Mathieu Blanchard a remporté le Lapland Arctic Ultra sans dormir
Acheter le livre de Mathieu Blanchard
Mathieu Blanchard avait donné sa stratégie avant le départ
Ce n’est pas seulement une course. C’est un engagement pris avant même le départ : tenir, avancer, ne pas dormir. En Laponie suédoise, sur les 185 km de la Lapland Arctic Ultra, Mathieu Blanchard annonce la couleur. Il veut aller au bout d’une seule traite. 37 heures et 56 minutes plus tard, il franchit la ligne d’arrivée en vainqueur, validant un pari qui relève autant de la stratégie que du mental. Le départ est donné le 1er mars à 9 h 30, à Överkalix, sous un froid hivernal oscillant entre −10 °C et −15 °C. Le parcours, relativement roulant pour une course polaire, cumule environ 1 000 m de dénivelé positif. Sur le papier, rien d’insurmontable pour un spécialiste de l’ultra. Dans la réalité, en revanche, la combinaison de la neige, du froid et de la nuit prolongée transforme chaque kilomètre en effort prolongé, où la moindre erreur de gestion peut se payer cher.
Une stratégie de continuité
Prendre la tête sans s’affoler
Dès les premières heures, Blanchard choisit la continuité plutôt que l’explosion. Il prend les commandes de la course sans chercher à écraser le rythme, préférant installer une progression régulière, presque méthodique. Ils sont 34 engagés sur les longues distances, un peloton réduit mais aguerri aux environnements extrêmes. Rapidement, l’écart se creuse, non pas sur une accélération spectaculaire, mais sur la constance.
Ne pas dormir, ne presque pas s’arrêter
La clé de sa performance se situe ailleurs : il ne s’arrête pratiquement pas. Sur l’ensemble des 37 h 56 min d’effort, il ne s’accorde qu’une quinzaine de minutes cumulées de pause, sans jamais dormir. Ce choix n’a rien d’anodin. Dans un ultra de ce format, le sommeil peut sembler être une solution, mais il constitue aussi un piège. S’arrêter trop longtemps, surtout dans le froid, signifie se refroidir, perdre en mobilité et rendre la relance particulièrement coûteuse. Continuer à avancer, même lentement, permet de conserver une dynamique et d’éviter la rupture physique.
Le défi invisible : la lucidité
Courir sans dormir impose toutefois un autre défi : celui de la lucidité. La fatigue cognitive s’installe progressivement. Les repères se troublent. Les heures s’étirent dans la nuit polaire. Il faut alors maintenir une concentration permanente sur l’alimentation, l’hydratation, le matériel et la gestion thermique. C’est précisément dans cette capacité à rester calme et organisé que Blanchard fait la différence.
Cette victoire intervient seulement deux semaines après l’abandon de Mathieu Blanchard sur la Barkley Marathons, aux États-Unis, l’une des épreuves les plus redoutées du calendrier.
En s’alignant en Laponie si rapidement, il ne cherche pas simplement à gagner. Il veut se remettre dans le mouvement, retrouver le fil de l’effort long et démontrer que l’échec américain ne remet rien en cause dans sa trajectoire. Le format 185 km représente un compromis intelligent : suffisamment exigeant pour être significatif, suffisamment maîtrisable pour ne pas hypothéquer la suite de sa saison. L’environnement polaire constitue désormais un axe fort de son parcours. Après sa victoire sur la Yukon Arctic Ultra en 2025, déjà disputée dans des conditions extrêmes, la Lapland Arctic Ultra confirme son affinité avec ces terrains où la performance ne se mesure pas seulement en vitesse, mais en capacité d’adaptation. Le froid impose une discipline constante, un rapport au corps et au matériel presque chirurgical.
En résumé, chaque détail compte.
Au-delà du chrono, cette course envoie donc un signal. Elle montre que la mécanique est en place, que le mental répond présent et que la stratégie choisie — avancer sans rupture, même au prix d’une fatigue extrême — peut s’avérer payante. Elle ouvre également la perspective d’un projet plus ambitieux encore, l’Iditarod Trail Invitational en Alaska, référence mondiale des ultra-marathons hivernaux, décliné en formats de 240, 560 et 1600 km. Mais avant de se projeter vers ces horizons, la Laponie suffit à elle-même. Mathieu Blanchard annonce qu’il tente de courir 37 heures sans dormir. Il ne s’agit pas d’une formule. Il le fait. Et il le fait en gagnant.
Lire aussi
- Mathieu Blanchard : démonstration de force deux semaines après son abandon à la Barkley
- Résultat : Mathieu Blanchard remporte les 185 km de la Lapland Arctic Ultra en 1 jour 13 heures et 56 minutes





