Record de l’Everest sur tapis, société du « toujours plus » et perte de sens dans le sport : on fait le point
analyse du record du monde d’Everest sur tapis
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record du monde d’Everest sur tapis – le 21 décembre 2025, un coureur américain du nom de Tyler Andrews a battu le record du monde d’Everesting sur tapis de course.
En courant pendant 8 heures, 17 minutes et 9 secondes sur un tapis incliné à 20 %, il a cumulé 8 848 mètres de dénivelé positif, soit l’altitude du mont Everest.
L’événement, organisé dans une boutique La Sportiva à Boulder (Colorado), a été salué par les fans de l’athlète comme un exploit physique hors normes. Et sur ce point, il n’y a pas débat : oui, c’est dur.
Mais est-ce que ça suffit pour le qualifier de « grand » ou même de « sensé » ? C’est là que ça coince.
Oui, c’est dur. Mais est-ce que ça a du sens ?
Personne ne remet en question l’engagement physique que demande ce type de défi. Monter un tapis incliné à 20 % pendant plus de huit heures, c’est épuisant, ingrat, répétitif. Il faut du mental, de la ténacité, une résistance au mal absolument remarquable.
Mais à un moment donné, il faut se poser la question : souffrir, oui, mais pour quoi ?
Un tapis n’est pas une montagne. Il n’y a ni terrain, ni météo, ni exposition, ni choix de ligne, ni gestion du matériel. Ce n’est pas du trail, ce n’est pas de la montagne, ce n’est même pas du sport au sens noble : c’est une démonstration de capacité à encaisser un stimulus vertical, de façon purement artificielle. Une souffrance désincarnée, dont la seule finalité est… d’additionner des chiffres.
L’Everest n’est pas une unité de mesure
Là où ce type de record dérange profondément, c’est dans son utilisation du mot « Everest ».
L’Everest, dans l’histoire de l’alpinisme, c’est plus qu’une altitude. C’est un mythe, un rêve, un lieu de tragédies humaines, de dépassements vertigineux, de corps gelés qui ne redescendront jamais. Y monter, c’est faire face à l’oxygène qui manque, au vertige, au froid extrême, à la fatigue hallucinatoire.
Réduire ça à « 8 848 mètres de D+ » sur un tapis de course, c’est une forme de contresens. C’est comme prétendre avoir « fait la Transat » parce qu’on a ramé huit heures sur un rameur Concept2 dans une salle de sport. Non seulement ça n’a rien à voir, mais ça banalise quelque chose qui, justement, ne devrait jamais l’être.
L’argument « mieux que rester devant la télé » est un piège
Suite à la publication de notre article, un commentaire sur Facebook a résumé l’état d’esprit de certains :

Certes. Mais faut-il, pour autant, applaudir n’importe quoi, au prétexte qu’il y a plus passif, plus gras, plus lamentable ?
Ce type de raisonnement est une pente glissante : si on part de là, on peut valider toutes les dérives du sport-spectacle, tant qu’elles sont « mieux que rien ».
Il y a toujours pire que nous… mais est-ce un argument valable ?
Ce n’est pas parce que certains passent leur vie avachis sur un canapé qu’il faut s’extasier devant un record de kilomètres en arrière dans une piscine ou un Ironman couru déguisé en dinosaure. La médiocrité des uns ne justifie pas les absurdités des autres.
Il y a toujours pire que nous… mais est-ce un argument valable ?
C’est une tentation classique : pour défendre quelque chose de discutable, on le compare à pire. « C’est pas si grave », « au moins il bouge », « y en a qui font rien »… Mais ce raisonnement, appliqué à grande échelle, permet de justifier tout et n’importe quoi. À ce compte-là, il y a toujours pire que nous : alors quoi, on valide tous les excès, tant qu’ils sont moins pires que d’autres ?
Ce n’est pas parce qu’on vit dans une société où certains ne bougent plus du canapé qu’on doit applaudir tout ce qui fait transpirer. Ce n’est pas parce que certains mangent mal qu’on doit s’extasier devant un gars qui se force à courir huit heures sur place. Ce n’est pas parce que certains sombrent dans l’inaction que la souffrance devient une valeur en soi.
La médiocrité d’un comportement ne transforme pas un autre comportement absurde en modèle. C’est un piège logique. Un raccourci. Et surtout : une manière de fuir le vrai débat sur le sens de nos actions, en trail comme ailleurs.
Faut-il applaudir tout ce qui impressionne ?
Le vrai problème, c’est que notre société est en train de glisser vers une forme d’obsession pour le record inutile, le chiffre impressionnant, la souffrance gratuite. Plus c’est extrême, plus ça fascine. Même si c’est vide. Même si c’est absurde.
Dans ce monde-là, l’exploit devient un produit marketing. On « grimpe l’Everest » sur tapis, on « fait l’UTMB » sur Zwift, on « bat des records du monde » qui ne veulent plus rien dire. Et pendant ce temps-là, le sens s’efface.
Courir, ce n’est pas simplement empiler des chiffres. C’est vivre quelque chose. Sentir, voir, choisir, douter, se tromper, recommencer. La performance, quand elle dépasse la réalité, devient une caricature d’elle-même.
Respect pour l’athlète. Mais pas pour l’idée.
Soyons clairs : Tyler Andrews est un athlète admirable. Il a survécu à une aplasie médullaire. Il détient 92 FKTs. Il est engagé, humble, et donne du sens à son parcours en soutenant de jeunes athlètes via sa fondation.
Mais ce n’est pas parce qu’il est remarquable qu’il faut valider toutes les idées qu’on lui propose. Ce record n’est pas un hommage à la montagne. Il n’est pas un clin d’œil à l’alpinisme. Il est une démonstration de puissance verticale dans un cadre stérile, marketé comme un sommet.
Et c’est là qu’il devient absurde.
Le record du monde d’Everest sur tapis, en résumé
- Oui, le record de Tyler Andrews est dur physiquement.
- Non, ce n’est pas une ascension de l’Everest.
- Non, souffrir longtemps sur un tapis n’est pas forcément admirable.
- Oui, on peut respecter l’athlète sans valider la performance.
- Non, ce n’est pas parce que d’autres ne font rien qu’on doit dire amen à tout.






