Quarante-huit heures de course.
Sur la Winter Spine Race, ce chiffre n’a rien d’anodin. Il ne marque ni une moitié confortable, ni une avancée rassurante. Il désigne plutôt un seuil. Celui après lequel la course cesse d’être une succession de décisions tactiques pour devenir une affaire de tenue globale, physique et mentale.
Ce mardi matin, les regards convergent vers CP3 Langdon, un point de passage qui a déjà fait basculer bien des éditions. Nous sommes au mile 152, soit un peu moins de 57 % du parcours total. La majorité de la distance est derrière, mais certainement pas la majorité des difficultés.
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Winter Spine Race : où en est vraiment la course après 48 heures ?
À ce stade, la Winter Spine Race a changé de nature.
Les grands équilibres du départ ont disparu, les illusions aussi. La course s’est étirée, puis resserrée, non pas par accélération, mais par élimination.
Devant, Eugeni Roselló Solé a pris le large. Derrière, Sébastien Raichon et James Hargreaves se retrouvent au même point géographique, à Langdon, après des trajectoires très différentes. Raichon est arrivé à 5h44 ce matin. Il a choisi de s’arrêter, de dormir une heure et demie, puis de prendre le temps de se ressourcer. Hargreaves était là plus tôt, à 4h13, mais l’écart chronométrique s’efface désormais devant la réalité du terrain à venir.
C’est toute la spécificité de la Spine : ce n’est pas celui qui arrive le premier au checkpoint qui est en position de force, mais celui qui en repart le plus fonctionnel.
Une météo discrète, mais péniblement constante
Depuis plusieurs heures, la météo joue un rôle sourd mais déterminant. Pas de conditions spectaculaires, pas de chaos visible, mais une pluie continue, fine, persistante, qui ne laisse aucun répit. Sébastien Raichon le rapporte lui-même dans une vidéo transmise depuis le parcours : l’eau est là en permanence, s’infiltre partout, alourdit les vêtements, détrempe les chemins et use les corps à bas bruit.
De jour comme de nuit, cette pluie transforme le terrain en piège lent. Les appuis deviennent fuyants, les pieds restent humides pendant des heures, et chaque arrêt se paie immédiatement en refroidissement. La nuit, avec des températures proches ou légèrement inférieures à zéro sur les hauteurs, l’humidité renforce encore la sensation de froid et complique la gestion de l’effort.
Les prévisions ne laissent guère espérer de vraie amélioration à court terme. Le froid et le vent devraient se maintenir sur les secteurs exposés, notamment vers Cross Fell, avec toujours ce risque de précipitations faibles mais durables. Une météo qui ne fait pas exploser la course, mais qui la rend plus coûteuse à chaque heure passée dehors.
Une tête de course qui s’est dissoute, pas imposée
Si l’on regarde le film de ces 48 premières heures, une chose saute aux yeux : la tête de course n’a jamais été stable.
Dans les premières heures, plusieurs noms se sont succédé à l’avant. Chris Cope, John Kelly, puis Doug Stewart ont, chacun à leur tour, incarné ce rôle informel de leader. Tous ont pris des initiatives, assumé un tempo, donné l’impression de tenir la course. Tous ont aussi fini par abandonner.
Le cœur de cette édition s’est joué autour de Malham Tarn et de CP2 Hawes, véritables zones de décantation où l’addition des choix de pacing, du froid, du manque de sommeil et de la fatigue musculaire a fini par présenter l’addition. La tête de course ne s’est pas fait dépasser : elle s’est consumée.
Roselló en tête : domination réelle, mais sans prétention historique
La performance d’Eugeni Roselló Solé mérite d’être lue avec précision. Oui, il est clairement l’homme fort de cette édition. Oui, il a créé un écart conséquent sur ses poursuivants. Et surtout, oui, il tient son effort au-delà de 40 heures de course, ce qui est loin d’être anodin sur la Spine. Mais la comparaison historique est sans appel. À la même échéance horaire, lors de son record, Jack Scott était déjà à Alston, quinze miles plus loin. Roselló ne court pas après l’histoire. Il court pour gagner cette course, dans ces conditions, face à ce plateau.
