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Elle n’avait encore jamais porté un dossard en trail.
Et pourtant, dès sa première apparition hors stade, Shelby Houlihan n’a pas simplement gagné chez les femmes. Elle a gagné la course, tout court. Une victoire au scratch, avec plusieurs minutes d’avance sur le premier homme, qui relance instantanément le débat autour de son retour au plus haut niveau.
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Shelby Houlihan suspendue pour dopage a remporté un trail de 24 km avec 500 d+ aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis – Le 3 janvier 2026, à Phoenix (Arizona), Shelby Houlihan s’aligne au départ du Christiansen Trail Run, une course de 24 km au profil accidenté, cumulant environ 500 m de dénivelé positif.
Résultat : 1 h 34 min 12 s, une allure moyenne impressionnante sur terrain technique, et surtout près de 7 minutes d’avance sur le premier homme à l’arrivée. Elle établit au passage le record féminin du parcours.
Dans un sport où les victoires féminines au scratch restent exceptionnelles, surtout sur ce format, la performance interpelle immédiatement la communauté trail.
Un retour scruté de près après une suspension de 4 ans pour dopage
Cette victoire ne peut être dissociée du contexte. Shelby Houlihan revient à la compétition après une suspension de 4 ans pour dopage, purgée entre 2021 et 2025, à la suite d’un contrôle positif au nandrolone.
La coureuse américaine a toujours contesté toute intention frauduleuse, évoquant une contamination alimentaire, une version rejetée par le Tribunal arbitral du sport.
Depuis sa réintégration, chacune de ses performances est observée avec une attention particulière. Son succès immédiat en trail, discipline souvent perçue comme plus “naturelle” ou moins formatée que la piste, n’échappe pas à cette lecture.
Le nandrolone est un stéroïde anabolisant, c’est-à-dire une substance utilisée pour augmenter artificiellement les capacités physiques.
Il est strictement interdit en sport de compétition.
À quoi ça sert (et pourquoi c’est interdit)
Le nandrolone est un dérivé synthétique de la testostérone. Il agit principalement sur :
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l’augmentation de la masse musculaire
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la force
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la récupération
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la résistance à la fatigue
Concrètement, il permet de s’entraîner plus dur, plus longtemps, avec moins de fatigue, ce qui donne un avantage direct en compétition. C’est pour cela qu’il figure sur la liste des substances dopantes interdites par l’Agence mondiale antidopage (AMA).
Comment il est détecté
Lors d’un contrôle antidopage, les laboratoires ne cherchent pas forcément la molécule elle-même, mais ses métabolites, notamment la 19-norandrostérone dans les urines.
Le seuil est très bas. Au-delà de ce seuil, le test est considéré comme positif, même si l’athlète affirme une contamination involontaire.
Pourquoi certains parlent de “contamination alimentaire”
Dans de rares cas, des traces de nandrolone peuvent théoriquement apparaître après la consommation de viande de porc non contrôlée, car certains élevages utilisent des hormones.
Mais :
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ces cas sont exceptionnels
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les concentrations mesurées sont généralement très faibles
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les tribunaux sportifs exigent des preuves scientifiques solides
C’est pour cette raison que l’argument de la contamination alimentaire est presque toujours rejeté lorsqu’il n’est pas étayé par des analyses précises et des circonstances documentées.
Pourquoi le nandrolone est un marqueur très sensible
Contrairement à d’autres substances :
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il est bien connu
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très surveillé
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et historiquement associé à de nombreux cas de dopage avérés
Un contrôle positif au nandrolone est donc perçu comme particulièrement sérieux par les instances antidopage, et conduit presque systématiquement à une suspension longue.
En résumé
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Le nandrolone est un dopant lourd, pas un stimulant léger
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Il améliore force, récupération et endurance
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Il est facilement détectable
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Les défenses par contamination alimentaire sont très rarement acceptées
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Un cas positif entraîne presque toujours une sanction sévère
C’est ce contexte qui explique pourquoi toute performance ultérieure d’un athlète ayant été suspendu pour nandrolone reste scrutée et débattue, y compris lorsqu’il ou elle change de discipline.
Une performance qui dépasse le simple résultat
Ce succès pose plusieurs questions. D’abord sportives : peut-on transposer aussi vite un très haut niveau de la piste vers le trail, sur un parcours technique, sans apprentissage spécifique ?
Ensuite symboliques : voir une athlète au passé controversé s’imposer d’emblée au scratch dans une nouvelle discipline interroge autant qu’il fascine.
Houlihan elle-même a partagé sa course sur Strava, parlant de “première course de trail” et laissant entendre que l’expérience pourrait se renouveler.
Notre sport est-il en train de devenir une poubelle ?
Le trail se présente souvent comme un sport à part, plus authentique, plus naturel, plus éthique que la piste ou la route. Pourtant, à mesure que des athlètes suspendus pour dopage se tournent vers les sentiers pour relancer leur carrière, une question dérangeante s’impose. Le trail est-il un simple terrain de jeu alternatif, ou devient-il un espace de reconversion par défaut pour celles et ceux qui n’ont plus accès aux circuits traditionnels ?
Il ne s’agit pas d’accuser une discipline ni de remettre en cause une victoire réglementaire, mais d’interroger un phénomène. À force de fermer les yeux, le trail risque de se retrouver à gérer des héritages qu’il n’a pas choisis.
En résumé, le problème c’est que de nombreux athlètes de haut niveau issus de la route ou de la piste ont déjà tenté l’aventure du trail mais rares sont ceux qui ont dominé immédiatement, et encore plus rares ceux qui l’ont fait dès leur première sortie, face à des spécialistes.
Pour Shelby Houlihan, cette victoire ne constitue peut-être qu’un épisode isolé. Ou peut-être le début d’un nouveau chapitre.
Quoi qu’il en soit, le trail vient d’accueillir une athlète dont chaque foulée continuera de faire parler, bien au-delà du simple chronomètre.
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