Les championnats de France de trail se sont déroulés ce week-end sur les pentes du Mont Ventoux, dans des conditions particulièrement difficiles.
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Cette course nationale, qui rassemble les meilleurs spécialistes français, est loin d’être anodine : elle sert notamment de support de sélection pour les championnats d’Europe de trail.
Mais cette édition 2026 ne restera pas dans les mémoires pour ses performances sportives. Elle est marquée par un événement rare à ce niveau : les six coureurs en tête de la course se sont trompés de parcours, bouleversant totalement le classement final.
Une situation inhabituelle, qui pose aujourd’hui une question simple mais essentielle : peut-on vraiment considérer le résultat comme représentatif du niveau réel des athlètes dans ces conditions ?
Les organisateurs du trail du Ventoux sont-ils responsables de l’erreur de parcours de la tête de course
L’organisation du Trail du Ventoux vient de publier un communiqué qui se veut clair, factuel et destiné à mettre fin aux nombreuses réactions suscitées par l’erreur de parcours des six hommes de tête lors des championnats de France de trail long.
A la lecture du communiqué et des faits décrits, il est difficile de parler d’une faute unique, mais plusieurs zones de fragilités de l’organisation peuvent tout de même être pointées du doigt.
Un balisage pas assez clair
L’organisation mentionne “les 6 athlètes de tête ne voient pas les 8 balises en place et poursuivent de face”. Hors d’après plusieurs témoignages, il n’y a pas seulement les 6 premiers de course qui ont fait une erreur à cet endroit là. Un autre athlète présent sur la course raconte “ plusieurs coureurs du top 30 se sont également égarés à cet endroit, je parle en connaissance de cause. Certains sont partis plus ou moins loin avant de se rendre compte que ce n’étais pas la bonne direction”
Le principe de base en trail et surtout sur un championnat de France est que le balisage doit être clair, visible et sans ambiguïté. Si six coureurs se sont simultanément trompés à cet endroit, c’est que le passage n’était pas suffisamment “lisible”. A ce niveau de course, on ne peut pas se reposer uniquement sur la vigilance des athlètes ou sur la trace GPX chargée sur la montre. Le terrain doit parler de lui-même !
La présence de balisage parasite
Mathieu Delpeuch, un des athlètes à avoir pris le mauvais parcours, écrit que “nous avons suivi pendant un moment le balisage d’une course de la veille (dont le débalisage n’avait pas été complètement fait)”
L’organisation elle, reconnait la présence possible de balises résiduelles de la veille, qui auraient été déplacées par le vent ou oubliées.
Dans tous les cas, c’est un point problématique, car même si ce n’est pas présenté comme la cause principale de l’erreur d’aiguillage, laisser des éléments de balisages qui peuvent induire en erreur, à ce moment clé de la course, constitue un manquement de la part de l’organisation.
Le contrôle final du parcours
L’organisation indique qu’un ouvreur est passé juste avant la course mais visiblement cela n’a pas suffi. Sur une épreuve de ce niveau, il aurait sans doute fallu une vérification plus exigeante, surtout dans les endroits sensibles. Un ouvreur qui marche à 4km/h n’a pas la même vision qu’un coureur à 18km/h !
L’absence de sécurisation humaine à cet endroit
Un coureur raconte “après la remontée (piquets rouges), il n’y avait ni jalonneur ni balisage dans cette zone. Lorsque je suis revenu sur mes pas, une personne venait tout juste d’arriver pour aiguiller correctement les autres coureurs”
Pourtant, en trail, sur des passages stratégiques ou des zones qui peuvent être un peu ambiguës pour les coureurs, les organisations positionnent généralement un bénévole ou un signaleur pour indiquer la direction à suivre. Ici, ce n’était pas le cas.
La responsabilité de la tête de course ne peut pas être totalement écartée
À l’inverse, il serait réducteur d’imputer l’ensemble de cette situation à l’organisation seule. À ce niveau de pratique, les athlètes évoluent avec des outils comme la trace GPX chargée sur leur montre, censée servir de référence en cas de doute. Or, dans ce cas précis, la tête de course ne semble pas avoir strictement suivi cette trace à un moment clé, préférant s’engager collectivement dans une autre direction.
Ce phénomène d’effet de groupe est bien connu en trail : lorsque plusieurs coureurs de haut niveau sont ensemble, la prise de décision devient collective, parfois au détriment de la vigilance individuelle. Dans des conditions extrêmes, avec le vent, le froid et la fatigue, il devient alors plus difficile de remettre en question la trajectoire prise par le groupe.
On peut donc considérer que cette erreur pourrait aussi résulter d’un enchaînement de décisions prises par les athlètes eux-mêmes, dans un contexte où la lecture du terrain et le suivi de la trace restent des éléments essentiels de la performance. Sans exonérer les éventuelles imperfections de l’organisation, cela rappelle que la responsabilité en trail est, par nature, partagée entre le balisage proposé et les choix effectués sur le terrain.
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