En 2021, lorsque le ski-alpinisme a été annoncé au programme des Jeux olympiques d’hiver de 2026, Kilian Jornet n’a pas applaudi.
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Il avait même exprimé des réserves claires. Selon lui, les formats retenus – le sprint et le relais mixte – s’éloignaient de l’essence même du ski-alpinisme, discipline historiquement construite autour d’épreuves longues, engagées, souvent loin des caméras.
Cinq ans plus tard, le voilà pourtant à Bormio. Pas en compétiteur. En entraîneur.
Kilian Jornet critique puis renonce
À l’époque, sa position était cohérente avec son parcours. Jornet s’est forgé sur des formats exigeants, où l’endurance prime sur l’explosivité. Il a dominé la Pierra Menta, brillé en Coupe du monde sur les épreuves longues, et construit une partie de sa légende sur cette capacité à enchaîner les heures d’effort en altitude.
Le sprint olympique, lui, tient en quelques minutes. Une montée rapide d’environ 70 m de dénivelé, un court portage skis sur le dos, puis une descente à pleine vitesse. Un format spectaculaire, pensé pour la télévision, très éloigné du ski de randonnée classique ou des longues courses alpines.
Mais critiquer un format ne signifie pas refuser son évolution. En 2026, Kilian Jornet accompagne son compatriote Oriol Cardona Coll, l’un des favoris pour le titre olympique. Le rôle est clair : optimiser la préparation physique, analyser les transitions, affiner la stratégie.
Il ne s’agit pas d’un simple soutien symbolique. Cardona Coll souligne son expertise sur la physiologie, la gestion de l’effort, la compréhension fine du corps en montagne. Jornet apporte un regard d’athlète expérimenté, capable de relier explosivité et endurance.
Un moment charnière pour le ski-alpinisme
L’entrée du ski-alpinisme aux Jeux marque un tournant. Pour des athlètes comme Emily Harrop ou Thibault Anselmet, la dimension olympique change tout : visibilité, financement, reconnaissance institutionnelle.
Dans ce contexte, la présence de Kilian Jornet dans le staff espagnol agit comme un signal fort. Le sport ne renie pas son histoire. Il s’appuie sur ceux qui l’ont façonnée.
Son choix peut surprendre, mais il s’inscrit dans une logique personnelle. Jornet n’a jamais limité son engagement à la performance pure. Il s’intéresse depuis longtemps aux méthodes d’entraînement, à la recherche scientifique, aux mécanismes d’adaptation à l’altitude. Le rôle d’entraîneur prolonge cette curiosité.
Dans la ligne droite des incohérences de Jornet
Le dossier olympique n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, Kilian Jornet suscite des débats récurrents sur la cohérence entre ses prises de position et certaines réalités de sa carrière.
Il s’est exprimé sur l’écologie, l’impact environnemental du sport outdoor, la nécessité de réduire l’empreinte carbone des événements et des déplacements. Dans le même temps, comme la plupart des athlètes de haut niveau, il évolue dans un circuit international qui implique voyages, compétitions lointaines, partenariats mondiaux et médiatisation globale. Ce décalage alimente régulièrement les critiques.
Il a également pris la parole sur les inégalités sociales dans le sport, sur l’accès aux montagnes, sur la professionnalisation croissante du trail et du ski-alpinisme. Or il fait partie des figures qui bénéficient le plus de cette professionnalisation : sponsors puissants, projets internationaux, visibilité mondiale. Là encore, certains y voient une tension entre discours et position dominante.
Concernant les JO, le schéma est comparable. Il avait exprimé des réserves sur le format olympique. Il est aujourd’hui intégré au dispositif en tant qu’entraîneur. Les faits sont établis. L’interprétation, elle, dépend du regard que l’on porte sur sa trajectoire.
Chez Jornet, il y a une constante : une parole engagée. Mais il y a aussi une adaptation permanente au système dans lequel il évolue. C’est cette coexistence – engagement d’un côté, participation active de l’autre – qui nourrit l’idée d’incohérences.
Reste à savoir si ces contradictions sont propres à Kilian Jornet… ou inhérentes à tout athlète globalisé évoluant dans un sport devenu industrie.






