes.
Les courses 100% femmes ne sont pas la solution
Mais attention : les courses 100 % femmes ne sont pas la solution miracle. Elles peuvent aider à franchir un cap, mais si elles deviennent la norme, on retombe dans la séparation. Et donc dans la marginalisation. Le trail doit évoluer avec les femmes, pas à côté d’elles. Il faut des femmes partout : sur les lignes de départ, mais aussi dans les équipes organisatrices, dans les fédés, dans les médias.
Le trail féminin progresse, surtout sur les distances intermédiaires.
Sur 5 ou 10 km, elles représentent parfois 40 % des participants. Sur marathon, on descend à 25-30 %. Sur 100 km, à peine 15 %, et en ultra, le plafond de verre reste bien réel. Mais le contexte change. Depuis le COVID, le sens même de la course évolue : on court moins pour gagner, plus pour se comprendre. C’est cette brèche qu’il faut agrandir.
En résumé, le trail n’échappe pas au patriarcat.
Il en est même un miroir grossissant. Mais ce n’est pas une fatalité. En changeant les règles du jeu – éducatives, symboliques, organisationnelles – on peut rendre l’ultra plus ouvert, plus juste, plus riche. Et offrir aux femmes la place qu’elles méritent, non pas parce qu’elles doivent l’arracher, mais parce qu’elles la construisent.






