40e édition – Du 3 au 13 avril 2026 – Sahara marocain
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Ce samedi 4 avril, quelque part dans le sud marocain, plus de 1 500 coureurs sont alignés devant des tables de contrôle. Un médecin vérifie leur électrocardiogramme. Un technicien pèse leur sac, inspecte le contenu : boussole, couverture de survie, miroir de signalisation, sac de couchage. Puis il compte les calories — au moins 14 000 pour la semaine, pas une de moins. Sur le sac, un numéro de dossard. Dans le sac, tout ce qu’il faut pour survivre une semaine dans le Sahara.
Bienvenue au Marathon des Sables.
L’histoire commence en 1984 et elle tient en une image : Patrick Bauer, seul, traverse 350 kilomètres de désert marocain à pied, avec un sac de 35 kilos sur le dos.
Pas de course, pas de dossard, pas d’organisation. Juste un homme qui marche, mange ce qu’il porte, boit ce qu’il trouve. Douze jours. Il en revient transformé.
Deux ans plus tard, en 1986, Bauer emmène 23 aventuriers faire la même chose — en version balisée, chronométrée, encadrée.
Le Marathon des Sables est né. Il n’a jamais manqué un rendez-vous depuis. Quarante éditions. Plus de 40 000 participants cumulés. Un concept devenu une légende de l’ultra-endurance.
Ce qui rend le MDS unique depuis le premier jour, c’est son ADN à trois brins.
Premier brin : l’autosuffisance alimentaire.
Chaque coureur porte sa nourriture pour toute la semaine — l’organisation ne fournit que l’eau (rationnée) et la tente.
Deuxième brin : le format par étapes.
Six jours de course répartis sur une semaine, avec nuit au bivouac entre chaque.
Troisième brin : le Sahara.
Sa chaleur, son sable, son immensité.
Cette combinaison n’existe nulle part ailleurs. Un ultra-trail de montagne ne demande pas de porter sa nourriture pour six jours. Un raid d’aventure ne se court pas en solo. Une course sur route ne confronte pas le corps à 50 degrés sous abri. Le Marathon des Sables emprunte un peu à chacun de ces mondes et n’appartient à aucun.
MDS en 2026 : bien plus qu’une seule course
Le Marathon des Sables de 1986 a grandi. Beaucoup grandi. Ce qui était une course unique dans le Sahara est devenu une galaxie d’événements, avec sept formats et six destinations. Pour s’y retrouver, il faut comprendre l’architecture.
Le Legendary reste le vaisseau amiral.
C’est la course historique : environ 250 km en six étapes chronométrées, en autosuffisance alimentaire complète, dans le Sahara marocain. C’est l’épreuve dont on parle quand on dit simplement « le Marathon des Sables ». En 2026, c’est cette version qui fête sa 40e édition — celle qui se court en ce moment même. Nous y reviendrons en détail.
Le MDS 120 est la porte d’entrée la plus naturelle pour ceux qui veulent goûter à l’aventure sans s’engager sur 250 km.
Trois étapes, 70, 100 ou 120 km au choix — le coureur décide même sur le parcours la distance qu’il veut couvrir. L’autosuffisance alimentaire est maintenue, mais la durée est plus courte (quatre jours de course). Cinq destinations sont proposées en 2026 : Maroc, Jordanie, Pérou, Cappadoce (Turquie) et côte atlantique marocaine. Le Wadi Rum jordanien avec ses canyons ocre, les dunes péruviennes face au Pacifique, les paysages lunaires de la Cappadoce — chaque destination offre une expérience de désert radicalement différente.
Le MDS Trek s’adresse à ceux qui veulent l’immersion sans l’exigence de l’autosuffisance.
Quatre étapes, 70 à 120 km, mais ici le bivouac propose un confort accru : tentes individuelles, matelas, douches berbères, dîner en buffet. L’idéal pour un premier contact, ou pour revenir au désert dans un mode plus contemplatif.
Le MDS Raid prend le contre-pied.
C’est l’aventure minimaliste, en duo, sur 90 ou 107 km en trois étapes, avec un balisage allégé et une nuit à la belle étoile sans bivouac. Un retour aux fondamentaux pour des coureurs qui veulent retrouver l’esprit des pionniers.
Le MDS Ultra, créé en 2025, est le format le plus radical
100 km ou 100 miles d’une traite, en autosuffisance, avec une barrière horaire de 40 heures. Pas d’étapes, pas de bivouac intermédiaire. L’édition anniversaire de janvier 2026 dans le Sahara a ouvert le bal de la saison.
