Et si on arrêtait de croire que « plus c’est long, plus c’est dur » ?
Dans l’imaginaire collectif, l’ultra-trail serait le sommet absolu de la souffrance, du dépassement et de la noblesse sportive. Courir cent kilomètres ou plus ? C’est héroïque. Enchaîner deux nuits sans dormir ? C’est admirable. Mais sur le terrain, c’est parfois un peu plus complexe que ça. Et de plus en plus de traileurs redonnent ses lettres de noblesse à un format trop souvent sous-estimé : le trail court. Car en vérité, ce sont bien les distances courtes qui poussent le corps à ses limites.
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Le trail court, c’est courir vite, sur du technique, sans droit à l’erreur
Le trail court, c’est brutal. C’est sans filet. Quand on prend le départ d’un 25 ou 35 kilomètres avec 1 800 mètres de D+, on n’a pas le temps de se poser, de gérer, de marcher dix minutes pour “revenir”. Il faut partir fort, relancer à chaque virage, descendre sans hésiter, monter sans exploser.
L’intensité est maximale, le cardio est en zone rouge dès le départ et les jambes doivent tout encaisser, tout de suite. Le rythme est violent. C’est de la boxe sur sentier.
Dans un ultra, on s’arrête aux ravitos, on trottine, on optimise sa gestion. Dans un trail court, le chrono ne pardonne pas. La moindre hésitation dans une descente, le moindre arrêt dans une bosse, et la course est perdue.
L’intensité du trail court se mesure en lactate, pas en kilomètres
Le corps ne réagit pas de la même façon à un effort long et lent qu’à un effort court et intense. Dans les formats courts, on accumule du lactate, on sollicite plus les fibres rapides, on joue avec ses limites cardiaques, musculaires, mentales. Ce sont des courses où l’on explose ou l’on brille. L’entre-deux n’existe pas.
Là où l’ultra devient une affaire de patience, de résilience, presque de gestion logistique, le trail court est une guerre de vitesse et de précision.
C’est souvent bien plus technique
C’est un paradoxe que beaucoup ne veulent pas voir. Plus c’est long, plus c’est roulant. Pour rendre accessibles les très longues distances, les organisateurs limitent souvent la technicité. L’idée, c’est que ça reste faisable après 20 ou 30 heures de course. Résultat ? Des sentiers larges, peu de dévers, peu d’exposition, des descentes adoucies, un balisage hyper clair.
À l’inverse, les trails courts s’autorisent tout. Des montées droit dans la pente, des descentes glissantes, des crêtes engagées, des pas d’escalade, des traversées de pierriers, de névés, de ravins. Pas besoin de rendre le parcours “jouable à 4h du matin après 110 bornes”. On peut tout mettre, et les coureurs doivent tout encaisser.
C’est là que les meilleurs s’affrontent
Regardez les Golden Trail World Series. Les formats sont courts, explosifs, intenses. Et c’est là que les plus grands noms du trail mondial s’alignent. On y retrouve Stian Angermund, Rémi Bonnet, Maude Mathys, Sophia Laukli, Elhousine Elazzaoui… Tous des monstres d’efficacité sur des formats courts et hyper techniques.
Pourquoi ? Parce que c’est là que se joue la performance pure. La vitesse. La science du placement. L’art de la descente. La gestion des relances. Le trail court ne laisse aucune marge.
C’est plus moderne, plus télévisuel, plus fun
Soyons clairs : un ultra de 30 heures, c’est passionnant à vivre, mais souvent indigeste à suivre. En trail court, tout se joue en deux heures, parfois moins. Comme un 10 km sur route ou un semi. C’est lisible. Clair. Spectaculaire. Une montée, une descente, une attaque, un podium.
Les formats courts correspondent aussi à une nouvelle génération de coureurs : rapide, explosive, mobile, friande d’intensité. Le public aussi s’y retrouve : finishers en 2h ou 3h, au lieu de 40h. C’est motivant, accessible, moins intimidant.
La difficulté n’est pas une question de kilomètres. Elle dépend de l’intensité, du terrain, du rythme imposé, du type d’effort. Un trail court très technique, couru à fond, est souvent plus traumatisant pour le corps qu’un ultra bien géré.
Un traileur moyen peut “survivre” à un 100 km en marchant beaucoup. Mais il ne tiendra pas 25 km à bloc sur un parcours engagé. L’ultra use, le trail court brûle.
En résumé, il est temps d’en finir avec cette hiérarchie implicite qui place l’ultra-trail au sommet et relègue les formats courts au rang de simple échauffement.
C’est souvent sur les distances courtes que se joue la vérité sportive.
Courir court, ce n’est pas courir moins. C’est courir plus fort. Plus juste. Plus technique. Plus concentré.
Et en 2026, si vous voulez vraiment vous challenger… ce n’est peut-être pas un 100 miles qu’il vous faut. Mais un 25 bornes bien violent.
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