Le 12 avril prochain, 55 000 coureurs s’élanceront sur le Marathon de Paris sans gobelets ni bouteilles aux ravitaillements, tout comme l’auront déjà fait quelques semaines auparavant les coureurs du semi-marathon. ASO (Amaury Sport Organisation) a pris une décision radicale en supprimant définitivement les bouteilles d’eau et les gobelets en plastique de ses ravitaillements sur les courses.
Évidemment, vu de loin, cela semble être une mesure écologique qu’il faut applaudir des deux mains. Mais à regarder d’un peu plus près, on se dit que l’écologie n’est pas forcément la première des préoccupations des organisateurs.
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Au semi et au marathon de paris, une démarche qui va à l’encontre de la pratique du marathon
Lorsque la nouvelle a été annoncée par l’organisation, nombre de participants à ces deux courses ont été sidérés par cette décision. La suppression des gobelets impose donc à chacun de venir avec son propre matériel, qu’il s’agisse d’une flasque, d’un sac d’hydratation ou d’une simple gourde ou verre réutilisable. Ceux qui font du trail ont l’habitude de transporter leur eau. Elle l’est déjà moins lorsque l’on court que sur route où les ravitos en eau sont bien plus nombreux.
Pour calmer les esprits, l’organisation a bien sûr indiqué que les points de ravitaillement en eau se feront plus souvent, et avec comme équipement des fontaines à haut débit de façon à ne perdre en théorie que 2 secondes pour remplir une flasque de 40 cl.
D’un point de vue sportif, le problème n’est pas vraiment dans ces deux secondes. Seuls les accros du chrono et les élites verront un vrai problème. Au-delà des secondes, c’est d’abord la fluidité des ravitaillements, 13 points sur le parcours, qui risque de poser problème, d’autant plus que l’on est sur une course de plus de 50 000 participants. On verra nécessairement des bouchons pour faire le plein d’eau.
Le problème qui en découle, c’est que tous les coureurs ne vont pas pouvoir s’hydrater correctement, pris entre la fatigue, la difficulté de faire le plein de son contenant et l’accessibilité des fontaines. Or ne pas s’hydrater correctement sur un effort de 42 km et de 3, 4 ou 5 heures selon le niveau, c’est dramatique et dangereux pour le corps. C’est peut-être pour cela que Paris est le seul marathon de cette ampleur à interdire les bouteilles et les gobelets jetables.
L’écologie ? Encore du greenwashing
Évidemment, la question de l’eau sur un marathon, et donc des déchets plastiques, mérite que l’on s’y attarde. En 2021, le Marathon de Paris avait distribué plus de 650 000 bouteilles d’eau. Et l’on peut facilement imaginer un chiffre similaire pour les gobelets en plastique.
Alors oui, ces déchets et cette consommation de plastique est un non-sens d’un point de vue de la nature. Sauf que l’on est là sur une course sportive, représentant un effort physique immense pour une très grande majorité des participants.
La priorité devrait donc être mise sur la sécurité et la santé des coureurs, et non pas sur une mesure liée à la consommation d’eau en plein effort sportif.
Ce qui se cache derrière cette suppression des contenants plastique, c’est une démarche de greenwashing. On prend une mesure soi-disant écologique, mais sans en mesurer la portée auprès des sportifs et la véritable efficacité, parce qu’elle permet de communiquer et de se donner une image vertueuse.
Dans le même ordre d’esprit, les coureurs du marathon 2026 ont pu, lors de l’inscription, renoncer à leur t-shirt de finisher pour le remplacer par la plantation d’un arbre en France via un partenariat avec une association. Sur le papier, ça fait bien ! Ça permet surtout de cacher le véritable bilan carbone d’un événement tel que celui-ci. S’il y a toute la logistique de l’événement à prendre en considération, il y a surtout l’idée que 55 000 personnes vont se déplacer de toute la France pour venir courir. Cela représente selon les estimations 60% de l’impact global. Et on aura beau vous avoir fait remplacer vos quelques gobelets en plastique par votre propre flasque elle aussi en plastique, ce n’est pas ça qui va compenser !
Rien ne va changer
ASO veut faire de l’écologie ? Ca s’entend. Alors pourquoi ne pas imposer des quotas de participants locaux, ou mettre en place une incitation à voyager en train ? Attention à ne pas tomber cependant dans le travers de la compensation carbone, souvent gadget. Le gobelet aurait aussi pu être remplacé par une solution qui se développe ces dernières années : la bulle d’eau, qui ne fait pas de déchets après usage.
Ah, j’oubliais : ces solutions sont plus onéreuses, et font donc baisser la marge financière de l’événement ! C’est précisément pour cette raison que les organisateurs ne reculeront pas. Pourquoi reviendraient-ils en arrière alors qu’ils ont trouvé la formule magique ? Ils ont réussi à réduire leurs coûts logistiques (moins d’eau transportée, plus de gobelets à acheter/ramasser) tout en se faisant applaudir pour leur engagement planétaire. Le « non-recul » n’est pas une preuve de courage écologique, c’est simplement la garantie que la rentabilité prime désormais sur l’expérience coureur.
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