Sur le papier, l’affiche est séduisante. Ludovic Pommeret arrive au Marathon des Sables avec un CV que peu de coureurs peuvent revendiquer : vainqueur de l’UTMB, de la Diagonale des Fous, double lauréat de la Hardrock 100. Un coureur complet, expérimenté, capable d’encaisser les formats les plus exigeants.
Acheter le livre de Ludovic Pommeret
Livre mentionné à titre informatif.
Lien affilié (sans impact sur le prix), sans partenariat avec l’auteur ou son éditeur.

Ce lien est affilié : en cas d’achat, nous pouvons percevoir une commission, sans que cela ne change le prix pour vous.
Mais dans le désert marocain, à près de 300 kilomètres à l’est d’Ouarzazate, ce type de référence ne suffit pas toujours. Car le Marathon des Sables n’est pas une simple course longue. C’est un écosystème à part entière, avec ses règles, ses pièges et ses spécialistes.
Et face à lui, Ludovic Pommeret ne tombe pas sur n’importe quels adversaires. Il se retrouve face aux frères Rachid et Mohamed El Morabity, qui dominent cette course depuis plus d’une décennie avec une régularité presque déroutante.
Ça va être dur sur le marathon des sables pour Ludovic Pommeret
Parce que le Marathon des Sables ne récompense pas le meilleur traileur
L’erreur serait de lire cette confrontation avec les codes classiques du trail. Sur des courses comme l’UTMB ou la Hardrock, la hiérarchie mondiale s’impose souvent d’elle-même. Les meilleurs gagnent, ou du moins jouent la victoire.
Mais ici, le terrain change totalement la donne. Le Marathon des Sables est globalement peu technique, relativement roulant, et pourrait presque sembler accessible si l’on s’en tient au profil. Pourtant, cette apparente simplicité masque une difficulté bien plus insidieuse : l’environnement.
La chaleur, le sable, la répétition des efforts jour après jour, l’autonomie… tout cela transforme la course en un exercice très spécifique, qui ne valorise pas forcément les mêmes qualités que les ultras alpins.
Autrement dit, être l’un des meilleurs traileurs du monde ne garantit absolument rien dans le désert.
Parce que les frères El Morabity maîtrisent parfaitement ce terrain
Depuis des années, le scénario est presque immuable. Quand ce n’est pas Rachid qui s’impose, c’est Mohamed. Leur domination n’est pas seulement statistique, elle est structurelle.
Ils ne se contentent pas d’être forts. Ils sont adaptés. Ils connaissent les réactions du corps sous chaleur extrême, savent comment courir dans le sable sans se griller, et surtout, ils maîtrisent le rythme spécifique de cette course par étapes.
Là où d’autres doivent apprendre en quelques jours, eux évoluent dans un environnement qu’ils comprennent instinctivement. Cette familiarité avec le désert crée un écart difficile à combler, même pour les meilleurs.
Parce que la chaleur redistribue complètement les cartes
Dans le désert, la chaleur n’est pas un facteur parmi d’autres. Elle devient le centre de gravité de la performance.
Elle ralentit les organismes, perturbe la digestion, complique l’hydratation et impose une gestion permanente de l’effort. Ce qui fonctionne en montagne ne fonctionne plus forcément ici.
Les coureurs habitués à ces conditions disposent d’un avantage évident, non seulement physique, mais aussi mental. Ils savent jusqu’où ils peuvent aller, quand ralentir, comment anticiper les moments critiques.
Pour un coureur comme Ludovic Pommeret, cette adaptation doit se faire rapidement. Et dans une course aussi courte en durée globale, le temps d’apprentissage est extrêmement limité.
Parce que l’autosuffisance impose une autre forme de maîtrise
Le Marathon des Sables ne se résume pas à courir. Il impose de penser en permanence.
Chaque coureur doit gérer son alimentation, porter son matériel, organiser sa récupération au bivouac. Le moindre déséquilibre peut avoir des conséquences immédiates.
Cette dimension stratégique est souvent sous-estimée. Pourtant, elle conditionne la performance autant que la condition physique.
Les frères El Morabity, qui enchaînent les participations, ont intégré ces paramètres depuis longtemps. Pour les autres, chaque édition reste en partie une phase d’apprentissage.
Parce que la course se joue aussi sur la vitesse
On imagine souvent le Marathon des Sables comme une épreuve d’endurance pure, où la gestion prime sur tout le reste. La réalité est plus nuancée.
Sur certaines étapes, notamment les plus roulantes, la vitesse devient un facteur déterminant. Les écarts peuvent se creuser rapidement, et revenir devient compliqué.
Ludovic Pommeret excelle dans les formats où la patience et la régularité finissent par payer. Mais face à des coureurs capables d’imposer un rythme élevé dès le départ, il peut se retrouver dans une position inconfortable, obligé de suivre plutôt que de maîtriser.
Parce que l’expérience spécifique du désert ne s’improvise pas
On a souvent tendance à penser que l’expérience générale de l’ultra suffit. Pourtant, le désert impose ses propres règles.
Le sable modifie la foulée, la chaleur use différemment, la gestion des étapes demande une lecture particulière de la course. Ce sont des détails, mais des détails qui s’accumulent et finissent par faire la différence.
Même avec un palmarès exceptionnel, il est difficile de compenser ce manque d’habitude en quelques jours seulement.
Parce que l’histoire récente donne peu de place au doute
Les témoignages des coureurs qui se sont déjà confrontés aux frères El Morabity vont tous dans le même sens. En 2023, Mathieu Blanchard évoquait déjà une forme d’invincibilité sur ce terrain.
Année après année, la hiérarchie se répète. Et même lorsque le plateau se densifie avec des profils internationaux, le résultat reste souvent le même.
Ce n’est pas un hasard. C’est la conséquence d’un avantage structurel difficile à inverser.
En résumé, Ludovic Pommeret possède toutes les qualités d’un très grand champion. Son expérience, sa gestion de l’effort, sa capacité à encaisser font de lui un concurrent sérieux sur n’importe quelle course. Mais le Marathon des Sables ne fonctionne pas comme les autres épreuves.
Le marathon des sables récompense moins le meilleur coureur que celui qui est le mieux adapté à son environnement.
Et aujourd’hui, dans le désert marocain, cette adaptation a un visage bien connu. Celui des frères El Morabity.
Pour espérer les battre, il ne suffit pas d’être plus fort. Il faudrait presque être différent.
Lire aussi sur Ludovic Pommeret & le marathon des sables
- Pourquoi le Marathon des Sables est une hérésie écologique
- Le marathon des sables, ça ne va plus
- A 50 ans, Ludovic Pommeret favori du Marathon des Sables 2026
- Ludovic Pommeret : le champion de trail français au départ du 40e Marathon des Sables





