Trail : Beñat Marmissolle brise un tabou, et la communauté réagit massivement
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“Il faut se faire aider” : le témoignage de Beñat Marmissolle dépasse le sport
Il y a des témoignages qui dépassent largement le cadre du sport. Des paroles qui ne parlent plus seulement de performance, de classement ou de chrono, mais qui viennent toucher quelque chose de beaucoup plus profond. Ce que vient de livrer Beñat Marmissolle dans une interview accordée à Trail 360 fait partie de ceux-là.
Vainqueur de la Diagonale des Fous 2022, habitué des plus grandes courses du circuit international, il aurait pu se contenter de raconter ses succès, ses stratégies ou ses objectifs à venir. À la place, il a choisi un autre chemin, bien plus risqué et infiniment plus utile : celui de la sincérité.
Derrière les résultats, une réalité beaucoup plus fragile
Sur le papier, tout semble parfaitement maîtrisé. Une victoire majeure à La Réunion, une 2e place sur la Hardrock 100, une présence solide sur l’UTMB… le parcours est celui d’un athlète de très haut niveau, régulier, fiable, impressionnant.
Mais derrière cette façade, il décrit une descente progressive, presque invisible de l’extérieur, où la quête de performance finit par déformer le rapport au corps et à l’alimentation. Pendant plusieurs années, il explique avoir réduit fortement ses apports tout en augmentant ses charges d’entraînement, dans une logique que beaucoup de coureurs connaissent sans forcément la verbaliser.
Ce déséquilibre a fini par exploser, prenant la forme de crises d’hyperphagie boulimique, parfois incontrôlables, avec des variations de poids rapides et violentes. À cela s’ajoute un isolement progressif, une volonté de cacher ce qui se passe, et une spirale dont il devient de plus en plus difficile de sortir.
À un moment, la situation bascule réellement. Il évoque un séjour en psychiatrie de 12 jours, qu’il décrit comme l’un des épisodes les plus difficiles de sa vie. Un passage que très peu d’athlètes acceptent de raconter publiquement, tant il vient heurter l’image de solidité que le sport de haut niveau entretient.
Quand la performance cesse de protéger
Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est la manière dont il démonte, sans jamais accuser frontalement, certaines idées profondément ancrées dans le trail. L’idée que la légèreté est forcément synonyme de performance, que l’entraînement intensif est toujours une preuve de sérieux, ou encore que la souffrance fait partie du jeu.
Dans son cas, ces logiques ont fini par produire l’inverse de ce qu’elles promettaient. Le corps s’épuise, le mental se fragilise, et la performance elle-même devient instable. Il raconte notamment qu’à quelques semaines de la Diagonale des Fous 2022, il traverse une crise importante, prend plusieurs kilos en quelques jours, puis enchaîne un volume d’entraînement extrême dans les quinze jours précédant la course.
De l’extérieur, seule la victoire reste visible. Mais à l’intérieur, le déséquilibre est déjà installé.
La communauté trai bienveillante
Ce qui donne à ce témoignage une portée particulière, ce n’est pas seulement ce qu’il raconte, mais ce qu’il déclenche. La réaction de la communauté trail est immédiate, massive, et surtout très révélatrice.
Les commentaires ne sont pas dans le jugement, ni dans le doute. Ils sont dans la reconnaissance, parfois même dans l’identification. De nombreux coureurs évoquent leurs propres difficultés, leurs troubles alimentaires, des épisodes de burn-out ou de dépression, souvent liés à leur pratique sportive.
Certains expliquent qu’ils n’avaient jamais osé en parler. D’autres remercient simplement pour le courage d’avoir mis des mots sur quelque chose qu’ils vivent eux aussi en silence.
Ce qui se joue ici dépasse largement le cas individuel. On assiste à une forme de bascule, où un témoignage personnel devient un point d’appui collectif.
“Ce n’est que du sport” : une phrase qui remet tout en perspective
Après huit années de lutte, il explique aujourd’hui être dans une phase plus stable, avec plusieurs mois sans crise. Mais au-delà des chiffres, c’est le changement de regard qui marque.
Il insiste sur une idée simple, presque évidente, mais rarement assumée à ce niveau : le sport ne doit jamais passer avant la santé mentale. Ce repositionnement est loin d’être anodin dans un univers où la performance est souvent présentée comme une priorité absolue.
Dire que “ce n’est que du sport”, ce n’est pas minimiser l’engagement ou la passion. C’est remettre les choses à leur juste place. C’est rappeler que derrière les dossards et les classements, il y a des individus, avec leurs fragilités, leurs limites et leurs besoins.
Et c’est aussi affirmer que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais au contraire une étape essentielle dans la reconstruction.
En résumé, ce témoignage agit comme un révélateur. Il oblige à regarder le trail avec un peu plus de lucidité, sans pour autant remettre en cause tout ce qui fait sa richesse.
Oui, c’est un sport de liberté, de nature, de dépassement de soi. Mais c’est aussi un environnement où certaines dérives peuvent exister, notamment autour du poids, de la charge d’entraînement ou de la pression implicite liée à la performance.
Rien n’est généralisable, bien sûr. Mais ignorer ces réalités serait une erreur.
En parlant ouvertement, Marmissolle ne cherche pas à dénoncer. Il met simplement en lumière ce qui peut arriver, même au plus haut niveau, et rappelle que personne n’est à l’abri.