Le MDS Handi rend le désert accessible aux personnes en fauteuil, en joëlette, accompagnées par des équipiers.
Cette année, Léon, 12 ans, atteint d’une maladie dégénérative rare, prendra le départ avec son équipe sur le Legendary — un symbole fort de l’esprit de solidarité qui irrigue l’événement.
Les MDS Crazy Loops, enfin, transposent la philosophie MDS en montagne : des boucles de 3 à 5 km à parcourir en 24 heures, dans des stations de ski alpines (La Rosière, Courchevel, Val d’Isère, Morzine, Courmayeur).
Un format festif, inclusif, très différent du reste de la gamme.
Sept formats, six pays, du désert aux Alpes, du fauteuil roulant au 100 miles.
La marque MDS s’est considérablement élargie. On peut y voir un projet d’accessibilité louable — ou une dilution de la légende. Le débat existe dans le milieu, et uTrail l’a déjà abordé. Mais pour cette semaine, notre regard se concentre sur le format qui a tout lancé : le Legendary.
Legendary 2026, mode d’emploi
On ne prépare pas un Marathon des Sables comme on prépare un ultra-trail alpin. Les fondamentaux de l’endurance restent les mêmes — volume kilométrique, travail en côte, sorties longues —, mais le MDS impose des adaptations spécifiques que les montagnards découvrent parfois tardivement.
La chaleur, d’abord.
Dans le Sahara, les températures peuvent dépasser 50 °C au sol en milieu de journée. Le corps doit avoir été exposé progressivement à l’effort en chaleur dans les semaines précédant la course : séances avec couches supplémentaires, hammam, sauna, voire protocoles d’acclimatation thermique structurés. Sans cette préparation, le risque de coup de chaleur est réel et la performance s’effondre dès la première étape.
Le sac, ensuite.
Sur un ultra classique, on porte 3 à 5 kg. Sur le MDS Legendary, le sac de départ pèse couramment entre 8 et 12 kg, nourriture comprise. Chaque kilo supplémentaire se paie en énergie à chaque foulée — et dans le sable, l’addition est salée. Optimiser le poids du sac devient un exercice stratégique à part entière : choix des aliments (ratio calories/gramme), sélection du matériel de couchage le plus léger possible, réduction systématique de chaque élément au strict nécessaire.
L’alimentation mérite un chapitre à elle seule.
Le règlement impose un minimum de 2 000 kcal par jour de course, soit 14 000 kcal pour la semaine à porter dès le départ. Plats lyophilisés, barres énergétiques, fruits secs, soupes déshydratées, purées en poudre — tout est pesé, emballé par jour, testé à l’entraînement. On ne découvre pas le goût d’un lyophilisé dans le désert. Et on n’y découvre pas non plus que son estomac ne le tolère pas.
Les pieds, enfin.
Les ampoules sont le fléau du MDS. Le sable s’infiltre dans les chaussures, l’humidité liée à la transpiration macère la peau, les foulées répétées dans un terrain instable créent des frottements inhabituels. Les organisateurs recommandent d’acheter ses chaussures six mois à un an avant la course, de prendre une taille au-dessus et de les tester abondamment. Les guêtres, que l’on fait poser sur les chaussures chez un cordonnier (compter une dizaine de jours), sont considérées comme essentielles pour empêcher le sable d’entrer. Aux soins du soir, au bivouac, les pieds deviennent le centre de toutes les attentions : le poste médical ne désemplit pas.
Quant à la tenue
La plupart des coureurs n’en emportent qu’une seule pour éviter le surpoids : légère, respirante, à séchage rapide, sans frottements.
Pour se nourrir
Chacun embarque sa popote, un réchaud à pastilles de combustible solide (les réchauds à gaz sont formellement interdits), un briquet et ses couverts. Le poids de chaque objet est arbitré au gramme près.
Jour J-1 : le contrôle technique
C’est ce qui se déroule aujourd’hui même, 4 avril 2026, quelque part dans le Sahara marocain, au sud d’Ouarzazate. Les coureurs sont arrivés hier par bus depuis Ouarzazate. Ils ont passé une première nuit sous les tentes berbères — huit personnes par tente, ouverte sur les côtés, sol en sable. Ce matin, ils découvrent le rituel de la vérification.
