Les déclaration de Germain Grangier ont-elles brisé un tabou ?
NOTRE VIDEO SUR LES CHAUSSURES À PLAQUE CARBONE
Le chaussures de trail à plaque carbone ont révolutionné la course à pied. Mais à quel prix ?
En une décennie, les chaussures à plaque carbone ont fait exploser les chronos et bouleversé les codes de la performance. Mais derrière la promesse d’une foulée plus efficace, les premiers signaux d’alerte se multiplient. Fractures de fatigue, douleurs inhabituelles, troubles neurologiques : les témoignages affluent, les études s’accélèrent, et même les plus grands médias commencent à s’inquiéter. Le cas de Germain Grangier a permis de tirer la sonnette d’alarme.
Dix ans après leur apparition, les chaussures carbone ne sont plus au-dessus de tout soupçon.
Le 14 janvier 2026, uTrail publiait un article inédit sur la pathologie neurologique rare qui a failli mettre fin à la carrière de Germain Grangier.
Au cœur de cette enquête : une suspicion nouvelle et dérangeante. L’un des meilleurs ultra-traileurs français, opéré pour une compression neurodynamique, évoquait sans détour l’éventuelle responsabilité de certains modèles de chaussures de trail dans l’apparition de ses symptômes. Pour la première fois, un athlète de haut niveau mettait en lien l’évolution du matériel — plaques carbone, nouvelles mousses, hauteur de semelle — avec un trouble neurologique périphérique invalidant.
Depuis cette publication, les retours ont été nombreux. Coureurs anonymes, kinés, médecins du sport, tous ont confirmé que cette piste méritait d’être prise au sérieux. Et voilà qu’à peine deux jours plus tard, le quotidien L’Équipe publie à son tour un article sur les effets secondaires potentiels des chaussures carbone. Aucun lien n’est fait avec notre publication, ni avec le cas Grangier. Mais le sujet est posé dans un média grand public. L’heure semble venue d’ouvrir franchement le débat.
L’Équipe s’empare du sujet des chaussures à plaque carbone : les blessures se multiplient
Dans un long papier publié le 16 janvier, la rubrique « Respire » de L’Équipe s’interroge : les chaussures carbone sont-elles en train de générer un nouveau type de blessures ? Plusieurs athlètes sont cités : Mathilde Sénéchal, Baptiste Mischler, Jacques Ehrmann. Tous rapportent des fractures de fatigue apparues sans cause évidente, si ce n’est une utilisation prolongée de chaussures dotées de plaque carbone.
Le diagnostic partagé par les médecins du sport est encore prudent, mais les indices s’accumulent : douleurs au sacrum, instabilité du bassin, surcharge tendineuse… Les chaussures carbone modifieraient la foulée, déplaceraient les contraintes mécaniques, et pourraient engendrer des microtraumatismes là où on n’en voyait pas auparavant. Une plainte a même été déposée aux États-Unis contre Nike, après une fracture présumée liée au modèle Alphafly 2.
Un outil de performance, mais pas sans contreparties
Depuis leur arrivée dans les pelotons élites en 2016, les chaussures carbone ont révolutionné la course sur route. En boostant le retour d’énergie, elles ont permis des gains de performance spectaculaires. Le problème, c’est que cette propulsion modifie profondément les appuis, la dynamique du pied, et la sollicitation de toute la chaîne postérieure. Pour les corps préparés, cela peut être un levier. Mais pour les autres, cela devient un choc mécanique mal absorbé.
Plusieurs experts interrogés par L’Équipe le reconnaissent : les tendons d’Achille, les mollets, l’aponévrose plantaire sont soumis à des tensions accrues. Le professeur Gérard Dine parle même d’une « délocalisation » des contraintes vers de nouvelles zones osseuses, comme le bassin ou le sacrum. Chez les femmes, dont la densité osseuse est parfois fragilisée par l’aménorrhée, le risque de fracture serait triplé.
Des chaussures à manier avec précaution
Le consensus médical commence à émerger. Oui, ces chaussures peuvent être bénéfiques. Mais non, elles ne sont pas anodines. L’utilisation doit être progressive, intégrée par petites touches à l’entraînement, et non imposée brutalement sur des volumes entiers. Certains kinés recommandent de ne pas dépasser 10 % du kilométrage hebdomadaire en carbone lors des premières semaines d’usage. D’autres rappellent qu’en dessous de 15 km/h de moyenne, l’effet de propulsion est marginal, voire inexistant.
Autrement dit : ces chaussures sont des outils de pointe, destinés à un public très entraîné. Chez les coureurs plus amateurs ou fragilisés, elles peuvent s’avérer inutiles au mieux… et blessantes au pire. Le marketing les a rendues sexy, mais leur biocompatibilité reste très personnelle. Une chaussure peut convenir parfaitement à une biomécanique, et détruire une autre. Ce n’est pas la technologie qui est en cause, mais son usage hors contexte.
En résumé, le cas Grangier est sans doute le plus extrême.
Il met en lumière une pathologie peu connue, la compression neurodynamique, mais surtout, il nous oblige à réfléchir. L’industrie du running avance vite. Trop vite, parfois, pour que la science ait le temps de suivre. Les effets des plaques carbone, des nouvelles mousses, des semelles épaisses sont encore largement sous-étudiés.
Ce n’est pas une croisade contre l’innovation. C’est un appel à la rigueur. À mieux comprendre ce que l’on met à nos pieds. À redonner au corps une place dans la conversation, avant les records, les chronos ou les effets d’annonce. La performance ne doit pas anesthésier l’analyse. Et si la parole d’un traileur, relayée par un petit média indépendant, peut faire bouger les lignes, alors il était temps que quelqu’un ose la prononcer.
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