La 4ᵉ édition de l’Infinity Trail Backyard Ultra des Terrils, organisée ce week-end à Liévin dans le Pas-de-Calais, s’est conclue dans des circonstances exceptionnelles.
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Après 46 boucles validées par les deux derniers coureurs en lice, Maud et Fred, organisateurs du circuit, ont pris la décision rare d’arrêter la course et de disqualifier les deux finalistes pour infractions au règlement constatées vidéos à l’appui. Sur près de 300 partants, aucun vainqueur ne sera donc inscrit au palmarès 2026 — une issue qui interroge autant qu’elle honore l’exigence du format Backyard.
Un duel devenu suspect sur l’Infinity Trail Backyard Ultra des Terrils
Partis de près de 300 coureurs ce vendredi 3 avril à midi, ils n’étaient plus que trois à l’aube du samedi, après 36 boucles et autant d’heures de course. À partir de la 37ᵉ boucle, le peloton se réduit à deux hommes — un duel qui se poursuit pendant dix boucles supplémentaires, essentiellement en tête-à-tête dans la seconde nuit. C’est précisément cette configuration, propre à la phase finale d’un Backyard, qui rend les événements suivants lisibles.
À l’issue du yard 46, l’un des deux finalistes signale à l’organisation que son adversaire serait accompagné sur le parcours depuis plusieurs boucles. Impossible d’agir sur une simple dénonciation non étayée. Fred enfourche donc un VTT au départ du yard 47 pour aller vérifier sur le terrain — démarche qui, en soi, témoigne d’une volonté de statuer sur preuves et non sur rumeur.
Le paradoxe est immédiat. À mi-parcours, au pointage du pont, c’est le coureur plaignant lui-même qui est filmé en train de couper le tracé : un virage à gauche là où il fallait aller à droite, environ 80 mètres économisés via une descente d’escaliers, à un endroit balisé de quatre flèches et de plusieurs rubalises. Plus loin, à environ 600 mètres de la ligne, Fred constate que le second coureur est effectivement accompagné par un tiers sur 100 à 150 mètres. Sur la même boucle, les deux finalistes se retrouvent en infraction.
Ce que dit la dynamique d’un duel à deux
Reste à comprendre ce qui peut amener des coureurs d’un tel niveau — capables de 46 yards, soit plus de 308 km — à transgresser les règles à ce stade de la course. Quelques éléments d’analyse méritent d’être posés.
La phase de duel, dans un Backyard, transforme radicalement la psychologie de l’épreuve. Tant qu’ils sont nombreux, les coureurs se protègent collectivement : on tient ensemble, on s’encourage, la discipline du format est portée par le groupe. À deux, l’équation bascule. Chaque geste de l’adversaire est scruté. La tentation d’optimiser, même à la marge, grandit à mesure que la fatigue érode le jugement. À 46 heures de course, dans la deuxième nuit, avec un seul concurrent face à soi qu’on soupçonne peut-être déjà de dérapages, le cadre éthique se fissure.
Il est également possible — et c’est l’hypothèse la plus charitable — que ces infractions aient eu lieu lors des toutes dernières boucles uniquement, sous l’effet combiné de l’épuisement et d’une défiance réciproque. L’organisation reconnaît elle-même ne pas savoir si les transgressions étaient ponctuelles ou répétées. Ce que l’on sait, c’est que sur ce format, la distinction compte moins que le principe : dès lors que la règle est enfreinte dans une course par élimination, le classement devient impossible à établir équitablement.
Une décision qui protège la discipline
La décision d’arrêter la course n’avait rien d’évident. Elle prive le Backyard des Terrils d’un dénouement sportif, frustre deux coureurs dont l’effort reste objectivement remarquable, et expose l’organisation à une vague de réactions difficile à contenir — à tel point que les commentaires ont été désactivés sur les canaux officiels.
Mais l’alternative aurait été pire. Valider un palmarès biaisé — ou, pis, hiérarchiser entre les deux infractions pour désigner un vainqueur — aurait constitué un précédent délétère pour l’ensemble du circuit Infinity Trail, et au-delà, pour la crédibilité du format Backyard en France. L’organisation a d’ailleurs rappelé sa cohérence : dès le premier tour, un coureur arrivé 10 secondes en retard au départ avait déjà été éliminé. Dix secondes ou 80 mètres, la logique est la même. Dans un format dont la règle unique est la complétion stricte de la boucle dans l’heure, toute latitude crée une faille.
On soutient ici cette décision. Elle est juste sur le fond, elle est appliquée avec la rigueur du règlement annoncé en amont — briefing, email, vidéo WhatsApp, rappel au départ — et elle tient compte de l’humain dans son exécution : les deux coureurs ont été informés un à un, ont reconnu les faits, et l’organisation prend soin de saluer leur engagement
L’éthique comme colonne vertébrale du Backyard
Le Backyard Ultra, conçu par Lazarus Lake, repose sur un contrat moral autant que sportif. C’est une course d’élimination où l’on dort côte à côte, où l’on partage ses ravitaillements, où l’on se relève mutuellement quand le mental flanche. Cette intimité forcée est précisément ce qui rend toute transgression si grave : couper 80 mètres, accepter un accompagnant, c’est briser la confiance qui fait tenir le format.
En statuant comme ils l’ont fait, Maud et Fred ne sanctionnent pas seulement deux coureurs. Ils protègent l’identité d’une discipline encore jeune en France, et qu’il aurait été facile de laisser glisser vers l’à-peu-près. Le courage de la décision mérite d’être reconnu — y compris, et peut-être surtout, par ceux qui ne la comprendront pas à chaud.
Prochaine étape du circuit Infinity Trail : Hossegor
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Auteur : Alban Grivel, des montagnes et des sciences