Chaque concurrent passe devant l’équipe technique. Le matériel obligatoire est contrôlé pièce par pièce : sac à dos de 20 litres minimum, sac de couchage, capacité d’eau d’au moins 1,5 litre, boussole à 1° ou 2° de précision, sifflet, couteau à lame métallique, lampe frontale de 400 lumens minimum avec piles de rechange, dix épingles à nourrice, briquet, crème solaire indice 50, antiseptique cutané, miroir de signalisation, couverture de survie, ruban adhésif de réparation, cubes de bouillon pour la réhydratation, papier toilette, 200 € en espèces, passeport, ECG de moins de 30 jours — et bien sûr l’intégralité du matériel alimentaire pour la semaine. Le sac est pesé. Les calories sont comptées. Si le minimum de 14 000 kcal n’est pas atteint, le coureur doit compléter.
Le contrôle médical suit : électrocardiogramme récent obligatoire, certificat d’aptitude, vérification de l’état de santé général. L’organisation se réserve le droit de refuser le départ à tout concurrent jugé inapte.
Puis vient la remise du roadbook. C’est un moment particulier. Le parcours du MDS est tenu secret jusqu’à la veille de la course — une tradition depuis les premières éditions. Les coureurs découvrent les distances, les profils et les points de passage de chaque étape. Ils n’ont que quelques heures pour intégrer la stratégie de la semaine. C’est à ce moment-là que les regards changent : le rêve devient le plan.
La course : anatomie d’une étape
Le lendemain matin — demain, dimanche 5 avril — le départ de la première étape sera donné. Voici ce qui attend les coureurs, étape après étape.
L’aube au bivouac commence tôt. Petit-déjeuner tiré du sac (boisson chaude, barre, quelques fruits secs), préparation du sac, soins aux pieds préventifs, puis rassemblement. Chaque coureur reçoit sa ration d’eau pour l’étape : 1,5 litre au départ, puis des points de ravitaillement en eau tous les 10 à 12 km environ. L’eau est la seule chose que l’organisation distribue pendant la course. Le reste — nourriture, sel, compléments — vient du sac.
Le départ se fait en musique. C’est un rituel iconique : Highway to Hell d’AC/DC résonne dans les enceintes, le peloton s’ébranle. Puis très vite, le silence du désert reprend ses droits.
Le terrain varie d’une étape à l’autre et d’une année à l’autre, mais le Sahara de la région d’Ouarzazate offre un répertoire récurrent : plateaux caillouteux (le « reg »), dunes de sable fin (l’« erg »), oueds asséchés, petites montagnes désertiques. Le sable profond est le passage le plus redouté : chaque appui s’enfonce, chaque relance coûte une énergie disproportionnée. Les montées de dunes, même modestes, deviennent des murs. Sur le reg caillouteux, la course est plus roulante, mais les pieds souffrent des impacts répétés sur une surface dure et irrégulière.
Les checkpoints rythment la progression. Tous les 10 km environ, une tente militaire avec des réserves d’eau. Le coureur tend ses bidons, on les remplit. Il peut s’asseoir un moment, manger, ajuster son équipement. Puis il repart. Pas de ravitaillement alimentaire, pas de drop bags, pas d’assistance extérieure. Ce qui est dans le sac est tout ce qu’il y a.
Les étapes courtes (environ 25 à 35 km) se bouclent dans la journée pour les marcheurs, en quelques heures pour les coureurs élites. L’étape marathon (environ 42 km) impose un effort plus soutenu. Mais c’est la longue étape qui transforme le MDS en épreuve d’exception.
La longue : l’épreuve dans l’épreuve
En 2026, pour la première fois de l’histoire du MDS, la longue étape atteindra 100 kilomètres. Un saut par rapport aux 80-90 km habituels, et un symbole fort pour les 40 ans de la course. Cette étape s’étale sur deux jours : les coureurs partent et courent à travers la nuit s’ils le souhaitent, ou alternent entre progression et repos, sans bivouac intermédiaire organisé. Ils doivent s’arrêter quand ils veulent, dormir où ils peuvent — dans le sable, à côté d’un buisson, sous leur couverture de survie.