Sa courbe de vitesse le montre clairement : une course plus rapide que celle de ses poursuivants, mais aussi plus heurtée, avec de fortes variations, des phases d’accélération marquées dans les secteurs favorables, et des ralentissements assumés ailleurs. Une stratégie engagée, efficace pour creuser l’écart, mais qui reste exigeante sur la durée.
Raichon au cœur du moment charnière
De son côté, Sébastien Raichon vit peut-être le moment le plus important de sa course. Depuis le départ, sa trajectoire est d’une grande lisibilité pour qui regarde les données de près. Pas de pics de vitesse spectaculaires, pas de phases d’effondrement non plus. Une progression constante, presque obstinée, pendant que, devant lui, la course se délitait : c’est ce qu’il appelle « son rythme de sénateur ».
Sa remontée de la 7e à la 3e place ne s’est pas faite par accélération, mais par continuité. Pendant que d’autres tentaient de prendre la main sur la course, lui s’est contenté de rester dans la sienne. Son arrêt à CP3 illustre parfaitement cette philosophie. Dormir maintenant, se réparer, repartir lucide, alors que la course entre dans sa phase la plus isolée, est un choix fort. Pas conservateur. Stratégique. Sur la Spine, c’est souvent à cet endroit précis que l’on décide si l’on va continuer à courir… ou simplement avancer.
Après CP3 : là où la Spine devient vraiment la Spine
Après CP3 Langdon, la course change subtilement mais radicalement de visage. On quitte progressivement les longues sections encore “lisibles” du sud pour entrer dans une Spine plus rugueuse, plus silencieuse, moins indulgente. Le tracé s’élève vers les Pennines du Nord, avec une succession de plateaux ouverts, de vallées encaissées et de crêtes exposées où le vent ne demande jamais la permission.
Les coureurs vont rapidement basculer vers Cross Fell, point culminant du parcours, souvent balayé par des rafales glaciales. Même sans conditions extrêmes, c’est un secteur qui use : terrain spongieux, herbe rase gorgée d’eau, chemins à peine dessinés. La progression y est lente, rarement fluide. Chaque pas coûte un peu plus que le précédent.
En redescendant vers Alston (CP4), la fatigue est déjà bien installée. Les jambes sont lourdes, les pieds ont encaissé des dizaines d’heures d’humidité, et le sommeil commence à manquer sérieusement. Mais ce n’est qu’un répit relatif. Car après Alston, la Spine repart vers des sections longues et isolées, en direction de Greenhead, le long du mur d’Hadrien. Un décor spectaculaire, mais sans concession : pistes caillouteuses, chemins étroits, montées courtes et cassantes qui brisent toute tentative de rythme.
C’est là que la course devient mentale au sens plein du terme. Plus de grandes décisions tactiques, plus de calculs complexes. Juste une question qui revient en boucle : est-ce que je peux continuer à avancer comme ça pendant encore des heures ? Les erreurs commises plus tôt — un sommeil repoussé, une allure trop optimiste, une nutrition mal gérée — ne se corrigent plus. Elles s’additionnent.
Après CP3, la Winter Spine Race ne récompense plus la vitesse. Elle récompense la lucidité, la patience et la capacité à accepter une lenteur imposée sans la subir. Ceux qui passent ce secteur en état de marche solide prennent souvent un avantage invisible, mais décisif. Les autres entrent dans une lutte plus intime, parfois silencieuse, contre eux-mêmes.
Le moment charnière, pas encore le verdict
Après 48 heures de course, la Winter Spine Race a déjà livré beaucoup. Elle a éliminé des favoris, révélé des stratégies, clarifié certaines hiérarchies. Mais elle n’a pas encore rendu son verdict. À partir de maintenant, ce ne sont plus les kilomètres parcourus qui comptent le plus, mais la capacité à durer. Et sur la Spine, durer est souvent la plus difficile des performances.
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