Cent kilomètres dans le Sahara après trois jours de course représentent un défi physiologique majeur. Le corps est déjà entamé par la fatigue cumulée, les réserves glycogéniques s’amenuisent de jour en jour malgré l’alimentation, la peau est fragilisée par la chaleur et le sable. Ajouter une nuit blanche, le froid nocturne (les amplitudes thermiques dans le désert sont considérables entre le jour et la nuit), et la gestion mentale de l’obscurité en milieu hostile — c’est là que le MDS trie ceux qui restent de ceux qui partent. C’est aussi là que les classements se dessinent : les écarts entre élites et le peloton explosent.
Le bivouac : la vie après la course
Chaque soir, le coureur arrive au bivouac — un village éphémère planté au milieu de nulle part, démonté et remonté chaque jour par les équipes logistiques. Des tentes berbères traditionnelles, ouvertes sur les côtés, accueillent huit coureurs chacune. Pas de lit, pas de matelas : on dort sur le sable, dans son sac de couchage. À l’arrivée, chaque coureur reçoit une ration d’eau pour la soirée et le matin suivant.
C’est au bivouac que le MDS devient ce que les anciens participants décrivent comme une expérience à part. On prépare son repas lyophilisé sur un petit réchaud ou en ajoutant de l’eau chaude fournie par l’organisation. On soigne ses pieds — percer les ampoules, désinfecter, bander, protéger pour le lendemain. On parle avec ses compagnons de tente, venus de partout dans le monde : 62 nationalités cette année. On échange des techniques, des rations, des histoires. Et quand la nuit tombe sur le Sahara, sans pollution lumineuse, le ciel devient un spectacle que beaucoup décrivent comme le moment le plus marquant de leur aventure.
C’est dans cette vie de bivouac que réside la dimension humaine du MDS. L’épreuve sportive est intense, mais ce qui fidélise les participants — ceux qui reviennent cinq, dix, vingt fois — c’est souvent l’expérience collective de cette vie dépouillée, partagée, à même le sable.
Le Legendary 2026 : les chiffres d’une édition historique
Cette 40e édition bat tous les records de participation. Plus de 1 500 coureurs sont inscrits, venus de 62 pays. L’âge moyen tourne autour de 43 ans — un chiffre qui dit beaucoup sur le profil du participant type : ni un débutant, ni un retraité de la compétition, mais un coureur mature qui vient chercher quelque chose que les courses classiques ne lui donnent plus.
La distance totale estimée avoisine les 270 km, un record pour le Legendary, tiré vers le haut par la longue étape de 100 km. Le dénivelé cumulé attendu est d’environ 2 500 mètres positifs — modeste en comparaison d’un ultra montagnard, mais trompeur : dans le sable, le coût énergétique d’un mètre de dénivelé est bien supérieur à ce qu’il serait sur un sentier alpin.
Le plateau élite, que nous détaillerons dans un article dédié, est l’un des plus relevés de l’histoire de la course. Les frères Rachid et Mohamed El Morabity, le Français Ludovic Pommeret, le Sud-Africain Ryan Sandes, l’Américaine Des Linden, la Française Maryline Nakache, la Marocaine Aziza El Amrany — les duels promettent une semaine riche en rebondissements sportifs. Nous les suivrons étape par étape.
Demain, étape 1
Le roadbook est entre les mains des coureurs. Les sacs sont pesés, les pieds bandés, les stratégies posées. Demain matin, au son d’AC/DC, 1 500 coureurs s’élanceront dans le Sahara pour la première étape de la 40e édition du Marathon des Sables.
Nous serons là pour raconter chaque jour ce qui s’y passe : les résultats, les faits de course, les enjeux tactiques, et cette atmosphère si particulière qui fait du MDS bien plus qu’une course à pied.
Parce qu’au fond, le Marathon des Sables ne se résume pas à une distance ou à un classement. C’est une parenthèse radicale — une semaine où l’on porte sa vie sur son dos, où l’on marche ou court du lever au coucher du soleil, où l’on dort à même le sable sous des étoiles qu’on avait oubliées, et où l’on découvre, au cinquième jour, que les jambes avancent encore quand la tête avait décidé de s’arrêter.
Le marathon des sables en direct avec utrail
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Anciens articles des éditions précédentes sur le Marathon des Sables
- Julien Chorier, le marathon des sables 2019, c’est pas gagné
- Mohamed El Morabity contraint à l’abandon : le roi du désert en détresse dans le sud marocain
- Half Marathon des Sables
- Sylvaine Cussot au départ de la 4e édition du MARATHON DES SABLES Jordanie
Auteur : Alban Grivel, des montagnes et des sciences






